Le spectre de 1929 est un mensonge bien orchestré !

mardi 25 mars 2008
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Nous y sommes, cette fois c’est sûr, on nous dit que la situation est grave, que l’économie mondiale est dans une phase mortelle, enfin presque, préparez-vous au pire, le système s’effondre et la grande dépression gagne le monde, comme en 1929.

par Bernard Dugué

C’est Alan Greenspan qui le dit, ancien directeur de la banque centrale américaine, un type compétent, sérieux et bien placé, dont le verdict est suivi par DSK, notre excellent ancien ministre de l’Economie ; c’est donc du lourd, du sérieux ! Panique à bord, le Titanic des économies mondiales a rencontré un iceberg financier, dont on n’a vu pour l’instant que la face flottante et émergente à travers quelques crises bancaires, un iceberg dont nul ne connaît l’exacte dimension et qui, pour l’essentiel, est attribué aux subprimes. Et sur le fond, à l’indélicatesse des banques ayant tendance à confondre leur mission de financement économique et la fiesta à Las Vegas, jouant leurs fonds au casino. Jérôme Kerviel s’est fait prendre. Comme au casino, seuls les gros perdants entrent dans la légende. Du coup, touchées ou coulées, les banques subissent les conséquences de cette bataille navale financière.

Quelques exemples récents. Northern Rock, importante banque britannique, a été nationalisée temporairement par le gouvernement. Ouf, la queue aux guichets des titulaires de comptes bancaires s’est vite dissipée après l’annonce dans les médias. Mais cette mesure est une hérésie au pays du libéralisme. L’opération de renflouement est en place. Aux Etats-Unis, la cinquième banque d’affaire Bearn Stearns vient d’être rachetée pour pas cher par sa concurrente. Il faut dire que cette banque, élément central du réseau financier, était mise en difficulté par la participation de Carlyle et ses fonds spéculatifs en faillite. Du coup, cette opération de rachat a sécurisé les risques d’effets domino. Cela vous rappellera sans doute une coupure d’électricité locale à moyenne échelle décidée pour éviter que l’effet domino ne plante tout le système à l’échelle nationale et au-delà. Ces opérations financières ne doivent rien au miracle, mais à l’action de la Banque centrale américaine injectant des liquidités pour renflouer le système, évitant un possible effondrement lourd de conséquences.

Pour apprécier la situation, il convient de prendre en compte à la fois la situation du dispositif économique, interconnecté, productif, et la "financiarisation" progressive de l’économie. Les banques sont au service du système économique, mais, fortes de leurs puissances financières, elles se sont partiellement déconnectées de ce qu’on appelle l’économie réelle. Quand la croissance est là, ces institutions sont invisibles et, d’ailleurs, c’est réciproque, la croissance fonctionne quand les banques et les Etats sont « raisonnables » et donc invisibles. Or, ce n’a pas été le cas récemment. Si bien que c’est le système spéculatif qui a plombé l’ensemble, créant des dettes, des bulles et par conséquent des rééquilibrages. Un peu comme la bulle du Japon dans les années 1980 ou celle de 1987. Le risque réel pour l’économie est très faible. Une bulle se dégonflant engendre une perte de croissance temporaire. Aux Etats-Unis, ce pourrait être une stagflation sur un ou deux ans. Rien de commun avec l’effondrement de la production en 1929, sur plus d’une décennie (voir mon article du 20/12/07). Mais au vu de la sacralisation de la croissance, c’est un problème décrété. La crise est perçue avec relativité. La perte d’un peu de pouvoir d’achat est devenue un drame. Les Occidentaux sont tellement accros à la consommation que toute contrainte sur le budget prend des proportions démesurées. Pauvres consommateurs français qui selon une étude récente ne déterminent plus leur choix sur la nouveauté du produit alimentaire, mais sur le prix. Quel drame. Le consommateur est maintenant obligé de lire l’étiquette du prix ! Cela dit, il existe des situations de paupérisation sérieuse, mais elles sont récurrentes et, crise ou pas, elles persistent. Ce qui inquiète, c’est la situation moyenne qui fait craindre un rétrécissement dans le budget des ménages et une fronde politique. Du coup, laisser planer une crise de 29, ça crée un choc psychologique et le citoyen consent à la rigueur. D’autant plus qu’une autre mauvaise nouvelle arrive et qu’il faut préparer l’opinion. Du moins, celle des Américains.

Cette autre nouvelle aura un même effet sur le budget, bien que les voies mécaniques soient différentes, enfin, pas tant que ça car tout est interconnecté. En plus de la croissance altérée, l’effet de ces malversations financières se fera ressentir au niveau de la position de l’individu en tant que contribuable. Car qu’il s’agisse d’une nationalisation de banque ou bien de liquidités injectées par la Fed, c’est en bout de chaîne le contribuable qui paye ou, du moins sans prononcer ce mot, le « citoyen moyen ». Avec à la clé un effritement des classes moyennes, une paupérisation croissante et, bien évidemment, un enrichissement de ceux qui ont pu gérer leurs billes, les retirer au bon moment, les replacer. Comme au moment de la bulle de la nouvelle économie en 2000. Cette aide des Etats au système bancaire est un classique. Son principe très connu. Privatiser les bénéfices et collectiviser les pertes. C’est ce qui s’est passé avec ce scandale trop oublié, celui du Crédit lyonnais, dont on comprend le changement de nom pour anesthésier la mémoire ; d’une banque ayant commis des malversations d’une ampleur aussi étendue que les subprimes et qui fut renflouée par l’Etat français, enfin, l’Etat n’a rien payé, tout étant à la charge du contribuable. Et, donc, sur le principe, la crise financière actuelle, c’est le Lyonnais (surtout aux States) multiplié par cent ou plus. Même si les produits bancaires sont différents car à l’époque du Lyonnais c’était pas les subprimes, mais des investissements douteux à grande échelle.

Laisser planer le spectre de 1929, c’est une manière de persuader le travailleur lambda qu’il y a urgence et que la rigueur imposée sert à préserver le système. C’est une opération de communication massive à laquelle se prêtent même les économistes les plus critiques, pour des raisons que j’ignore. Pourtant, quelques chiffres signifiants sont donnés. Michel Aglietta mentionne que 48 % des revenus sont captés par 10 % des individus, un chiffre comparable à celui de 1928. Ici, la comparaison se tient. Il y a bien crise, mais elle est d’ordre social, d’ordre inégalitaire. Aux deux extrémités du système se tiennent les riches dont une partie de la fortune repose sur les jeux financiers, et les très pauvres. Comme en 1928. Mais le système tient bon. Ce qui permet de résumer la situation en 2008. Socialement, c’est une crise de 1929, financièrement, c’est une crise de 2008, économiquement, c’est, à l’échelle mondiale, un trou d’air avec des zones plus secouées que d’autres et globalement une économie consolidée dont la croissance sera encore soutenue en moyenne, mais avec des zones fragiles.

Pour être complet sur le sujet, ajoutons l’importance des facteurs technologiques et aussi des matières premières, alimentaires ou bien énergétiques. Les pays émergents vont déguster, Malaisie, Indonésie par exemple. Et, bien évidemment, les classes fortunées, les oligarchies, sauront se préserver. En Chine, la bourse est surévaluée. Les Chinois ont fait comme les Américains en 1929, mais, vu le contexte global, cela se résumera à une configuration comme le Japon des années 1980 ou le Dow Jones en 1987 et leurs bulles spéculatives. La Chine perdra alors de la croissance. Passant de 11 à 9, puis à 7, voire 5, puis remontant. Pas de quoi dramatiser. Quant à la situation de l’individu mondial, il devra faire des choix dans sa consommation. On appelle cela la rigueur. Ce n’est pas forcément un mal dans l’absolu. Mais, comme je l’ai déjà dit, certains sont plus égaux que d’autres dans la rigueur.

La crise financière ne devrait pas nous toucher, sur un plan structurel, parce que nos institutions financières sont relativement saines par rapport à celles des States. Il y aura néanmoins un impact sur la croissance. Mais sur le plan de la propagande, c’est un bon outil pour faire avaler la rigueur. Aux States, c’est encore plus indispensable car il faut convaincre le citoyen américain qu’il devra subir les conséquences financières de la crise du système et participer à l’effort de "refinanciarisation" des banques qui ont été un peu légères. Et de sauver des types qui ont pourri l’économie nationale, des banquiers véreux qui ne seront pas inquiétés. Votre voisin, fortuné, a perdu au casino et se trouve à découvert. Le représentant de l’Etat vous demande alors de participer à son renflouement parce que votre voisin a des créances envers une banque qui finance une entreprise et, pas de bol, c’est cette entreprise qui vous verse votre salaire alors si vous ne voulez pas coopérer, vous risquez de perdre votre job.

Voilà, l’essentiel est dit. Je donne rendez-vous aux meilleurs économistes, les Greenspan, Attali, DSK et même Aglietta, dans deux ou trois ans. Nous verrons bien l’état du système. Mais, dans l’instant, on soupçonnera ce spectre de 1929 comme une panique irraisonnée de la part des maîtres du système, doublée d’une bonne propagande qui sert à faire accepter la rigueur et, pire, qui dispense le citoyen de réfléchir à une alternative car, la crise sociale, on peut la renflouer aussi, par une voie financière, fiscale, étatique, éthique, et la crise financière, on peut la contenir dans le futur par le biais de règles décidées en commun à l’échelle internationale autant que nationale, empêchant les jeux de casino. Les ultras diront qu’en moralisant les transactions financières et les prêts à risque, on perd de la croissance. Mais on a vu le résultat. La frénésie spéculative a tué la croissance au lieu de la soutenir. Le crime a profité à quelques-uns. Il y a des solutions pour un autre fonctionnement de la finance. Mais nos élites préfèrent préserver leur situation. Alors rien de tel que le spectre de 1929 pour impressionner. Tremblez et payez braves gens, le système va imploser, rampez et financez citoyens, les élites s’occupent de renflouer le navire !

agoravox


Commentaires

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vendredi 28 mars 2008 à 11h14 - par  bricedonarier

Spéculation et crises : ça suffit !

mercredi 26 mars 2008, par Le collectif initiateur

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La finance déréglementée détruit les sociétés. Silencieusement, au quotidien, quand les actionnaires pressurent les entreprises, c’est-à-dire les salariés, pour en extraire davantage de rentabilité, au Nord comme au Sud. A grand spectacle et avec fracas dans les crises aiguës où se révèlent brutalement les invraisemblables excès de la cupidité spéculative et leur contrecoup sur l’activité et l’emploi. Chômage, précarisation, accroissement des inégalités : les salariés et les plus pauvres sont voués à faire les frais soit de la spéculation, soit des nuisances du krach qui s’ensuit.

Depuis deux décennies, le cours de la finance mondiale n’est qu’une longue suite de crises : 1987, krach boursier ; 1990, crise immobilière aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ; 1994, krach obligataire américain ; 1997 et 1998, crise financière internationale ; 2000-2002, krach internet ; 2007-2008 enfin, crise immobilière et peut-être crise financière globale.

Pourquoi une telle répétition ? Parce que toutes les entraves à la circulation des capitaux et à l’« innovation » financière ont été abolies. Quant aux banques centrales qui ont laissé enfler la bulle, elles n’ont plus d’autre choix que de se précipiter au secours des banques et des fonds spéculatifs en mal de liquidités.

Nous n’attendrons pas la prochaine crise sans rien faire et ne supporterons pas plus longtemps les extravagantes inégalités que la finance de marché fait prospérer. Parce que l’instabilité est intrinsèque à la déréglementation financière, comment les dérisoires appels à la « transparence » et à la « moralisation » pourraient-ils y changer quoi que ce soit - et empêcher que les mêmes causes, de nouveau, produisent les mêmes effets ? Y mettre un terme suppose d’intervenir au cœur du « jeu », c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures. Or, au sein de l’Union européenne, toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier.

C’est pourquoi nous, citoyens européens, demandons :
- l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également
- la restriction de la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse l’opportunité au capital de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs.

Si par « liberté » il faut entendre celle des puissances dominantes, aujourd’hui incarnées dans la finance, d’asservir le reste de la société, disons immédiatement que nous n’en voulons pas. Nous préférons celle des peuples à vivre hors de la servitude de la rentabilité financière.

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mardi 25 mars 2008 à 13h00 - par  Vladimir

bonjour,

“La crise financière ne devrait pas nous toucher, sur un plan structurel, parce que nos institutions financières sont relativement saines par rapport à celles des States. ?

Affirmation en forme de raccourci commer les autres de cet article sans demonstrations et arguments concrets ;continuons a dormir ;ils s’occupent de tout ,mais les elites ont failli !! :

Euro-trash ou les vices du système bancaire européen

par Chan Akya le 11 mars 2008
article original : "Euro-trash"

http://questionscritiques.free.fr/economie/Chanakya/Euro_dollar_devise_de_reserve_110308

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Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info