Andréa Kotarac, Thomas Guénolé… pourquoi Jean-Luc Mélenchon subit tant de départs ?

samedi 18 mai 2019
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Par Barthélémy Philippe

Annoncé mardi, le soutien d’un ex-élu régional de La France Insoumise à la liste du Rassemblement National pour les élections européennes provoque des remous. D’autant qu’il s’inscrit dans une longue liste de départs, souhaités ou subis, autour de Jean-Luc Mélenchon.

L’Insoumission serait-elle passée de mode ? Deux ans après avoir frôlé l’accession au second tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon peine à redonner à La France Insoumise son lustre d’antan. Au point que la liste menée par Manon Aubry plafonne à moins de 10 % dans les sondages, dix jours avant le scrutin. Déjà en difficulté, les Insoumis ont encaissé un énième coup dur mardi 14 mai, avec le ralliement d’Andréa Kotarac, ex-conseiller régional de Rhône-Alpes-Auvergne, au Rassemblement National. “Traître”, a immédiatement tonné Jean-Luc Mélenchon sur Twitter. Un terme violent qui illustre l’importance symbolique de cette défection, même si le conseiller régional âgé de 30 ans est inconnu du grand public. S’il reste isolé, son choix de franchir la digue entre LFI et le RN n’en est pas moins une première dans l’histoire du mouvement. Surtout, il donne raison à ceux qui fustigent la porosité idéologique entre deux partis situés aux antipodes du spectre politique. Un soupçon que Jean-Luc Mélenchon a lui-même alimenté. Par son refus d’appeler à voter contre Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Mais aussi en contribuant à transformer les élections européennes en référendum anti-Macron. Une obsession du chef de l’État que l’on retrouve dans un des slogan du parti : “Dites Manon (Aubry, ndlr) à Macron”. Problème, c’est précisément cela qui permet à Andréa Kotarac de justifier son ralliement à Jordan Bardella, estimant la liste RNseule apte à faire barrage à Emmanuel Macron”, au regard des sondages.

Une “boule puante de fin de campagne

Andréa Kotarac est le nom d’une “boule puante de fin de campagne”, s’est également indigné Mélenchon sur les réseaux sociaux. C’est aussi la énième défection subie par La France Insoumise, depuis un an. Celle qui symbolise le plus crûment les errements de Jean-Luc Mélenchon entre une ligne de gauche radicale “classique”, ouverte au multiculturalisme, et le courant “populiste”, qui joue le peuple contre les élites et affiche une laïcité pointilleuse. Le début de l’hémorragie remonte au printemps 2018… avec le départ d’une autre conseillère régionale de Rhône-Alpes-Auvergne. Élue sur la même liste qu’Andréa Kotarac, Corinne Morel Darleux avait quitté La France Insoumise, en s’élevant contre la “rhétorique populiste” et la “stratégie anti-Macron” des cadres du mouvement.

L’économiste Liêm Hoang-Ngoc va rapidement l’imiter. En juillet 2018, l’ex-député européen qui avait rallié Jean-Luc Mélenchon après son départ du PS prend également la porte. Il reproche alors au leader des Insoumis d’avoir verrouillé le parti en compagnie de deux proches, la directrice de communication Sophia Chikirou et le directeur des campagnes, Manuel Bompard. Quelques mois plus tard, c’est au tour d’une autre transfuge du PS, l’ancienne championne de kick-boxing Sarah Soihili, de quitter le navire. Lors de son départ, elle avait clairement affiché ses désaccords avec la composition de la liste en vue des européennes dans Libération, craignant notamment que le scrutin se résume à un “référendum franco-français contre Macron”. Désormais engagée aux côtés de Benoît Hamon, elle occupe la deuxième place de la liste Génération.s.

La rédactrice de "l’Avenir en commun" en queue de liste

Un avertissement prémonitoire ? Toujours est-il que la constitution de la liste pour les européennes va continuer à provoquer des dégâts. Le 15 novembre dernier, Charlotte Girard renonce à figurer en position éligible sur la liste de La France Insoumise. Reléguée en queue de liste, la corédatrice du programme présidentiel évoque des contraintes personnelles et professionnelles en guise de justification. Sans lever totalement le doute : pour certains cadres, elle a tout simplement été placardisée par Jean-Luc Mélenchon, après avoir publiquement exprimé des réserves sur le rôle de Sophia Chikirou au sein du mouvement.

Quelques jours plus tard, les Gilets jaunes font leur apparition, offrant une bouffée d’air inespérée au leader des Insoumis. Mais en interne, les défections s’accélèrent. Le 28 novembre, l’ex-conseiller aux affaires internationales Djordje Kuzmanovic prend ses distances avec LFI, après avoir été exclu de la liste des européennes. Il fustige alors “les méthodes autoritaires”, de Jean-Luc Mélenchon, qui semble avoir définitivement tranché en faveur de la ligne historique. Souverainiste, farouchement laïc et favorable à des flux migratoires maîtrisés, voire “asséchés”, Djordje Kuzmanovic se retrouve hors-jeu. La mise au ban va également frapper un autre pilier de La France Insoumise. Il s’agit de François Cocq, qui partage la sensibilité souverainiste de Djordje Kuzmanovic. L’ex-orateur national du mouvement est rayé de la liste pour les européennes fin novembre. Avant qu’une interview à CNews, qui le présente comme porte-parole de LFI donne lieu à une brutale clarification de Jean-Luc Mélenchon sur Twitter. Qualifié de “nationaliste”, François Cocq est purement et simplement banni.

Accusé de harcèlement sexuel, Thomas Guénolé règle ses comptes

Fin de l’hémorragie ? Toujours pas… Le 18 avril dernier, c’est le politologue Thomas Guénolé qui est écarté de la liste LFI pour les élections européennes. Furieux, il s’élève publiquement contre les “méthodes staliniennes” de Jean-Luc Mélenchon. “Décidément, rien ne me sera épargné”, fulmine publiquement le leader des Insoumis, qui justifie cette exclusion par des accusations de harcèlement sexuel à l’encontre de Thomas Guénolé. Cette fois, le différend idéologique qui traverse La France Insoumise ne semble pas en cause.

Même si le politologue ne se prive pas de dénoncer le “simulacre” de démocratie interne à La France Insoumise, dans le communiqué au vitriol qui suit son éviction : “Il n’y a jamais de vote pour départager deux lignes sur un point qui divise les militants”, regrette-t-il notamment, sans qu’on sache s’il fait référence au clivage idéologique qui ronge le mouvement. Quoiqu’il en soit, Jean-Luc Mélenchon semble avoir tranché. Dans le bruit et la fureur...

msn.com


Commentaires

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Andréa Kotarac, Thomas Guénolé… pourquoi Jean-Luc Mélenchon subit tant de départs ?
samedi 18 mai 2019 à 14h24 - par  jepelia

Le défaut de la France Insoumise, c’est qu’il y a des gens qui viennent de partout et qui n’ont pas trouvé place dans leur ancien parti ou qui se servent de LFI pour y arriver.
Comme il n’y a pas de place pour tout le monde, la sélection doit se faire autour d’un point commun, c’est-à-dire une ligne politique axée sur l’ère du peuple.
Comme tout programme, il est difficile d’y trouver 100% de son idéale.
Le principal, c’est d’y trouver une grande partie de ses idéaux, ce que les démissionnaires prennent comme prétexte pour se défiler. Mélenchon n’est qu’un tribun mais pas un surhomme parfait, comme tous les politiques et cet homme, jugé dangereux par la majorité de droite et par la gauche qu’il ridiculise, subit toutes les attaques possibles, la plupart démenties en petites lignes au bas des journaux.
Faire de la politique, c’est défendre ses idées avant tout, et non pas vénérer un leader, fusse-t-il bon orateur, beau mec ou grande gueule.
Pour moi, une grande parti du programme LFI me convient et son leader à l’art d’expliquer les situations, ce que font rarement les autres politiques.

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