Déremboursement de l’homéopathie : Macron a choisi

lundi 8 juillet 2019
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Par Anne-Laure Barret et Hervé Gattegno

Après avoir hésité, Emmanuel Macron a donné son feu vert au déremboursement, comme le souhaitait Agnès Buzyn. La décision doit être annoncée en fin de semaine, deux scénarios sont encore à l’étude.

La décision est prise : les produits homéopathiques seront déremboursés. Les experts le préconisaient ; la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, le voulait ; les fabricants et nombres d’élus, eux, s’y opposaient ; et Emmanuel Macron hésitait. Le chef de l’État a mis fin au suspense il y a quelques jours. L’annonce doit être effectuée à la fin de la semaine. Elle marquera un tournant. Reste à arbitrer les modalités de l’opération. À ce stade, deux options semblent envisagées : La première prévoit le déremboursement total, mais en le différant (peut-être d’un an) pour permettre aux laboratoires concernés de se préparer à cette perte de revenus. La seconde consisterait en un déremboursement partiel : actuellement pris en charge par l’Assurance maladie à hauteur de 30 %, les granules homéopathiques ne le seraient plus qu’à 15 %. C’est ce qu’a suggéré Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France, dans une lettre adressée jeudi à Macron où il invoquait à la fois le "pouvoir d’achat" et la "liberté de choix des patients".

Cette solution n’aurait rien de disruptif : en 2003, le remboursement de ces produits était déjà passé de 65 à 35 % ; puis, en 2011, de 35 à 30 %. Mais elle exposerait l’exécutif au risque de fâcher à la fois les partisans et les détracteurs de l’homéopathie. Autre ­inconvénient : elle priverait Bercy d’une source d’économies importante (le coût des remboursements avoisine 127 ­millions d’euros par an), au moment où le gouvernement cherche à réduire la dépense ­publique. De fait, Edouard Philippe et le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin ont eux aussi plaidé à l’Élysée pour le ­déremboursement.

Une interview décommandée pour prendre le temps

Agnès Buzyn, elle, a privilégié l’argument scientifique. Dès le mois de mars 2018, c’est un ­collectif de professionnels de santé baptisé ­Fakemed qui avait lancé le débat sur l’efficacité réelle de l’homéopathie. Médecin et professeure d’université, attachée à voir triompher une médecine fondée sur les preuves (elle l’a martelé face aux adversaires des vaccins obligatoires), la ­ministre s’est appuyée sur l’avis rendu le 28 juin par la Haute Autorité de santé. Après analyse de 37 études sur le sujet, cet organisme indépendant, chargé de l’évaluation des médicaments, a dressé un constat implacable pour recommander le déremboursement : "efficacité insuffisante", absence de preuve d’un intérêt pour la santé publique, inutilité sur des maux bénins qui guérissent tout seuls, etc. Comment Buzyn, qui présidait la Haute Autorité avant d’entrer au gouvernement, pouvait-elle passer outre à cet avis ?

« L’homéopathie est populaire, il ne faut pas emmerder les Français »

Mais à l’Elysée, d’autres critères étaient pris en compte. Marqué par la crise des Gilets jaunes et les ­récriminations contre les 80 km/h, Macron voulait peser le pour et le contre. "L’homéopathie est populaire, il ne faut pas emmerder les Français", l’ont entendu dire plusieurs de ses interlocuteurs. Désireux de se laisser du temps, le chef de l’État n’a pas voulu que sa ministre se prononce le même jour que la Haute Autorité, comme elle l’aurait souhaité. Mardi ­dernier, c’est encore pour s’offrir un délai qu’il a demandé à Buzyn de ­décommander son interview ­prévue sur BFMTV avec Jean-Jacques ­Bourdin. Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, a dû la remplacer au pied levé.

Les laboratoires inquiets

Pendant ce temps, les défenseurs de l’homéopathie se sont mobilisés. Nombre de députés ­macronistes ont relayé jusqu’à l’Elysée les inquiétudes de leurs électeurs, familiers de ces granules. Les trois laboratoires concernés (les français Boiron et Lehning, le suisse Weleda) ont ­orchestré, avec les syndicats de médecins homéopathes, une campagne de communication intitulée "Mon homéo, mon choix" : publication d’un livre blanc, lancement d’une pétition, manifestations à Paris et à Lyon. Des élus de poids leur ont ­apporté leur soutien : outre ­Xavier Bertrand (Boiron a un site dans le Nord), Laurent Wauquiez, ­président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et Gérard ­Collomb, maire de Lyon (le groupe a son siège dans le Rhône).

Leur ­argument massue : que ­deviendront les salariés de ces laboratoires (2.400 pour le seul Boiron) si le déremboursement les conduisait à la faillite ? Le sujet sera peut-être au menu du dîner qui réunira dimanche soir à Lyon (avant la finale de la Coupe du monde féminine de football) Macron et Collomb. Très proches en 2017, les deux hommes se sont beaucoup éloignés depuis. Le choix de ­Macron sur l’homéopathie ne devrait pas les rapprocher.

lejdd.fr


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