Réponse à M. Trémeau à propos de l’hôpital de Garches

samedi 1er mars 2008
par  Dr Marie-Hélène Groussac
popularité : 1%

M. Trémeau a posé une question, voir ci-dessous, au docteur Groussac. Voici la réponse très complète du docteur. Une fois de plus, je la remercie pour son travail plus que précieux.

Jean Dornac


La question de M. Trémeau :
En 1949, il y avait dans l’hôpital de Garches (AP HP) un important service uniquement spécialisé dans le traitement des séquelles paralysantes de la poliomyélite (service du docteur Grossiord). La vaccination anti-poliomyélitique est apparue peu après. Le service a fermé : il n’avait plus en France d’enfants paralysés à vie. Comment expliquez-vous cette fermeture ? Est-ce une simple coïncidence ?

Je connais ce nom et je peux vous dire que, atteinte fin 1956 d’une polio virus de type 2 (rare) avec une forme bulbaire, j’ai failli y être transférée. Je suis allée chez Chigot à l’Hôpital Trousseau, puis en centre de rééducation à Lamorlaye. La polio diminuait lorsqu’un dernier pic est apparu, après la mise en place de la vaccination, différent curieusement puisque le type majeur dans nos pays était le type 1 et que cette fois-là c’était un type 2 et de plus une épidémie hivernale contrastant avec les épidémies « normales » estivales.

Le virus polio ne donne des manifestations neurologiques de deux types, paralysies périphériques ou atteintes centrales, que dans 2% des cas d’infection. Se pose donc le problème d’un terrain, qu’il soit acquis ou génétique.

Concernant les épidémies, pour toutes les affections, elles varient selon les époques. Par exemple, la lèpre répandue au Moyen-Age a été remplacée ensuite par la tuberculose due à une bactérie de la même famille.

Concernant le virus polio, une particularité l’avait fait surnommer « la maladie des gens propres ». Ce qui signifie que le manque d’hygiène était corrélé à une faible fréquence de la maladie neurologique. Cela s’explique par le fait que le virus, qui circulait dans la population tout venant, touchait plutôt les gens à l’hygiène limite. Il existait donc une protection contre les manifestations neurologiques en cas de contage précoce. De fait, lorsqu’un virus circule beaucoup dans une population, la majorité des gens présentent des anticorps contre ce type de virus. Une mère qui allaite donne donc ces anticorps à son enfant. Plus le contage viral est précoce, plus l’enfant est protégé par les anticorps maternels et peut développer ses propres anticorps sans dommages majeurs, donc sans signes neurologiques. Plus le niveau d’hygiène est bas et plus cette contamination précoce protège l’enfant. Lorsque le niveau d’hygiène général de la population occidentale est monté il y a une centaine d’années, l’âge moyen de la contamination a reculé. C’est à ce moment-là que les formes neurologiques sont apparues, chez 2% des sujets atteints, car le virus contaminait alors après la fin de la protection par les anticorps maternels. C’est le recul de l’âge moyen de contamination qui a fait apparaître les épidémies de polio neurologique. L’hygiène a fait diminuer les fièvres puerpérales, la tuberculose, par exemple, mais elle a fait apparaître les polios neurologiques.

Touchée moi-même, je me suis posé longtemps la question du terrain. Génétique ? Autre ? En travaillant sur les hépatites B et les relations avec d’autres agents infectieux, le problème de liens similaires entre virus polio et d’autres s’est posé. Lorsque j’ai démontré, en 2004, que la première phase des scléroses en plaques était liée à une capacité de diffusion, au travers de la barrière hémato-encéphalique, de lymphocytes T présentant des particularités virales, les rendant plus suicidaires, j’ai repris la liste des virus qui, épisodiquement, étaient désignés comme présentant un lien avec la SEP. Tous étaient capables de coloniser les lymphocytes T et de donner des persistances dans ces cellules. Parmi ces virus, celui de la rougeole.

Lorsque j’ai contracté la polio en décembre 56, j’avais fait une forte rougeole au printemps précédent. La persistance de ce virus rougeoleux dans les lymphocytes T durant des mois entraîne une diminution de l’immunité, ce qui a favorisé une polio neurologique. Mais surtout, je pense que la forme bulbaire a été due à un passage de lymphocytes T encore infectés par le virus rougeoleux et accompagnés de virus polio.

Pour les formes neurologiques périphériques sans atteinte méningée visible, se pose le problème d’une variante dans les récepteurs Toll-like prédisposant à une paralysie des motoneurones périphériques. J’avais vu, il y a quelques années passer un article. Dès que je pourrai, je chercherai.

Concernant la vaccination polio, il existe des travaux qui démontrent qu’il y a eu circulation anormale de virus (la fameuse épidémie de 1956), juste après la vaccination de masse. Ce phénomène s’est reproduit lorsque la Roumanie s’est ouverte au monde occidental et que nous sommes arrivés avec le vaccin polio : des cas de polio neuro se sont produits et la cause vaccinale, très dérangeante, a rapidement été occultée. « On ne comprenait pas ». Récemment, en Afrique, ce phénomène s’est reproduit au Nigeria. Je pense qu’il faut considérer les maladies, les tableaux cliniques, comme le produit d’une séquence de causes et non comme le produit de la dernière infection visible. C’est ce que j’appelle l’écologie infectieuse.

Concernant la disparition des services de pédiatrie avec des polios, la vaccination a, certes, joué un rôle mais qu’observe-t’on actuellement : une apparition en remplacement de services de cancérologie pédiatrique. Le cancer a remplacé la polio neuro. Personnellement, bien que ce n’ait pas été une sinécure d’être une « infirme », telle qu’on était appelé à l’époque, je préfère mes séquelles de polio, avec lesquelles j’ai appris à vivre et qui m’ont appri à comprendre les autres et leurs maladies, à un cancer.
Les premières vaccinations de masse ont distribué dans la population le poliomavirus du singe appelé SV40 (virus des poliomes, tumeurs, à ne pas confondre avec les virus de la polio qui appartiennent aux picornavirus) lequel est cancérigène chez l’Homme. Des analyses pointues ont montré qu’il a été trouvé, avec ses particularités génétiques, identique à celui du vaccin polio dans des cancers du sein. Or il se trouve que le cancer a cru globalement durant ces dizaines d’années et particulièrement le cancer du sein. Est-ce mieux ? Le SV40 est transmissible à la descendance et nous devons maintenant vivre avec.

De plus, c’est l’une des trois vaccinations polio, celle du Polonais Koprovski, préparée sur des chimpanzés, contre toute éthique, qui a été la cause du passage du rétrovirus de ce singe à l’Homme, créant la pandémie de sida (plus de 20 millions de morts actuellement). Là encore, l’humanité n’a pas gagné au change. L’hépatite B et le vaccin contre l’hépatite B coopèrent avec ce virus.

Les travaux du docteur Neveu sur la prévention et le traitement des polios par le chlorure de magnésium avaient été occultés par l’académie de médecine pour ne pas faire d’ombre à la mise en place de la vaccination de masse. J’aurais préféré recevoir ce traitement simple lorsque je fus atteinte. Il n’en a rien été. Peut-être aurai-je évité des séquelles ?

Je pense vous avoir démontré qu’on ne peut pas répondre par un seul mot, ce qui sous-tend d’occulter les effets pervers d’un choix. Envisager que l’on puisse répondre uniquement par oui ou non c’est aller contre les progrès de la science qui passent par la prise en compte des phénomènes de complexité, phénomènes dont on ne tenait pas compte lors de la mise en place du pasteurisme de grand-papa.

Docteur Marie-Hélène GROUSSAC


Commentaires

Agenda

<<

2018

 

<<

Juillet

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2526272829301
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
303112345
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois