“La Croix ??? se demande si Jésus savait qu’il était Dieu.

jeudi 27 décembre 2007
par  Luc Douillard
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Hier, mon fils explique que son professeur de philo a projeté en classe le film christique de Pasolini. Juste avant Noël, c’est limite en matière de laïcité ! Mais qu’importe. En discussion familiale, on se demande si le personnage Jésus savait qu’il allait fonder malgré lui une religion hiérarchisée, ni même s’il se prétendait Dieu incarné.

Selon les Évangiles, très discrets sur l’Affaire (théologique), Jésus ne se définit jamais que comme « Fils de l’Homme », ce qui serait une métaphore mystérieuse ne conduisant guère à autre chose que l’immanence, humaine, si humaine, d’un acteur social, éminemment sympathique, guérisseur et secouriste, fêtard et anarchiste peut-être plus ou moins essénien ou bouddhiste décentré, dans le contexte culturel et économique de la Judée colonisée par l’Empire romain.

Samedi matin 22 décembre, j’achète le quotidien « La Croix » en raison d’un appréciable dossier sur « la force de la non-violence ». Pour le dossier, c’est raté : Sur la page des exemples vécus, on nous assène le cas nantais du commissaire de la BAC qui à ses heures perdues fait du théâtre social subventionné avec de jeunes maghrébins des quartiers : un parfum de colonialisme paternaliste que Gandhi aurait vomi, quand on sait bien que ce gradé emploie des armes mutilantes comme le flash-ball. (Les hasards de la vie font que j’ai croisé deux fois cet officier, tout récemment). Décidément on est en pleine schizophrénie, dopée par le commerce de la bonne conscience à coups de subventions. Encore une banalité du mal, aurait dit Hannah Arendt.

Mais ce qui est le plus surprenant ce matin dans « La croix », c’est la rubrique « Une question à la foi » (jeu de mot ?) tenue par un père assomptionniste particulièrement téméraire. En effet, ce prêtre journaliste dénommé Sylvain Gasser, photo à l’appui, titre « Jésus savait-il qu’il était Dieu ? ». Une question à mille francs, de nature à faire perdre toute illusions à un régiment de grenouilles de bénitier. Le révérend père Gasser sait bien que ses questions sont « angoissantes ». Je le cite : « Si Jésus savait qu’il était Dieu, comment pouvait-il assumer pleinement notre condition humaine ? Dans ce cas, sa vie ne serait-elle pas qu’une vaste pièce de théâtre dont il aurait un brillant acteur ? Quel sens revêtent alors ses souffrances, son agonie et sa mort, s’il savait que, de toutes façons, il allait ressusciter ? »

Un insondable doute creuse cet article, un doute que la conclusion, canoniquement correcte, ne parvient pas à combler. Jorge-Luis Borges en aurait fait une nouvelle. Ou bien Kadhafi, qui la semaine dernière à Paris, déclarait que le prophète Jésus n’a pas été crucifié, mais un autre à sa place. Et Jeanne d’Arc ? Et le vrai Staline a-t-il fini en Sibérie, pendant qu’un sosie tyrannique trônait au Kremlin ? Borges, décidément.


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