Buzz, mode d’emploi

lundi 12 février 2018
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Par Anne Roumanoff

1 - Une couverture accrocheuse tu choisiras

Si la une de ton magazine est consacrée à un homme politique, tu choisiras une image effrayante le faisant ressembler, si possible, à un tueur en série. Cette photo sera accompagnée d’une question de fond : "Les dessous de la vie de X", "L’affaire X, scandale ou manipulation ?", "X, les secrets de sa fortune cachée". Bien sûr, avec ça, tu ne pourras pas postuler au prix Albert-Londres, mais les ventes augmenteront et les actionnaires seront contents.

2 - Sur le Net, du racolage tu feras

Pour faire du clic, oublie les titres chics, il faut un titre choc comme "X, séducteur ou prédateur ?" Nul besoin que ton article réponde à la question, une fois que le lecteur aura cliqué, il consacrera 45 secondes à lire en diagonale ton papier avant de partir surfer ailleurs. Vite pondu, vite consommé, vite oublié, le Web people-journalisme, c’est le McDo de l’info. Comme l’histoire de X est en "top trends" sur Twitter, tu proposes d’écrire "X, les autres scandales qui le menacent". Ton web rédacteur en chef a l’air drôlement content, il te dit que tu es très réactif. Tu te prends à espérer… Si ça se trouve, après ce stage, il te proposera un CDD.

3 - L’information et la rumeur tu mélangeras

Une information est un fait vérifié, étayé par des preuves. Une rumeur est une parole colportée. Tu te refuses à faire cette distinction que tu juges d’un autre temps. Tu considères qu’à partir du moment où l’on parle d’une rumeur, cela devient une information. Le on et le off, c’était du temps du journalisme de papa, toi tu es un investigateur 2.0. Si l’on te critique, tu feras de belles phrases pour justifier ta posture : "Les gens ont le droit de savoir, c’est notre devoir d’informer."

4 - La déontologie journalistique tu oublieras

Cela te dit quelque chose, ce mot, "déontologie" ? Oui, tu as oublié et surtout tu as un loyer et une pension alimentaire à payer. Si tu relis un extrait de la Charte de 1938, tu verras à quel point c’est démodé : "Un journaliste digne de ce nom (…) tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge, pour les plus graves fautes professionnelles." Il y a aussi la déclaration des devoirs et des Droits des journalistes de 1971, qui leur commande de "s’interdire la calomnie, la diffamation et les accusations sans fondement". Ah pardon ! Ça ne te concerne pas, ces deux textes datent du XXème siècle. C’était une autre époque.

5 - À des débats tu participeras

Tu seras convié à de passionnants débats polémiques : "La neige, qui est responsable ?", "Sexe et politique : faut-il tout dire ?" Tout ça en moins de dix minutes, sinon les gens zappent. Alors, on ne débat plus, on agite des idées, on ne réfléchit plus, on se coupe la parole. On n’écoute pas l’autre, on parle plus fort que lui. Tiens, je te propose un thème pour un prochain débat : "Pour buzzer, a-t-on le droit de piétiner la présomption d’innocence de l’un et le désir d’anonymat de l’autre ?" Pardon, la question est trop longue, je vais faire plus simple : "Quelle est la différence entre journalisme et voyeurisme ?"

lejdd.fr


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