Nicolas Hulot : "Monsanto a demandé à une officine belge de s’occuper de ma réputation"

lundi 4 février 2019
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Par Anne-Laure Barret

Nicolas Hulot ne retient pas sa colère contre l’entreprise Monsanto, désormais propriété du groupe Bayer. L’ancien ministre commente pour le JDD le procès qui s’ouvre mercredi et qui oppose le géant mondial de l’industrie agrochimique à un agriculteur français, Paul François. Ce dernier "ne réclame pas vengeance mais justice pour lui et pour toute sa profession", juge Nicolas Hulot qui livre son opinion sur Monsanto, "la pire firme du monde". Il révèle ainsi qu’il aurait été la cible du groupe agrochimique à partir du moment où il est devenu ministre de l’Écologie d’Emmanuel Macron.

Paul François est doublement victime : dans sa chair car il a été livré à des produits dangereux ; et d’un rapport de forces inégal dans le combat devant les tribunaux. C’est le pot de fer contre le pot de terre. Il ne réclame pas vengeance mais justice pour lui et pour toute sa profession. Ses deux précédentes victoires en première instance et en appel à Lyon ont été de grandes avancées. S’il perdait ce nouveau procès, ce serait évidemment une humiliation pour toutes les victimes. Cet agriculteur de Charente fait partie des centaines de personnes en lutte, sur le plan judiciaire, contre la pire firme au monde. Au-delà des pesticides, cette entreprise cherche, avec ses OGM, à mettre les ressources alimentaires en coupe réglée. Ces mêmes OGM étaient, par exemple, supposés permettre aux producteurs de coton en Inde de se passer de pesticides, mais c’est le contraire qui s’est produit.

Je ressens une profonde colère face à l’indulgence dont bénéficie Monsanto : toutes les portes lui sont ouvertes dans la plupart des institutions. Ce lobbying musclé est intense. Lors d’une visite ministérielle au Saint-Siège, à Rome – j’étais venu parler du climat –, le cardinal présidant l’Académie des sciences m’a gratifié d’un plaidoyer pro-Monsanto. Et, quelques mois après que j’ai été nommé ministre, une personne de ma connaissance, haut placée dans une entreprise travaillant dans le domaine de l’environnement et qui pourra confirmer ce que je révèle ici, est venue me voir avec ce message menaçant : Monsanto avait demandé à une officine belge de s’occuper de ma réputation. [1]

La journaliste Marie-Monique Robin a, elle aussi, fait les frais de ces méthodes. Des agriculteurs en ont été victimes aux États-Unis : Monsanto leur a envoyé des huissiers, en plein champ, pour constater que certains des plants qu’ils cultivaient ne leur appartenaient pas. Les paysans ont eu beau rétorquer que la contamination s’était produite à cause de la proximité des parcelles OGM, ils ont été poursuivis devant les tribunaux. Dans la plupart de ces affaires, il y a la responsabilité de Monsanto mais aussi celle, collégiale, d’une accoutumance à sa puissance de feu. Tous ses agissements se font sous le regard de la plupart des décideurs mondiaux. Leur silence et leur indifférence valent presque complicité. De manière plus générale, la question des pesticides est tranchée : même si la relation de cause à effet est difficile et longue à démontrer, on dispose désormais d’un faisceau de présomptions attestant leur toxicité pour la santé humaine.

Tout cela devrait conduire non à des tergiversations, mais à l’application du principe de précaution. L’Histoire comme la Justice ne seront pas amnésiques : "tous ceux qui ont participé par ignorance, complaisance ou cupidité à leur défense auront un jour à rendre des comptes."

lejdd.fr


[1Sollicité par le JDD, Bayer Monsanto dément "formellement ces allégations très graves et diffamatoires"


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