La France ne veut pas fâcher le Tchad

vendredi 9 novembre 2007
popularité : 1%

Le bazar provoqué par l’Arche de Zoé gêne les militaires français, qui sont en train de renforcer leur présence dans ce pays, décidément très central en Afrique

par Vincent Nouzille

La controverse née de la malencontreuse opération humanitaire de L’Arche de Zoé au Tchad embarrasse les militaires français. Non seulement, ils ont prêté main forte, sur place, aux responsables de cette association, sans savoir, plaident-ils aujourd’hui, quels étaient les buts réels de leur séjour au Tchad. Mais l’utilisation politique de cet incident par le président tchadien Idriss Déby, très contesté dans son pays, a fait monter la pression. Et les enchères : son indispensable appui à la future opération militaire européenne « Eufor Tchad-Centrafrique », destinée à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire aux réfugiés du Darfour, lui vaut bien des attentions.

Nicolas Sarkozy et son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, se sont beaucoup démenés, ces dernières semaines, pour amadouer le président tchadien sur la nécessité de ce déploiement militaire européen. Les Français ont arraché, le 25 septembre, le vote à l’ONU de la résolution 1778 autorisant cette force multinationale, après avoir bataillé pour convaincre également les autres pays européens, très réticents a priori.

Depuis le 15 octobre, cette force militaire en cours de création (3000 soldats dont 1500 Français), dont le quartier général est situé à Paris, est dirigée par un irlandais, le général Patrick Nash, secondé par le général français Jean-Philippe Ganascia. Ensemble, les deux gradés ont effectué leur première visite au Tchad du 21 au 24 octobre. Occupés à ces intenses préparatifs diplomatico-militaires, les responsables Français n’ont peut-être pas suivi de très près tout ce que pouvait mijoter l’association L’Arche de Zoé. Le ministre de la défense, Hervé Morin, a d’ailleurs ordonné une enquête à ce sujet.

La courte visite éclair de Nicolas Sarkozy au Tchad dimanche avait donc une arrière-pensée militaire autant qu’un objectif humanitaire. Surtout ne pas froisser le président Déby. L’armée française est d’autant plus soucieuse de réussir cette opération « Eufor » au Tchad qu’elle permet de justifier la présence récurrente des soldats français dans ce pays, jugé stratégique. Un peu plus d’un millier de militaires tricolores y séjournent de manière permanente depuis 1986, date de déclenchement de l’Opération Epervier (destinée à contrer les intrusions libyennes), entre la base de N’Djamena, dite « sergent chef Adji Kosseï », le camp Croci d’Abéché et celui de Faya-Largeau.

Pour les état-majors français, la position centrale de N’Djamena sur le continent africain est particulièrement adaptée aux opérations militaires dans la région sub-saharienne. Mieux que la base de Djibouti et celle du Gabon. Les six avions de chasse, les trois avions de transport et le ravitailleur, parqués dans la capitale tchadienne, sont toujours prêts à décoller pour des missions aussi discrètes que variées : surveillance de la frontière Soudan-Tchad, envois de commandos lors des récentes attaques de rebelles en République Centrafricaine, appuis aux forces africaines et onusiennes dépêchées en République démocratique du Congo. Le chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Abrial, a confié récemment à quelques parlementaires que cette base permettait d’offrir à la France une « capacité inégalable de rayonnement » dans la région. Voilà pourquoi il ne faut pas trop se fâcher avec le Tchad…

bakchich.info


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Décembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois