Qui est le plus dogmatique ?

vendredi 14 septembre 2018
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Par Jean-Claude Guillebaud

Le néolibéralisme se révèle aussi dogmatique que pouvait l’être le soviétisme dans les années 1970... Il a d’ailleurs emprunté quelques traits à ce dernier.

La campagne pour les européennes de mai 2019 est ouverte. Soit. Toute période électorale a tendance à raidir les positions et à dramatiser les commentaires. L’intervention de Jean-Luc Mélenchon le 25 août à Marseille porte trace de ce durcissement. Rien de plus logique. Au demeurant, les réponses qui lui furent lancées depuis la "macronie" ne furent pas moins simplificatrices et dogmatiques. Un exemple : le chef du groupe LREM à l’Assemblée, Richard Ferrand, s’attacha à diaboliser La France Insoumise avec des clameurs empreintes d’une bonne dose de mauvaise foi.

Il est vrai que, sur le plan médiatique et politique, la déconfiture de toutes les gauches a ouvert un boulevard aux défenseurs du camp d’en face. À la radio comme à la télévision prévaut désormais une analyse économique outrageusement libérale. Outrageusement en ce sens qu’elle est hégémonique, sans correctif ni contradiction sérieuse. Et argumentée. De fait, les prétendus experts, en ce domaine, appartiennent à peu près tous à la même école de pensée. Entendons-nous bien : qu’ils soient d’orientation libérale ne serait pas, en soi, critiquable. La pensée libérale, de Friedrich Hayek à Raymond Aron ou la revue "Commentaire", est assurément estimable puisqu’elle sollicite elle-même critique et débat. En revanche, elle trahit ses propres postulats dès qu’elle se dogmatise, se rigidifie au point de se métamorphoser en vulgate.

Or ce fameux néolibéralisme se révèle aujourd’hui aussi dogmatique que pouvait l’être le soviétisme dans les années 1970. J’exagère à peine... Il a d’ailleurs emprunté quelques traits à ce dernier. Une arrogance faussement naïve, par exemple, qui revendique à son profit les avantages du savoir ou du "scientifique", alors même qu’elle nage conceptuellement dans la subjectivité. Cette façon goguenarde de jauger tout point de vue adverse comme s’il s’agissait d’une superstition archaïque ou d’une ruse politicienne. Cette ignorance crasse, parfois, travestie en intelligence.

Ce "point de vue", comme disait Godard, point de vue condescendant, en l’occurrence, s’enivre lui-même de n’être jamais – ou si peu – critiqué. Il se sent globalement en phase avec l’air du temps. Il se glorifie d’être approuvé par les décideurs en vue ou le Medef au point qu’il renonce à tout usage attentif (et modeste) de la raison. Il en vient ainsi à colporter des âneries. Mais toujours avec l’impavide satisfaction des Bouvard et Pécuchet de Flaubert. On entendit tel chroniqueur imputer aux salaires trop élevés du secteur bancaire le fait que les banques aient dû développer guichets informatiques et distributeurs à billets, au détriment de l’emploi. C’était tellement gros qu’un des journalistes présents ne put s’empêcher de le relever confraternellement.

Au sujet de la question fiscale, très débattue ces temps-ci à propos de l’antienne "Macron président des riches", on omet toujours de préciser ceci : si les taux de prélèvements obligatoires ont atteint en France un seuil déraisonnable, la part de l’impôt sur le revenu (le seul qui soit progressif) y demeure nettement plus basse (25 %) qu’aux États-Unis (50 %). Ce décalage révèle l’injustice mécanique du système fiscal français. La TVA, pour ne citer qu’elle, frappe les pauvres comme les riches. Voilà qui illustre l’un des plus étranges phénomènes intellectuels contemporains : l’apparition d’un dogmatisme dur, archaïque, d’essence magique ou religieuse, à l’intérieur d’un courant de pensée, le libéralisme, qui prétendait justement faire du refus de tout dogmatisme l’axe même de sa réflexion. Il suffit d’écouter ou de lire quelques économistes à la mode pour s’en rendre compte.

En réalité, les bons économistes sont nombreux. De Thomas Piketty à Jacques Généreux ou Jean Pisani-Ferry, leurs compétences sont reconnues. Hélas, les grands médias s’intéressent surtout aux agents d’influence, ces lobbyistes portant faux nez. C’est le cas d’une jeune femme de 40 ans, Agnès Verdier-Molinié. Hier encore, elle avait son rond de serviette dans la plupart des débats télévisés et s’y présentait comme "chercheuse" ou "experte". Ce qu’elle n’était pas... Son ascension indigna les économistes quand elle accéda, en 2007, à la "fondation" Ifrap (les guillemets s’imposent), une officine d’inspiration néolibérale. Aujourd’hui, on présente la jeune dame comme "lobbyiste". La vérité y gagne un peu mais parions que la chanson se fera entendre longtemps encore. Jusqu’à l’Élysée ?

(Illustration : Agnès Verdier-Molinié, lobbyiste)

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