La peur et le mépris

lundi 15 avril 2019
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Par Gérard Charollois

Est-ce pour oublier ce qui les tuera que les humains développent des peurs irrationnelles : peur du ciel et de la forêt, des étrangers et des casseurs, des rouges et des noirs, des sangliers et des chauves-souris, de la nuit et des ondes, de la science et de la nature. Ces phobies puériles aident-elles à ignorer un temps Alzheimer, Parkinson, glioblastome, carcinome et AVC.

La droite instrumentalisera la xénophobie et la peur des désordres. Des écologistes, dont je ne suis pas sur ce point, joueront de la technophobie. Les religions ont de tout temps inculqué la peur d’une culpabilité universelle. Parfois, ces superstitions, crédulités et terreurs infondées susciteront l’hilarité, mais plus souvent encore, une navrante contemplation des limites de l’esprit humain. Si les phobies et croyances farfelues ne déterminaient pas des comportements agressifs en retour, elles ne seraient que de plaisantes déraisons. La peur enfante bien souvent la haine. Comment affranchir l’humain de ces peurs irrationnelles, sources de rejets, d’angoisses, occasions de manipulations par les forces sociales sans scrupule qui utilisent ces ignorances pour conduire le troupeau de leurs victimes ?

Non, la forêt n’est pas un coupe-gorge. Non, les sangliers, animaux d’une exceptionnelle intelligence, n’agressent pas les grands-mères. Non, les chauves-souris ne s’accrochent pas aux cheveux des femmes, les chouettes n’annoncent pas la mort et toute innovation ne représente pas un péril. Ces craintes irrationnelles constituent le paravent des crimes insondables de l’humain. Ce sont elles qui génèrent le camp de concentration, le bombardement des villes, les élevages industriels de poules et de porcs. Jamais un humain usant paisiblement de sa raison n’admettrait de soumettre des êtres sensibles, humains ou animaux, à la torture et à l’exploitation. Le mépris d’autrui n’existerait pas sans cet irrationnel qui dégrade cet autrui en menace, en marchandise, en souffre-douleurs.

Notre époque tolère des faits et pratiques que la lucidité, la conscience libre et éclairée, l’observation objective interdisent radicalement. Il faut une forte dose d’abrutissement pour accepter ces usines à viande et à œufs où le capitalisme relègue en enfer des animaux suppliciés. S’il usait de sa simple raison, libérée de tout conditionnement grégaire, l’humain ne pourrait exercer tous ces actes de cruauté et de violence qu’impliquent l’agro-productivisme, la chasse, l’expulsion de la nature au nom du profit, de l’aménagement, d’un pseudo-développement. S’il n’avait pas l’excuse de ses névroses, si l’homme débarrassé de son obscurantisme crasse perdurait à être un tortionnaire du vivant, c’est que l’espèce n’aurait été qu’une impasse évolutive, un échec de la sélection naturelle. Car la sélection naturelle privilégie non pas la compétition, mais l’entraide et la compassion. En présence d’un fait quelconque, d’une technique, d’un objet ou d’un être vivant, invitons l’humain libre à se livrer à un examen rationnel, puis à une approche dictée par l’empathie.

Rejetons la peur de ce qui ne la justifie pas en comprenant qu’elle est la matrice des lâchetés coupables et des « collaborations » pusillanimes. Combattons les ignorances et apprenons à aimer la vie et le vivant. Les lobbies, les pouvoirs, les petits intérêts cultivent ces peurs, ces crédulités pour dominer, prospérer, soumettre les hommes en les aliénant. Bref, célébrons le cœur et la raison pour que la vie triomphe de la mort.

Gérard Charollois

ecologie-radicale.org


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