Société Générale : questions sur l’enquête

dimanche 3 février 2008
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Les flics sont-ils allés trop vite, plaçant le trader en garde-à-vue avant d’avoir en mains toutes les données ? C’est l’argument de policiers qui imaginent déjà l’étouffement de l’affaire. Au grand dam des proches du dossier.

par Laurent Léger , Pascal Bovo

« On aurait décidé dès le départ de bousiller l’enquête sur le scandale de la Générale en le cantonnant à la faute d’un pauvre lampiste, on aurait pas fait mieux ! ». Cet officier de police spécialisé dans les délits financiers critique avec force adjectifs désagréables le travail de ses collègues de la célèbre brigade financière de la préfecture de police, chargés de la fraude boursière qui ébranle la banque de Daniel Bouton. « Toutes les erreurs que ne ferait pas un débutant à peine sorti de l’école de police ont été commises dans cette enquête », tempête-t-il, entre autres gentillesses.

Un interrogatoire rapide, trop rapide ?

Comment démarrent les investigations sur cette affaire qui fait trembler la planète financière ? Saisis en enquête préliminaire , c’est-à-dire sous le contrôle du procureur de la république, après la révélation du trou de 4,9 milliards d’euros dès le jeudi midi, les flics démarrent les perquisitions dans les locaux de la banque et poursuivent le lendemain les opérations au domicile du désormais célèbre trader Jérôme Kerviel.

Jusque là, tout va bien. C’est ce que recommandent de faire, en pareil cas, les manuels de police. Mais avant même d’avoir eu le temps d’analyser les documents saisis et l’ordinateur du jeune financier, ils s’empressent dès le samedi de le placer en garde-à-vue. Résultat : un interrogatoire linéaire, que certains jugent « gâché ». Incapables de pousser le gardé à vue dans ses retranchements faute de maîtriser ses opérations, par définition complexes, comme le sont souvent les activités de trading, les flics en sont réduits au rôle de greffiers notant scrupuleusement la version servie par Kerviel.

« Une audition comme celle-là demande normalement deux jours de préparation, après avoir analysé toutes les données, observe notre expert. C’est la seule façon de détecter les faux semblants et les demi-mensonges. Maintenant, c’est foutu, Kerviel ne pourra plus être remis en garde-à-vue et n’aura à subir que les questions polies du juge, confortablement installé dans son cabinet ». Ainsi le veut la procédure pénale.

Que s’est-il passé exactement ? La pression médiatique a-t-elle été trop forte, ou simplement la volonté politique d’éviter un trop grand déballage sur la place financière a-t-elle déteint sur les limiers de la Financière ? Difficile de mettre en cause le professionnalisme des flics. Mais la question est légitime. « La moindre des choses aurait été d’effectuer avant même la garde-à-vue des perquisitions à la banque de France et à l’AMF, les deux organismes prévenus en tout premier lieu par la direction de la Société Générale », note l’enquêteur critique. «  Il est en effet vital de savoir quel a été le cheminement des informations sur ce scandale que l’on cherche peut-être à étouffer ».

Or la rue de la Vrillière – siège de la Banque de France et de la commission bancaire - et la place de la Bourse – où est installée l’Autorité des marchés financiers - n’ont toujours pas reçu la moindre visite des flics.

Il fallait éviter toute fuite à l’étranger

Au contraire, pour les proches de l’affaire, tout va bien. Et pour cause : au cours de ses interrogatoires dans les locaux de la Financière, le trader a reconnu les faits. « Certes, le pari a été de prendre le dossier à l’envers. C’était risqué, mais l’opération a réussi. En entendant au plus vite le trader, cela a permis de lui faire livrer noir sur blanc le maximum d’éléments avant qu’il subisse des pressions ou que son avocat lui concocte une défense sur mesure, quitte à omettre certains détails. Ses déclarations sont donc plus spontanées et serviront de base à l’enquête », argumente un connaisseur du dossier. Pour ce spécialiste des dossiers sensibles, attendre que les ordinateurs « parlent » aurait fait perdre 6 mois aux investigations, le temps que l’analyse des bécanes aient lieu. « De plus, il fallait éviter toute fuite à l’étranger, toute discussion à la presse ou tout autre incident ».

Le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, - comme « chef » la garde des Sceaux Rachida Dati, l’amie du président - a voulu soigner le trader breton de la SocGen aux petits oignons. Il s’est distingué par sa sévérité, réclamant le mandat de dépôt contre Kerviel, alors même qu’il était quasiment établi que ce dernier n’avait pas détourné un centime pour son profit personnel.

Quand il dirigeait le parquet financier, le sieur Marin n’avait pas la main si lourde : il avait permis à tous les suspects impliqués dans les faux bilans du Crédit Lyonnais d’échapper au moindre jour de détention préventive. Dans l’affaire de la Société générale, son intransigeance n’a pas sied au bon juge Van Ruymbeke, juge peu versé dans la détention-pression, et à Françoise Desset, magistrat instructeur co-saisi. Kerviel, jeté seul en pâture à l’opinion publique, aura au moins eu la satisfaction d’échapper à la détention préventive.

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Commentaires

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Société Générale : questions sur l’enquête
mardi 12 février 2008 à 08h50 - par  Le président de "la Polynésie française" René, Georges, HOFFER

Il est très drôle aujourd’hui encore de lire "banque de France"... alors que depuis 2002 cela ne peut plus être que la "banque centrale française" depuis "l’euro".

Ah oui, c’est vrai : "j’oubliais" l’IEOM et ses XPF qui y sont toujours "dissimulés"...

Mais chut...

Avec Honneur

Le président de "la Polynésie française"
René, Georges, HOFFER
renehoffer@yahoo.fr

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