Encore la chasse !

lundi 13 novembre 2017
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Par Gérard Charollois

J’ai trop écrit sur le loisir de mort sans répugner à m’interroger sur ce qui détermine des humains, mes semblables en apparence, à jouir de traquer, mutiler, tuer des êtres sensibles. L’actualité m’y contraint. Faire de la mort d’un animal une récréation va à l’encontre de ce que je ressens, à savoir que la dignité humaine tient à la capacité d’empathie.

Bien sûr, le sadisme existe au titre des perversions et il consiste justement à tirer du plaisir du mal qu’on occasionne à autrui, mais il relève d’une pathologie de la conscience et je considère celui qui donna son nom à cette perversion, le marquis de Sade, comme un criminel dérangé et nullement comme un généreux libérateur des mœurs, un émancipateur du seul érotisme qui vaille : celui de l’échange du plaisir et non de la douleur. Lisez, si vous l’osez, « La philosophie dans le boudoir » et vous serez édifié sur la nature du marquis criminel. Or la chasse, loisir encore banal dans nos campagnes, activité flattée par les démagogues politiciens, n’est qu’une manifestation de pur sadisme, un passe-temps visant à envoyer du plomb et des balles dans des chairs. La persistance de ce loisir révèle une faille tectonique entre le progrès rapide des sciences et techniques et les avancées indéniables mais trop lentes de la conscience et de l’éthique.

Le nombre des chasseurs diminue partout dans le monde, y compris en France où il passa de deux millions cinq cent mille en 1975 à moins d’un million aujourd’hui. Mais durant plus de la moitié de l’année, nos bois et landes deviennent des champs de batailles sans honneur où des hommes repus trompent l’ennui de leurs dimanches en traquant de pauvres animaux, par ailleurs condamnés par l’empoisonnement et l’artificialisation de l’espace naguère naturel. Le procès de la chasse pourrait comporter, en acte d’accusation, les humains blessés, tués presque chaque dimanche par armes à feu, ainsi que la mort de la biodiversité, la disparition des prédateurs naturels, les déséquilibres d’une faune devenue « gibier », les pseudo-proliférations du cheptel cynégétique, l’insécurité pour les randonneurs. Un monde sans chasse bénéficierait de plus de douceur, de quiétude, d’une biodiversité restaurée qui se porterait tellement mieux sans cette guerre d’extermination alimentée par des lâchers d’animaux de tirs et par des élevages en milieu ouvert de deux ou trois espèces prisées par le chasseur pour garnir son stand de tir.

Mais tout ceci n’est rien à côté de ce que trahit la présence d’un tel loisir au sein de nos sociétés. Aussi longtemps que l’homme aimera tuer, caressera avec amour une arme, jouera à la guerre, il sera en grand danger, car ces pulsions violentes, cruelles, oublieuses de la plus élémentaire empathie envers le vivant, préparent à tous les crimes. Abolir la chasse/loisir, ce n’est pas que préserver la nature, respecter l’animal, c’est récuser une violence, une brutalité, un goût de la tuerie, manifestations sinistres du mal absolu. À l’opposé du sadisme, je souhaite à l’humanité de l’hédonisme altruiste, de la bienveillance, du souci d’occasionner à toute altérité ce qu’il y a de meilleur. Certes, les bons sentiments ne suffiront pas à faire reculer la souffrance et la mort, mais il est certain que les mauvais ajouteront toujours du malheur. Dans les rapports humains, amicaux, amoureux, professionnels et de la vie quotidienne, ne soyons pas des chasseurs, prédateurs, dominateurs, arrogants. À l’inverse, soyons dispensateurs de bienveillance, de plaisir, de douceur.

Que le propre de l’homme devienne ce souci de retrancher tout ce qui génère douleur, souffrance, détresse. Ce débat éthique n’effleure pas une presse débile qui relate le fait cynégétique en ignorant l’essentiel et en recopiant la propagande indigente d’un lobby chasse pourvu de moyens financiers colossaux, d’organisations corporatistes héritées du gouvernement de Vichy (voir l’ordonnance Pétain publiée au JO de l’État Français du 30 juillet 1941). L’actuel pouvoir envisage d’octroyer à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, établissement public contrôlé par les chasseurs, une rallonge financière. L’article 54 du projet de loi de finance pour 2018 impose aux agences de l’eau une contribution de l’ordre de trente millions d’euros pour cet office. La cour des comptes a déjà dans ses précédents rapports dénoncé les abus de l’argent de la chasse. Le jour viendra bientôt où les hommes auront honte de ce que leurs prédécesseurs firent aux animaux sauvages.

Pour pallier le rejet du loisir de mort par les nouvelles générations, le lobby chasse est réduit à offrir gratuitement le permis de chasser aux jeunes. Lorsqu’ils seront moins de cinq cent mille, dans une dizaine d’années, leur surplus d’argent leur permettra de les payer pour qu’ils s’avilissent en tueurs agréés.

Gérard Charollois

ecologie-radicale.org


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