Un terrorisme d’État à « visage humain »

lundi 18 février 2019
par  Patrick Mignard
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Par Patrick Mignard

Seule la France, parmi toutes les nations, est capable de réaliser un tel exploit. Le terrorisme d’État à « visage humain », cet oxymore, a besoin de conditions très particulières pour prendre corps, se matérialiser. Seul, le pays qui se réclame des « Droits de l’Homme » peut créer ces conditions. Il est vrai que par le passé, la France a donné de nombreux exemples en la matière.

Peut-on parler aujourd’hui, dans la France macronienne, de Terrorisme d’État à « visage humain » ? Au regard de la féroce répression qui frappe le mouvement social aujourd’hui, on est en droit de se poser la question. Le terrorisme est un acte politique qui a pour objectif d’imposer la terreur, la peur, auprès de partie, ou totalité, de la population afin d’atteindre directement ou indirectement un objectif : déstabilisation, empêcher une action, obtenir la satisfaction d’une revendication. Le terrorisme d’État est un acte politique commis par un État et qui a pour but de terroriser, inspirer la peur, à toute ou partie de la population qu’il contrôle, afin de la soumettre et de l’empêcher d’agir. La seule différence qu’il y a entre « terrorisme » et « terrorisme d’État » c’est que l’un n’est pas légal, alors que l’autre l’est. C’est que l’un n’émane d’aucune autorité officielle, alors que l’autre est tout à fait officiel. Si le « terrorisme » est hors la loi, le « terrorisme d’État » est-il compatible avec la légalité ?

La loi n’est en fait que la règle qui exprime la volonté d’une autorité. Produit d’un consensus et/ou d’un rapport de forces... on peut tout mettre dans la loi, même le pire. L’application et l’interprétation de la loi se fait au travers de l’institution judiciaire dont on peut mesurer régulièrement l’indépendance à l’égard du Pouvoir... surtout dans les affaires sensibles. Autrement dit, « terrorisme d’État » et légalité peuvent parfaitement faire bon ménage. La propagande officielle permet de faire le lien entre les deux. Le renforcement des lois répressives donne l’apparence de la légalité (républicaine ?) au système de terreur qui se met en place. Au vu de l’attitude du Pouvoir en matière de répression du mouvement social actuel on ne peut donc que se poser la question : y a-t-il délibérément une intention de terroriser les participants aux manifestations ?

L’utilisation d’armes extrêmement dangereuses, sources de multiples mutilations, contre des manifestants pacifiques, des journalistes et même des membres de l’Observatoire des Pratiques Policières initié, avec d’autres organisations, par la Ligue des Droits de l’Homme, et cela en toute connaissance de la part de l’État, montre qu’il y a, manifestement, intention de blesser, de terroriser et donc de dissuader de manifester (ce qui, en principe, est un Droit fondamental). Le refus des institutions de l’État (le Conseil d’État) d’interdire l’usage de ces armes montre une volonté délibérée de courir le risque d’une atteinte grave à l’intégrité physique de citoyens pacifiques – ce qui est le cas des nombreux blessés. L’appareil d’État, se mobilise pour défendre coûte que coûte, et à quel prix, le système dont il est le garant.

Le discours fallacieux sur l’utilisation d’ « armes intermédiaires », « non létales » ne peut que confirmer le cynisme avec lequel le Pouvoir traite de ces questions et le mépris qu’il porte à l’égard des citoyens. Pourquoi « à visage humain » ? Dans son profond cynisme, le Pouvoir ne veut pas de morts... seulement des estropiés, des mutilés. Pour la « Patrie des Droits de l’Homme », grande donneuse de leçons au reste du monde, des morts, ça ferait désordre, tache à l’image qu’elle veut donner d’elle-même. Tout le discours du Pouvoir tourne autour de la justification de la répression en utilisant, à grand renfort les mots, de RÉPUBLIQUE, LIBERTÉ, DÉFENSE DES INSTITUTIONS... Alors que les revendications du mouvement portent sur une amélioration des conditions de vie et l’égalité sociale.

Le Pouvoir c’est l’Humain... les manifestants sont des voyous, des haineux... Les policiers et gendarmes sont des grands professionnels et des héros. (C.Q.F.D.) Le « Grand Débat National » ajoute une dernière touche « humaine » à ce terrorisme d’État. Avec un Président en bras de chemise, embrassant les enfants, cajolant les vieux, conseillant les pauvres, le Pouvoir se dit prêt à discuter... à condition de ne rien changer (?)... justifiant en cela la poursuite de l’action, et donc de la répression. On en est là aujourd’hui en France !

Patrick MIGNARD
Toulouse février 2019


Commentaires

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Un terrorisme d’État à « visage humain »
lundi 18 février 2019 à 09h27 - par  LEDY Marie-Claude

Bonjour Jepelia.

Je me permets de vous répondre car votre commentaire est incomplet.
Non, la belle démocratie proche orientale fait aussi beaucoup de morts, particulièrement à Gaza lors des marches du retour. Du 31/3/18 au 6/5/18 pas moins de 95 morts et 2400 blessés, plus ou moins graves, dont beaucoup d’amputés par la suite.
J’ai l’affreux souvenir de cette photo qui a beaucoup circulé d’un gazaoui, amputé des deux jambes, sur sa chaise roulante et qui manifestait forcément paisiblement qui a été tiré comme un lapin : une balle entre les deux yeux. La botte de Nevers moderne, en somme.
Ces chers soldats tirent avec des fusils de précision, pour tuer et non réprimer.
Pourquoi se gêner puisque ONU comme UE ne demandent que de la retenue et pas de punition.
Plus que jamais, le mouvement Boycott, Désinvestissement Sanctions est d’actualité et arrivera un jour à faire plier ces sauvages....malgré ce sombre discours "je boycotte donc je suis antisémite". Pffff !!!
Cordialement

Marissé

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Un terrorisme d’État à « visage humain »
lundi 18 février 2019 à 06h39 - par  jepelia

"Dans son profond cynisme, le Pouvoir ne veut pas de morts... seulement des estropiés, des mutilés"
Israël l’a compris et dans les manifestations des palestiniens, il vise les jambes avec des balles explosives, comme cela il n’y a pas de mort à justifier.

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lundi 18 février 2019 à 10h56 - par  Turlupin

Encore que des morts, il y en a "quelques-uns".
295 Palestiniens, dont 60 enfants et 10 handicapés, depuis le début des manifestations pour la levée du blocus de Gaza et le droit au retour en mars 2018, selon un rapport des Nations Unies.

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