Tapis

vendredi 8 février 2019
par  Agnès Maillard
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Par Agnès Maillard

J’ai commencé à empiler mes petites courses de fin de semaine sur le long tapis quand je les vois arriver derrière moi, un couple de gens pratiquement aussi petits que moi et avec juste quelques articles dans les bras. Je suis loin d’avoir rempli le caddie, mais bon, y a pas photo, pour eux, ce sera l’affaire d’une minute, alors je recule ce que j’ai déjà déposé sur le tapis et je leur propose de passer avant moi. À moi, ça ne me coute pas grand-chose, quelques petites minutes de mon temps qui n’est pas si précieux que cela, mais pour les gens que je laisse passer, j’aime à penser que c’est le genre de petit geste qui surprend, qui fait plaisir un peu, quelque chose comme une petite éclaircie de rien dans une journée maussade.

Ils acceptent tranquillement et je vais pour recommencer à organiser mes affaires dans le sens croissant de la fragilité quand je vois un homme un peu plus vieux — mais pas tant que ça ! — que moi qui arrive avec trois bricoles dans les mains.

J’ai tendance à pratiquer la courtoisie alternative dans l’espace public. Par exemple, si je suis coincée dans un ralentissement et que des gens sont encore plus bloqués que moi à un stop sur ma droite, j’en laisse passer un avant de continuer, comptant sur celui qui me suit pour appliquer la même règle tacite d’un sur deux. Donc, j’ai déjà fait ma BA du jour avec mon petit couple et j’aurais tendance à me dire que j’ai fait ma part. D’un autre côté, c’est complètement con comme raisonnement. Le type, il a juste de quoi se taper un diner bien frugal dans les pattes et ce ne serait pas super juste de le laisser poireauter derrière moi. Oui, pourquoi les autres et pas lui ? Comme si ces deux minutes de plus allaient me manquer ne serait-ce que ce soir.

Le gars est un peu plus étonné que les gens d’avant, me répond que je ne suis pas obligée. Je suis d’accord avec lui, mais d’un autre côté, ce n’est pas important, je n’ai pas un rendez-vous urgent dans la seconde, mais c’est comme il veut… Je décale mon tas et là, arrive une femme de mon âge avec deux baguettes à la main. Elle sourit, parce qu’elle m’a vue laisser passer les deux précédents et qu’elle pense que j’ai explosé mon quota, un truc dans le genre.

« D’accord, c’est mon soir : tout le monde n’avait qu’une bricole à acheter… et que voulez-vous que je fasse ? Sinon, c’est la punition du dernier arrivé : il n’a rien fait de particulier, il est juste arrivé après tous les autres. C’est bon, allez-y ! Je ne suis pas à 5 minutes de mon temps. D’ailleurs, quelqu’un qui en est à 5 minutes de son temps, c’est un peu triste pour lui, non ?
— Ah, mais si cela avait été hier soir, j’avais un caddie plein. Mais j’oublie toujours de prendre quelque chose !
 »

J’ai donc laissé passer 4 personnes devant moi et quelque part, je me trouve d’une très grande générosité. Je raconte à la dernière arrivée que j’espère que la suivante aura un caddie conséquent, parce que sinon, je ne réponds plus de rien, histoire de blaguer sur l’affaire quand je remarque du coin de l’œil que contrairement à mes prévisions, notre file n’avance plus du tout.

Le petit couple semble en grande conversation avec le caissier et je me rends compte à ce moment qu’ils sont en train de négocier ce qu’ils doivent laisser au magasin. Sur la caisse voisine, ils ont déjà lâché le PQ, le pain, mais manifestement, ce n’est pas suffisant et ils doivent arbitrer entre la bouteille d’huile et le café.

Et là, brutalement, je me sens comme une merde avec mes problématiques de file d’attente et mes vannes à 3 centimes d’euros sur les petites courses et les gros caddies. Parce que même si je ne roule pas sur l’or, même si j’ai de belles années de galère au compteur — mais de plus fastes aussi ! —, j’avais eu la morgue de la petite bourgeoise en oubliant que pour de plus en plus de mes concitoyens, les courses d’appoint, ce n’est pas quand on a oublié un truc, c’est juste la manière dont on tente de survivre un jour de plus. J’ai oublié que le 2 du mois, les allocations diverses ne sont toujours pas tombées et que toutes les réserves sont au plus bas. Je fais attention, je compte, mais je ne suis pas étranglée au collet jour après jour, sans aucun espoir d’une amélioration, voire d’une simple pause dans l’extrême précarité de la vie.

Et là, je m’en veux, mais je m’en veux d’une force ! C’est sympa de distribuer des sourires dans les files d’attente, de parler aux gens, mais sans déconner, quelque part, c’est presque pire que rien. Tout le monde regarde ailleurs avec pudeur, avec honte, avec embarras aussi. Comme j’ai arrêté de faire du bruit avec ma bouche, on n’entend plus que la musique sirupeuse qui dégouline mochement du plafond et la voix du caissier qui explique qu’on ne peut reposer que certaines catégories de produits et pas d’autres et je vois qu’en plus de ne pas avoir de fric, ils risquent de repartir avec des trucs qui, ensemble, ne leur serviront à rien.

Là, je me dis que je pourrais allonger les 5 € qui leur manquent pour repartir avec ce qu’ils jugeaient indispensable, je pourrais vraiment, mais en même temps, je me dis que ça risque de leur rendre tout ça encore plus insupportable. Genre : on n’est pas des mendiants, merde, mêle toi de tes ognons ! L’autre jour, je me disais que je devrais me glisser un billet de 5 euros dans la poche, justement pour ce genre de situation. Ce n’est pas la première fois que je vois des gens manquer d’argent à la caisse et quelque part, si tu fais semblant de voir un truc qui est tombé par terre derrière eux, que tu te penches et que tu leur files le billet, ça pourrait passer.

Ou alors, c’est encore pire.

Je n’en sais rien. Je n’ai pas planqué d’argent de secours dans ma poche arrière et je n’ai pas ouvert ma gueule pendant qu’ils triaient leurs pauvres courses devant nous. Ils ont fini par partir en laissant plus de la moitié de leurs affaires derrière eux. Une femme avec un gros caddie s’est finalement glissée derrière moi. Le type tout seul est passé sans que je le remarque et la femme de mon âge a payé ses deux baguettes avec de toutes petites pièces jaunes et rouges qu’elle comptait méticuleusement. Du coup, je me suis demandé si elle était vraiment passée la veille avec un gros caddie et si elle n’avait pas caché son exaspération devant mon babillage d’andouille lénifiante et bienheureuse sous le masque de son sourire.

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HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info