Amérique Latine : Des « gauches » renaissantes ou des gauches liquéfiées ?

Hugo Chávez Frías : le paradigme de l’Amérique Latine
lundi 12 novembre 2007
par  Cristina Castello
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D’après le regard de George W. Bush, l’Amérique Latine est possédée par le démon à cause des « gauches ». S’agit-il des « gauches » ou seulement en est-il des voix qui s’opposent à la « mondialisation » au nom de laquelle on tue aussi bien vies que rêves ? S’agit-il de « gauches », ou n’est-ce avec l’excuse de vivre, que résistance spirituelle envers tout ce pour lequel nous mourons ?

Il y a dix-huit ans, Francis Fukuyama a écrit sa chronique « La fin de l’histoire », qui fut à l’origine du livre « La fin de histoire et le dernier homme », où il annonçait la mort du communisme et des idéologies.

En réalité, cet homme de science politique américain inaugurait l’idéologie du « néo-libéralisme », celle du dieu Marché. On commençait l’étape de la « reaganomic », expression rapportée à l’économie du pays de Reagan, qu’il a voulu développer de l’Alaska jusqu’à la « Terre de Feu » (Tierra del Fuego), avec la collaboration de Margaret Thatcher depuis sa Grande Bretagne.

Tandis qu’il était le Président de l’Empire Américain, il ne se refusait pas de rêver de son passé de très mauvais acteur de cinéma, ni pour le moins de dormir : « J’ai déjà dit à mes collaborateurs qu’ils doivent me réveiller quand il se passe quelque chose d’important, même si je suis en réunion de cabinet » (sic). La Dame de fer, pour sa part, s’ingurgitait de sacrées rasades de whisky, qui l’avaient peut être poussée à danser « Paquito el chocolatero », devant le légendaire flegme tout british de ses ministres, ceci en pleine guerre des Malouines.

Cependant, malgré siestes et alcools, cela n’avait rien de mal ni pour Reagan ni pour Madame Thatcher.
Et le néo-libéralisme, tout en continuant à gagner du terrain, jusqu’en Europe, s’est propagé à l’ensemble de l’Amérique du sud avec l’Argentine comme pionnière, par la main de son président Carlos Menem.
Dans ce cadre, les soi-disantes « gauches » latino-américaines nous renvoient à une première réflexion : le Pouvoir. Peut-il exister un gouvernement s’il n’y a pas le Pouvoir ? Peut-il exister des gauches si les maîtres du monde restent toujours les mêmes ? That is the question.

De pulls, littératures, caipirinia et grillades

Qui sont donc ces leaders de la dite gauche latino-américaine ? Voilà quatre cas, les plus remarquables.

Le plus significatif est celui d’Hugo Chávez Frías, président du Venezuela depuis 1998. Pour quelques-uns, il est démagogue populiste… laid et même… « communiste ». Pour d’autres, il est un quasi-dieu et aussi le Président qui appuie ses idées par des mots et par des actes. Cependant, lui défend bien plus que les uns et les autres, le riche pétrole Vénézuélien, ce qui rend d’autant plus furieux George W. quand il promet d’installer le « Socialisme du XX1 siècle », avec la devise « Patrie, Socialisme ou Mort » ; quand il a annoncé les nationalisations de CANTV, la plus grande entreprise téléphonique du pays et celle de l’entreprise d’Electricité de Caracas (EDC) et…. que bien d’autres entreprises suivent. Il parle et il agit. Si les prix montent, il est même prêt à réquisitionner les supermarchés et les entrepôts frigorifiques, et même les terrains qui ne seraient pas productifs. Pourra-t-il agir de la sorte ?

D’origine modeste, son dernier record pour des élections fut le 63% qu’il a obtenu lors du scrutin de décembre 2006. Bien qu’il ait toujours manifesté sa passion pour la littérature, particulièrement les contes et autres pièces de théâtre, Chávez a toujours suivi sa vocation politique et militaire. Il a traité Bush de « criminel de guerre » et il est resté fidèle à lui-même, s’opposant toujours au néo-libéralisme. En cela est-ce la gauche ou bien un « nationalisme » (mais non pas nazisme) ? Voilà un cas d’entre les cas que cet Hugo Chávez là. Passons au suivant……

Evo Morales, d’origine aymará, est le Président indigène de la Bolivie depuis janvier 2006. Il a décrété la nationalisation des hydrocarbures et a, entre autres détails, confisqué biens et propriétés de Petrobras et Repsol. « Le pillage de nos ressources naturelles de la part des entreprises étrangères : c’est fini », a-t-il déclaré, sans veste ni cravate.

En pull aux réunions protocolaires et/ou de cabinet, il revalorise les identités culturelles, fidèle aux principes du MAS (Movimiento al socialismo) qu’il a fondé et dont ont surgit de nombreuses organisations sociales tournées vers le haut. C’est pour cela que dans le pays le plus pauvre d’Amérique Latine, quarante autres nations indigènes se sentent appartenir à ce gouvernement. Et oui ! Mais… Evo est-il de gauche ou est-il la voix de l’Amérique indienne qui clame sa revendication d’en être ? … au suivant…

Egalement d’origine modeste, Luis Inácio Lula da Silva est lui Président du Brésil depuis le 1er janvier 2003 et jusque là, il s’était toujours engagé auprès des exclus. Les 61% des suffrages en sa faveur ont fait chanter et danser dans les rues où les Brésiliens ont vu cette semaine là beaucoup de levers de soleil sans jamais avoir dormi. L’un des leurs – depuis un précaire berceau – était arrivé à la présidence !

Pourtant, alors même qu’on fêtait toujours la victoire, le « communiste » Lula, au rythme de la caipirinia, désigna-t-il Monsieur Henrique Meirelles – homme de droite, aimé des grands capitaux – président de la Banque Centrale du Brésil (« Banco Central do Brasil »). Lula dit qu’il est devenu pragmatique : sa politique financière est néolibérale, de même que sa politique tributaire et fiscale ; et comme il file l’amour avec le FMI, il liquide par anticipation le payement de la dette. Alors……Lula, est-il de gauche ou est-il un autre ex-progressiste, obnubilé par le grand Pouvoir ? To be or not to be ? Passons à un autre « cas » de la prétendue gauche latino-américaine…

Celui de Néstor Kirchner, président de l’Argentine depuis mai 2003, qui sait si bien jouer autant avec Dieu qu’avec le Diable. À travers son discours, il veut gagner le secteur progressiste, mais, de même que Lula, il règle d’avance le payement de la dette extérieure – illégitime – de son pays car « l’établissement financier » américain lui fait confiance, en voilà même en cela sa meilleure définition. Alors que le chômage et le niveau de vie – de vie ? – s’opposent aux statistiques données par le gouvernement quand opulence et misère cohabitent dans le pays du sud. C’est le Régime.
Après le 28 octobre 2007, le Pouvoir est à son épouse, Cristina Kirchner et l’Argentine continue d’être à genoux face aux États-Unis et le F M. I. Le peuple n’existe pas, mais la foule.

« Argentine, un hectare pour un hamburger….. », fut le titre d’un article de Jorge Marirrogriga dans le journal « El País » (« Le Pays ») de Madrid, le 5 février 2007. Et oui ! Ce redécoupage de la patrie de Borges, Gardel et Maradona, touche les 300.000 kilomètres carrés de terrains publics et privés dont les grands acquéreurs sont des sociétés fantômes aux sièges dans des paradis fiscaux.
En fait, le plus grand propriétaire du pays est « Benetton », qui a presque 10.000 kilomètres carrés de la superficie argentine dans ses poches. Et cela n’est pas le seul cas.

Les plus de 36 millions d’hectares de la « Puna de Atacama », riches en peintures rupestres et pétroglyphes de ses premiers habitants, sont en vente sur Internet, à travers la société immobilière « Serrano ».
Et si l’on se hâte pour approuver la loi qui crée le « Jour National des Grillades » (sic), il n’y a, par contre, aucun empressement ou précipitation qui règle cette situation et les projets législatifs à ce sujet dorment dans les cartons. Est-ce cela la gauche ?

¿ « Paquito el chocolatero » ou la voix des peuples ?

Je crois, tout comme la chercheuse et journaliste Estella Calloni alertant l’Agence d’Intelligence du Brésil » sur la présence de militaires américains en Amazonie (déforestée), que c’est une menace
« d’invasion silencieuse » sur le cône sud qui est en marche. Et qu’est alors venue pour l’Amérique Latine « un projet d’occupation qui attaquera ses flancs économiques, politiques et militaires ».
Ainsi vont les choses, ces prétendues « gauches » d’Amérique Latine, peuvent-elles se moquer de ces vieux pactes et des préceptes de l’ordre économique international ? Pourront-ils, l’homme sans veste ni cravate ainsi que le paradigmatique Chávez, être plus forts que les rasades de whisky de Thatcher et les siestes de Reagan ?
That is the question.

Cristina Castello


Commentaires

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Amérique Latine : Des « gauches » renaissantes ou des gauches liquéfiées ?
lundi 12 novembre 2007 à 10h46 - par  Jean Dornac

Ah Cristina ! Bien que les discours et les formes soient différents, ici, en Europe, nous sommes nombreux à constater qu’il n’y a plus de "gauche" pour changer de politique. Aujourd’hui, et l’exemple de la France est éclatant, nous avons la droite-extrême (UMP), l’extrême-droite(FN et quelques autres), la gauche caviar-droite (PS et quelques autres)...

Un peu partout dans le monde, nous, les peuples, nous n’avons plus personne pour nous représenter sérieusement... C’est dramatique et risque, hélas, de finir dans un bain de sang généralisé...

J’espère que je me trompe...

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mercredi 14 novembre 2007 à 08h36 - par  Jean Dornac

Oui, Cristina,

Nous sommes bien, sur le site (et ailleurs aussi), dans cette volonté de résistance. Oui, nous savons que nous ne changerons pas le monde, comme ça, d’un coup de baguette magique, mais nous savons que l’essentiel, celui que nous tentons de réaliser, c’est de participer à la prise de conscience de ceux qui veulent bien nous lire et réfléchir avec nous.

Et ta venue sur le site renforce encore cette capacité de prise de conscience de chacun de nous...

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mercredi 14 novembre 2007 à 05h09 - par  Cristina Castello

Michel,

Me permettez-vous de vous répondre en empruntant quelques mots de Paul Éluard ? :

« La dose d’injustice et la dose de honte

Sont vraiment trop amères

Il ne faut pas de tout pour faire un monde il faut

Du bonheur et rien d’autre

Pour être heureux il faut simplement y voir clair

Et lutter sans défaut

Nos ennemis sont fous débiles maladroits

Il faut en profiter

N’attendons pas un seul instant
levons la tète
prenons d’assaut la terre

Nous le savons elle est à nous submergeons-la

Nous sommes invincibles »

(Extrait de « Le château des pauvres »)

Quelle est la tâche de l’homme dans ce monde et dans ce moment ?
C’est juste ce que vous venez d’écrire : créer la conscience.

Je n’ai pas de réponses, mais des interrogations.
Je n’ai que la poésie et l’amour le plus profond pour l’existence humaine.
Ma voix s’unit à la vôtre, pour essayer de « changer la vie »

Cristina Castello

http://www.cristinacastello.com

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mercredi 14 novembre 2007 à 04h37 - par  Cristina Castello

Absolument d’accord, Jean…. Et combien je voudrais penser que tu te trompes.
Non. Il n’y plus de « gauche » dans le monde.
Je crois que la nommée « chute du Mur de Berlin » a laissé la gauche sans pouvoir de réaction.
Malheureusement, l’Argentine fut pionnière depuis 1989. Ce fut le pays que le Régime
a pris comme première cible ; le pays qui a été le plus semblable à l’Europa d’autrefois.
Dans cette époque-là a commencé la fin du pays où je suis née sous le règne du monstre Carlos Menem comme président. Et la « gauche » n’a pu faire rien d’autre que ne rien faire.
Quant à l’Europe… tu sais que je ne connais les situations non pas pour les avoir lu,
mais pour les avoir vécu.
La « gauche » européenne — comme partout — est de nous jours désarticulée : elle n’existe pas.
Alors que la droite peut s’unir, la « gauche » est divisée telle que le lait caillé ; et même la gauche caviar, droite, comme tu dis si bien, ne fait rien d’autre.
J’ai beaucoup parlé avec mes amis, et j’ai écrit bien des articles, où je disais — j’écrivais
tout ce qui arrive aujourd’hui.
Regrets de ne pas m’être trompée.
Je ne suis pas pessimiste. Je suis sceptique de première fois.
Pourquoi ? Parce qu’à mon avis, le pire qui a été fait dans le Régime fut
de laver les cerveaux des personnes ; alors, la plupart et partout, bénissent aux urnes de même qu’ils vont se sacrifier dans la vie.
Sans valeurs humaines, l’existence devient une expérience inhumaine, tandis que Bush-Hitler lui saute de contentement : sans encore avoir de neurones, il a mis en esclavage l’humanité et il ira plus loin encore...
Palestine, Le Liban, Irak…. Et, et… sont les visages sanglants de cette histoire ; tandis que d’autres pays tiers, en sont les visages affamés.
Tout de même, allons, allons, continuons de tenter de changer le monde.
Si chacun change son petit morceau de monde, le monde peut changer.
Encore.

Cristina Castello
http://www.cristinacastello.com

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mardi 13 novembre 2007 à 19h22 - par  Bagheera

Nous ne parlons apparemment et évidemment pas de la même gauche....Tant pis !

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mardi 13 novembre 2007 à 18h48 - par  Michel Berthelot

Ainsi la gauche en est à implorer ?!... Mon Dieu !... Et pourquoi pas à prier aussi !... Quelle déconvenue !...

Et en plus la gauche demanderait des idées et des conseils ?... Tiens donc !... Pourtant à constater ses airs de rodomont, ces jours encore, moi, j’ai plutôt le sentiment qu’elle est donneuse de leçons et remplie de ses certitudes !...

C’est bien pour cela que ce n’est pas à cette ectoplasmique et pathétique gauche-là de se mettre au travail… Elle en est bien incapable !... Trop occupée qu’elle est à loucher à droite pour sa partie vénale ou à tenter vainement de rassembler et sauver son espèce en voie de disparition pour sa partie loyale si congrue…

Mais c’est bien à tous les sans ceci ou sans cela de se mettre au boulot et prendre les choses et le sort de la nation en main en se révoltant parce qu’ils sont innombrables, que leur nombre va toujours croissant, que s’ils se comptent enfin, que leur conscience citoyenne s’anime… et comprend que personne jamais ne fera cette révolte et ce boulot pour eux… Surtout pas les gauches en question qui pensent surtout, principalement voire uniquement à survivre et sauver leurs sièges, leurs mairies, leurs sinécures ou plus prosaïquement leur peau dogmatique…

Ce n’est pas l’abnégation des quelques héroïques et trop rares militants sincères et courageux qui changera quoi que ce soit au sort des sans rien… Ce sera seulement la prise de conscience de leur part que de sans rien il doivent devenir sans-culottes… et qu’ils ont devant eux bien des bastilles à prendre et bien des privilèges à éradiquer…

Enfin que ceux qui distribuent les tracts aient la décence de ne pas s’en prendre par dépit ou par impatience à ceux qui les "écrivent" parce qu’alors... on passe là simultanément du coq à l’âme... Et on tue dans l’oeuf simultanément les idées qu’on réclame et les conseils qu’on dit solliciter...

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mardi 13 novembre 2007 à 17h02 - par  Bagheera

...Bien sûr, l’extrême gauche passe à la trappe Cher Jean....chers tous et toutes.

Elle n’est pas une gauche puisque si peu étoffée...Aussi, je vous demande...Non !....je vous supplie de venir grossir nos rangs pour ne plus entendre dire que nous n’avons plus personne pour représenter les espoirs des un(e)s et des autres. Nous sommes si peu....dans toutes les luttes...ici et là...

Assez de tirer sur une ambulance...ou alors, offrez-nous des méthodes, donnez-nous des idées, soutenez-nous à défaut d’autre chose puisqu’il semblerait que nous sommes ringard(e)s, dépassé(e)s, risibles, responsables de "bouffage de chapeau"....Chiche !...

En cette époque charnière, avez-vous mieux ? Autre ? Plus percutant et résultant ?...

Toute idée serait bien venue pour une réalité à rêver....un rêve à réaliser...et pas qu’en écriture.

Alors au travail....auprès des démuni(e)s, des sans-voix, des sans-papiers et raseurs de murs, des affamés, des réfugiés...

Une petite planète, en somme.

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