L’expérience du Réseau Education Sans Frontières à Toulouse

par Jean-François Mignard
lundi 13 août 2007
popularité : 3%

Issu de luttes de terrain, un réseau national, RESF...

Suite à une série de menaces partout en France de reconduites à la frontière et d’interpellations spectaculaires d’élèves à l’occasion desquelles les policiers n’avaient pas hésité à aller chercher des enfants et des jeunes jusque dans les établissements scolaires ou les centres de loisirs, de vigoureuses réactions des personnels, des parents, des citoyens et élus ont permis d’empêcher de telles infamies.

Dans sa volonté d’aggraver sa politique menée contre les sans papiers (durcissement des textes, circulaires visant à améliorer la chasse aux personnes, discours flattant les sentiments les plus à droite...), le gouvernement et son ministre de l’intérieur, tout à sa stratégie préélectorale, ont franchi une limite symbolique : toucher à des enfants et à l’Ecole.
Dans le fil de cette dynamique s’est alors crée en juin 2004 , à Paris, un réseau regroupant des enseignants et des personnels de l’Education Nationale, des parents d’élèves, des éducateurs, des citoyens, des collectifs, des syndicats et des organisations de défense des droits de l’Homme. C’est la naissance du Réseau Education Sans Frontières (RESF) qui appelle à la régularisation des familles d’enfants et de jeunes scolarisés ainsi qu’à l’élargissement des actions de soutien, de protection et de résistance. Il regroupe aujourd’hui plus d’une centaine d’organisations, d’associations et de collectifs locaux.

... et une déclinaison toulousaine, RESF 31

C’est en novembre 2005 qu’apparaît publiquement à Toulouse RESF 31, initié par des représentants locaux d’organisations déjà partie prenante du réseau au niveau national, à l’occasion d’une conférence de presse.

Le Réseau Éducation Sans Frontières 31 est constitué par des organisations syndicales et associatives, des collectifs, est soutenu par des organisations politiques et regroupe des personnels de l’Éducation Nationale, des parents d’élèves, des militants et des élèves qui militent pour aider à la régularisation des jeunes sans papiers scolarisés sur l’agglomération toulousaine. Il fait partie du Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) qui s’est créé en juin 2004 et qui regroupe des collectifs sur la France entière. Ce réseau est constitué et soutenu par une centaine d’organisations, associations, syndicats, collectifs.

RESF 31 lance alors un travail de maillage des établissements scolaires en s’appuyant sur les organisations de parents d’élèves et les syndicats d’enseignants. Il s’agit d’identifier tous les cas d’enfants de familles sans papiers bénéficiant du répit accordé par la circulaire Sarkozy du 31/10/2005, obtenue grâce à la lutte acharnée des collectifs et du réseau, « protégeant » les élèves jusqu’à la sortie des classes à l’occasion des vacances d’été 2006.

Au gré de la vingtaine de collectifs locaux qui se constituent sur des établissements scolaires de l’agglomération toulousaine, des initiatives spectaculaires (manifestations, chaînes humaines de protection symbolique dans les établissements, « goûters de résistance » à l’entrée des écoles...) s’appuyant sur des cas emblématiques à Toulouse, Cugnaux, Blagnac... sont largement médiatisées et popularisent cette lutte.
Il est notable que les groupes locaux connaissent un accroissement rapide de leurs effectifs et que les pétitions qu’ils font généralement signer et les réunions qu’ils organisent mobilisent largement la population locale, de façon très ouverte.

Durant cette période, RESF 31 joue un rôle de relais de diffusion (distribution de tracts et de pétitions nationales et locales), d’appui aux mobilisations (documents techniques, séquence de formation) et de coordination dans la circulation des informations.

Au-delà de cet appui aux initiatives locales dans cette première étape, qui est la priorité du réseau, s’est aussi organisé un travail d’interpellation publique et de protection préventive :

- dépôts de pétitions en préfecture, faisant converger à cette occasion les différents groupes locaux,
- participation à une manifestation dénonçant l’ouverture du nouveau centre de rétention de Toulouse, avec son secteur « familles »,
- présence visible du réseau lors d’audiences du Tribunal administratif concernant des familles,
- interventions d’information et de sensibilisation lors de manifestations culturelles,
- travail systématique de diffusion des actions et de l’état de la situation auprès de la presse locale et nationale qui a été un relais efficace auprès de l’opinion,
- organisation de parrainages d’enfants et de leur famille (une soixantaine à ce jour sur l’agglomération) dans les mairies ou dans des lieux symboliques, engageant des élus locaux et/ou nationaux, des personnalités du monde politique, de la culture, de la recherche, du sport...et de « simples citoyens ».

En parallèle à ces actions spectaculaires, RESF a constitué une « réseau de vigilance » à partir de ses propres membres, des parrains et des marraines engagées, s’appuyant aussi sur les groupes locaux, visant à pouvoir réagir très rapidement en cas d’arrestation et de tentative de reconduite à la frontière de familles considérées comme en situation irrégulière. Les formes de réaction peuvent être multiples, comme cela a déjà hélas eu lieu à d’autres endroits : interpellations massives de la préfecture (téléphone, fax, mails....), manifestation devant les centres de rétention, en dernier recours, intervention dans les aéroports...
S’engageant plus loin dans le sens d’une « résistance citoyenne », les membres du réseau, et les signataires des pétitions et appels qu’il a diffusés ont signifié leur intention de désobéir :

« S’ils nous demandent asile, nous ne leur fermerons pas notre porte, nous les hébergerons et les nourrirons ; nous ne les dénoncerons pas à la police. »

Où en est-on aujourd’hui ? Qu’en dire ?

Le mois de juillet a ainsi été scandé par une série de parrainages qui ont contribué à maintenir la visibilité du sort fragile fait aux élèves de familles sans papiers de Toulouse.

Les première réponses aux dossiers déposés par les familles dans le cadre de l’application de la circulaire du 13 juillet 2005 leur laissant l’espoir d’une régularisation tombent : comme on pouvait le craindre, elles sont très majoritairement négatives.
Rien de nouveau... le gouvernement ne relâche pas la pression, et ce n’est que devant la mobilisation qu’il cède.
Cette circulaire, énième recul du ministre de l’Intérieur, n’a jamais représenté une solution quant à la situation des jeunes et de familles sans papiers dans notre pays. Comme le reste de la politique actuelle, elle ne fait qu’accroître l’arbitraire, la précarité et la souffrance de quotidiens de vie humainement inacceptables. Les sort indigne fait aux sans papiers s’inscrit dans une politique extrêmement dangereuse pour les droits de chacun : chasse à l’étranger, contrôle au faciès, fragilisation des droits à l’Education et au travail, intensification ce faisant des discriminations... pour une partie de la population vivant sur notre pays, dans un premier temps...

Au travers du cas de ces enfants, c’est la réalité des conditions sordides faites aux sans papiers qui est apparue à une frange toujours plus importante de nos concitoyens. Le vécu récent de RESF 31 fait apparaître que la mise en évidence de ces situations a amené à une réaction d’un nombre exceptionnel de personnes qui, si elles ont souvent été interpellées dans un premier temps par une situation humaine limitée de proximité, se sont aussi explicitement engagées dans le cadre plus général concernant l’ensemble des sans papiers.

Aujourd’hui, devant la large mobilisation citoyenne qu’a connue notre pays ces derniers mois, le dernier recul du ministère de l’intérieur laisse encore beaucoup d’enfants et de familles dans la crainte et le risque d’expulsion.
Plus que jamais, il s’agit de ne pas baisser les bras et de maintenir une mobilisation qui doit nous permettre de retrouver tous les enfants à la rentrée.

Pour qu’il n’y ait pas de chaise vide dans nos écoles en septembre, pour que ces enfants et leurs familles aient une vie digne dans un pays respectueux de leurs droits les plus élémentaires, rejoignez le Réseau Education Sans Frontières  !

Jean François MIGNARD
LDH Toulouse
Membre de RESF 31
10 août 2006

Contacts :

RESF National : www.educationsansfrontiers.org
Adresse mail : educsansfrontieres@free.fr

RESF 31 : [www.truc.abri.org/-Reseau-Education-Sans-Frontieres→http://www.truc.abri.org/-Reseau-Education-Sans-Frontieres-]
Adresse mail : resf31@abri.org

Le Réseau Education Sans Frontières et la Cimade mettent à disposition des familles sans papiers avec enfant scolarisé des jeunes majeurs scolarisés et à toute personne souhaitant s’opposer à leur expulsion, un numéro d’appel national. Ce numéro sera accessible du 3 juillet au 3 septembre

08 20 20 70 70

NUMERO INDIGO 0,09 euro la minute
ou reseaudeveille@no-log.org


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Brillant ’thriller’ journalistique qui a remporté de nombreux prix dont le Prix Global Television 20003 au Canada

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