Prisons privées - Les nouvelles chaînes de Bouygues

jeudi 17 janvier 2008
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La privatisation touche aussi la prison, ce « service public » très particulier. Ainsi le ministère de la Justice vient de concéder au groupe Bouygues la construction et la gestion de trois nouveaux établissements, soit 2 056 places de détenus au total.

À partir de 1987 déjà, l’administration pénitentiaire a commencé à sous-traiter certains services, comme la restauration ou la formation des prisonniers. Puis la construction de nouvelles prisons et une partie de leur gestion ont été à leur tour concédées. Avec cette nouvelle tranche, l’État ne conserve plus que les fonctions de surveillance (pour combien de temps ?) et le ministère de la Justice se contente de payer, pour chaque personne qu’il confie à Bouygues, une « pension » de l’ordre de 60 euros par jour et par détenu.

Comme dans tout marché public, il y a un cahier des charges à respecter, indiquant en substance que les détenus ne doivent pas être plus mal traités dans les prisons privées que dans celles de la République. Vu l’état de ces dernières et les conditions de détention qui y règnent, voilà un engagement qui ne sera pas trop lourd pour Bouygues...

L’argument des ministres qui ont procédé à ces privatisations successives depuis vingt ans était et reste : « le privé coûte moins cher ». Les opérations de concession ont été étalées dans le temps, en principe pour le vérifier. Or, aujourd’hui, plus de 25 % des prisonniers sont détenus dans des établissement à gestion mixte public-privé, mais l’administration, d’après la Cour des comptes, est incapable de savoir si cela représente une économie. En revanche, on peut être certain que Bouygues et consorts ont fait leurs comptes et vérifié, eux, qu’ils pouvaient y gagner de l’argent. Si les trois grandes sociétés de travaux publics, les entreprises de restauration, etc., se bousculent pour avoir des prisons à gérer, ce n’est certainement pas par philanthropie.

Le « prix de pension » payé par l’État suffit à lui seul à rendre l’affaire rentable. Mais la gestion comprend aussi la vente aux détenus de tous les objets dont ils ont besoin, des cigarettes aux produits de toilette, facturés jusqu’à 50 % plus cher qu’à l’extérieur. De plus tout ce que Bouygues ou autres pourront tirer du travail des prisonniers tombera également dans leur escarcelle. On peut compter sur les patrons pour trouver les moyens de pressurer des travailleurs qui n’ont ni droits, ni syndicat, ni congés, et auxquels on pourra toujours imposer un salaire aux pièces et à un tarif dérisoire. Et on peut aussi compter sur la misère, matérielle et morale, de cette société pour fournir aux prisons privées un flux continu de pensionnaires à exploiter.

Paul GALOIS
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