Dérèglement des seuils

jeudi 25 octobre 2007
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par Vincent Nouzille

La mode bobo du Vélib, lancée en juillet, occulte les données récentes sur la qualité de l’air en Ile-de-France. Or elles ne sont pas réjouissantes.
Contrairement à ce qu’on nous serine, les quelques milliers de Vélib qui sillonnent les rues de la capitale ne vont pas diminuer sérieusement la pollution urbaine. Pire : en plein effort, derrière un gros camion ou un bus, on respire même davantage d’air pollué ! Car l’atmosphère de Paris et de sa banlieue n’est pas vraiment pure. Fait méconnu : elle a même tendance à se détériorer ces derniers mois.

Prenons d’abord les particules fines, ces poussières minuscules, d’une taille 8 fois inférieure à l’épaisseur d’un cheveu, émises principalement par les moteurs diesel, les industries et les chauffages. Leurs effets néfastes sur la santé sont connus, comparables à ceux du tabagisme passif : problèmes respiratoires et cardiaques, allergies, cancers, etc. Depuis le début de l’année 2007, la pollution liée à ces particules, dites PM10, atteignent des niveaux records en Ile-de-France. En cause : la chaleur du printemps et du début de l’automne, l’absence de vent, et, probablement, l’arrivée de particules de nitrates d’ammonium, liés à des épandages d’engrais dans les champs.

La réglementation française et européenne fixe à 50 microgrammes de particules par m3 d’air le seuil de risque pour la santé, lequel ne doit pas être dépassé plus de 35 jours par an. Selon les données provisoires d’Airparif pour 2007, l’association en charge de la surveillance de l’air en Ile-de-France (http://www.airparif.fr), à la date du 18 octobre, le seuil a déjà été dépassé 30 jours à la Défense, 27 jours à Gennevilliers, 26 jours à Issy-les-Moulineaux, 24 jours dans le 18ème arrondissement de Paris, etc.

Plus impressionnant : les appareils de mesure situés près des grands axes de circulation ont pulvérisé les seuils dangereux : 168 jours sur l’A1 (Saint-Denis), 114 jours près du périphérique (Porte d’Auteuil), 88 jours place Victor Basch (14ème arrondissement) et 64 jours avenue des Champs-Elysées. La plus belle artère du monde est aussi l’une des plus empoisonnées… Précision utile : la réglementation n’impose pas, pour le moment, d’informer les habitants des pics de pollution de particules, ni des risques encourus.

Pas besoin d’alarmer les foules sur les records de l’année en cours. Une aberration surprenante, qui sera, dit-on, peut-être corrigé après le prochain Grenelle de l’environnement. Mais il faut patienter. La pollution à l’ozone (mélange chimique lié aux émissions des moteurs et des industries couplées avec la chaleur) est, elle aussi, passée sous silence. Selon Airparif, la concentration d’ozone dans l’air francilien a déjà dépassé le premier seuil de 110 microgrammes par m3 durant 33 jours à Garches, 30 jours à Cachan, 28 jours à Champigny-sur-Marne, 24 jours au troisième étage de la Tour Eiffel.

Or, les textes n’autorisent aucun dépassement de ce niveau, l’ozone étant jugée dangereuse dès le premier microgramme. Et les seuils d’alerte de la population en cas de pic d’ozone ont été redéfinis par arrêté préfectoral en juillet 2005 de telle sorte qu’ils ne se déclenchent jamais !

Du grand art administratif, là encore, qui évite de restreindre la circulation et de froisser qui que ce soit.
Respirez.
Soufflez.
Pédalez.

bakchich.info


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