Chavez, poil à gratter des libéraux

mercredi 18 août 2004
par  J-P Damaggio
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En dépit de toutes les tentatives de déstabilisation internes comme externes subies par le Venezuela du Président Chavez, le peuple, majoritairement, a tranché. Le Président restera au pouvoir... sauf nouveau coup d’Etat.

Cet homme, cet ancien militaire, a la prétention d’aider les pauvres. Voilà qui est profondément choquant à l’époque de la mondialisation financière. Partout, on le constate, pour être moderne, il faut casser du pauvre et encenser le riche. On le voit, tragiquement, tous les jours en France. Dans ces conditions, on comprend mieux que le Président Chavez soit accusé de tous les maux, y compris par nos journaux dit « de gauche ». L’exemple le plus dur en France à cet égard, cette fois, est donné par Libération (voir ).

Ce que j’écrivais, dimanche en ouvrant la rubrique concernant le Venezuela sur le site, s’est confirmé le jour même. L’opposition auto-nommée "démocratique", allant, et Libération ne cesse de le proclamer, de la gauche à la droite, ne supporte pas le verdict de la démocratie et refuse le résultat, déclarant des fraudes massives. Problème, il n’y a qu’elle qui a vu des fraudes...

Je vous propose, pour avoir une idée de la façon dont les informations sont traitées en France et en Suisse, de faire un petit tour de quelques journaux, une petite revue de presse, en somme, avec, ici ou là des commentaires personnels en italiques...

1) Les acquis de la révolution « bolivarienne » de Chavez selon le Temps et l’Humanité

a) Le Temps 18-08-04 (quotidien suisse)

(...) « Les secteurs populaires, qui n’avaient aucune existence politique, s’organisent maintenant pour résoudre leurs problèmes basiques », explique Mireya Lozada, dirigeante de l’association Aquí cabemos todos (« il y a de la place pour tous »). Dans les anciens bidonvilles, où les maisons précaires se sont alignées au fil des années, des comités de quartier, encouragés par un décret présidentiel, établissent des plans pour obtenir un titre de propriété ou le raccordement à la distribution d’eau. (Est-ce donc cela qui fait si mal aux opposants ?)
(...)
Hors des villes, deux lois ont encouragé les pêcheurs artisanaux à s’organiser pour exploiter une bande côtière interdite à la pêche industrielle, et les agriculteurs à créer des coopératives pour profiter d’une réforme agraire. Ce dernier texte, limité à la redistribution des terres inutilisées, presque toutes de l’Etat, a provoqué une forte résistance des grands propriétaires : les paysans ont dénoncé l’assassinat d’au moins 20 de leurs leaders (Quoi d’étonnant à cela, c’est le même principe qui prévaut au Brésil ; c’est le mépris des pauvres, dans toute son horreur).
(...)
Grâce aux 3000 « écoles bolivariennes », qui apportent enseignement et alimentation gratuitement, « mon petit frère ira jusqu’au bac sans devoir travailler », témoigne une jeune étudiante. « L’université bolivarienne » propose cette année dans les mêmes conditions trois formations supérieures pour les étudiants sans ressources. Des « missions » sociales auraient permis par ailleurs l’alphabétisation de plus d’un million d’adultes, et donnent des cours du soir gratuits pour atteindre le baccalauréat ou entamer des études universitaires. Avec une affluence indéniable : « Ma femme de ménage apprend à lire, et un ouvrier ne repeint ma maison que jusqu’à 15 heures pour aller aux cours du bac », constate une habitante des quartiers résidentiels de Caracas. (Nous avons beaucoup à retenir pour nous-mêmes dans ce travail citoyen !)
(...)
Des médecins et dentistes volontaires cubains soignent gratuitement les habitants de quartiers qui n’avaient jamais vu de médecins (à retenir dans un pays comme la France où nombre de gens renoncent aux soins, drame qui va s’accentuer encore avec la réforme-casse de la sécurité sociale)
(...)
« La plupart de ces missions ont été lancées dans l’urgence », explique la sociologue Margarita Lopez, soit au lendemain des grèves et le blocus menés par l’opposition, début 2003. « Nous n’avions plus de lait, plus de travail », se rappelle une habitante du quartier populaire de Tocagua Vieja. Le pouvoir a alors créé des supermarchés à bas prix et organisé des « missions » pour donner une formation professionnelle et un demi-salaire, pour pallier le chômage galopant et l’effondrement de l’économie. (Sauf à être riche et puissant, qui peut considérer tout cela comme une mauvaise politique ?)

b) L’Humanité du 17.08.04

C’est une défaite cinglante que vient d’infliger Hugo Chavez Frias à ses opposants, qui avaient engagé contre lui un référendum révocatoire de son mandat présidentiel. Avec un peu plus de 58 % des suffrages portés sur le " non ", contre moins de 42 % pour le " oui " défendu par l’opposition, le score paraît sans appel et Chavez est toujours là, après trois tentatives de renversement depuis 2002.
(...)
Le petit peuple ne s’est pas dérangé pour rien. Se levant au son du clairon et dans un vacarme de feux d’artifice à trois heures du matin ce dimanche 15 août, jeunes, vieux, femmes et enfants étaient toujours à défiler, chanter " Chavez no se va " (Chavez ne s’en va pas) et à faire la fête 25 heures plus tard, à l’annonce officielle des résultats par le président du Conseil national électoral, devant le palais présidentiel de Miraflores où Chavez en chemise rouge les a remerciés. Mais c’est peut-être là la clé du problème. Une minorité se comptant parmi les classes moyennes et riches a vécu pendant des décennies un mirage de modernité et de progrès - tirés de la rente pétrolière - en se taillant sur mesure un ordre politique et économique, véritable machine à fabriquer une armée d’exclus.
L’échec du coup d’État de 2002, l’échec du bras de fer pétrolier ont exacerbé les tensions dans l’interminable processus du référendum révocatoire voulu par l’opposition. Ils ont internationalisé l’hostilité ou le soutien à Chavez, alors qu’il devenait patent que les offres de médiation de l’Organisation des États américains (OEA) et du Centre Carter relevaient d’une partition nord-américaine, Washington n’hésitant pas d’ailleurs à financer les partis d’opposition vénézuéliens, via la National Endowment for Democracy (NED).

2) Les explicatifs, pas toujours très neutres

a) Le monde du 16.08.04

Le pétrole est l’un des principaux atouts, si ce n’est le seul, d’Hugo Chavez dans un pays où politique et or noir sont étroitement imbriqués. D’autant que l’économie n’est pas le fort du chef de l’Etat. Depuis son accession au pouvoir (il a été élu une première fois en 1998 puis réélu en 2000 pour une période de six ans grâce à une nouvelle Constitution), la situation économique n’a connu que deux ans de croissance (Ça, bien sûr, dans une société libéralisée et mondialisée de force, c’est le crime)
(...)
L’inflation galope (autre crime aux yeux des investisseurs boursiers qui voient leurs bénéfices diminuer). Le revenu par tête se contracte, notamment dans la classe moyenne qui, de ce fait, fournit les gros bataillons de l’opposition ; le chômage, officiellement contenu à 16 %, explose ; les finances publiques sont dans le rouge...
(...)
Mais la fragilité structurelle de l’économie, liée à la dépendance envers un seul produit, demeurera. M. Chavez, pas plus que ses prédécesseurs, n’a tenté de la corriger. Au lieu de cela, le leader a utilisé la manne pétrolière pour s’attacher les catégories les plus démunies (Ça, c’est évidemment le drame total ! Aider les pauvres à s’en sortir !). Le pactole a servi à lancer des programmes sociaux, les /"missions"/ dans les quartiers et les régions pauvres : alphabétisation, enseignement pour adultes, dispensaires animés par des médecins cubains envoyés par son "ami" Fidel Castro ( Voilà un autre crime, cela va de soi [1]).

b) Figaro du 17.08.04

Personnage excessif, le président est l’inventeur d’une nouvelle forme de populisme (Pas assez de retenue, sans doute ? Mais nos hommes politiques, en France, en ont-ils donc, eux ?)
(...)
Le 11 avril 2002, le chef de l’Etat est victime d’un coup d’Etat. Quand il retrouve le pouvoir, deux jours plus tard, il prétend devoir son salut à la mobilisation populaire. Il a surtout bénéficié de l’amateurisme de ses adversaires. Huit mois plus tard, c’est la paralysie du secteur pétrolier, orchestrée par l’opposition, qui menace son poste. L’économie plonge, Chavez tient bon. Et profite des attaques de ses adversaires pour étendre son pouvoir : il fait le ménage à la tête de l’armée, et prend le contrôle de l’entreprise nationale d’hydrocarbures PDVSA, surnommée jusqu’alors « l’Etat dans l’Etat ». (Que tout cela semble dit avec un ton de gros regret...)
La division au sein de la société ne fait que s’accroître. Alors que Chavez étend son influence dans les classes populaires en multipliant les « missions », programmes sociaux d’alphabétisation et de santé, il perd des appuis dans la classe moyenne et la bourgeoisie de gauche. (J’apprécie, pour une fois, cette lucidité du Figaro : la bourgeoisie de gauche, comme chez nous...) Car s’il a refusé de s’entourer des vétérans de la classe politique traditionnelle, ses hommes ne brillent pas toujours par leur honnêteté, ni surtout par leur compétence (Est-ce si supérieur, chez nous ?).
Il faut dire que l’opposition ne lui facilite par la tâche. Les médias, qu’elle contrôle majoritairement, appellent à la désobéissance civile, quand ce n’est pas son assassinat (Surprenante lucidité du Figaro... C’est bien ça, si seulement la lucidité était équivalente pour la politique française...).

3) Par rapport au référendum, les neutres... ou à peu près...

a) NOUVELOBS.COM 17.08.04

L’ancien président américain Jimmy Carter a tranché lundi dans le débat sur les résultats du référendum en confirmant la victoire du président Hugo Chavez mais Washington refuse de reconnaître les résultats et réclame une enquête sur "les fraudes électorales" dénoncées par l’opposition. (Comment Washington, et le cartel pétrolier qui est à sa tête aurait-il pu se réjouir de la victoire de Chavez ? Certes, à présent il reconnaît cette victoire, mais connaissant ces personnages, on peut redouter le pire très vite).
M. Chavez a répliqué en affirmant que "le Venezuela ne deviendra pas une colonie" américaine. (Et comment ne pas approuver le Président ?) Le président Chavez a accusé lundi à Caracas lors d’une conférence de presse les dirigeants de l’opposition de suivre "un plan de déstabilisation" contre son régime en refusant d’accepter sa victoire. (Ceci est évident et c’est là que Washington est le plus à craindre, en tout cas après les élections américaine, surtout si Bush est réélu)

b) NOUVELOBS.COM 18.08.04

Comme le patronat, l’opposition qui dès l’annonce des résultats donnant la victoire au président Chavez avait dénoncé "les fraudes électorales", exigeait le dépouillement et le décompte des scrutins sur papier pour comparer les résultats avec ceux des votes automatiques. (A noter que les opposants, tout naturellement, trouvent dans leur rang le patronat, peu enclin à partager quoi que ce soit des mannes pétrolières, comme chez nous pour les ressources du travail)
(...)
"Au Venezuela il y a eu un attentat massif contre la volonté des électeurs, mais cela ne se prolongera pas longtemps et la joie de ce gouvernement ne va pas durer", a prévenu M. Mendoza. (Il faut prendre très au sérieux cette menace ; cela devrait rappeler à beaucoup le temps qui a précédé l’arrivée de Pinochet au Chili. A mon avis, la CIA ne va pas chômer dans les jours, semaines et mois prochains).

4) Les anti-Chavez virulents

a) Le Temps - Le faux répit de Caracas

Serge Enderlin - 17.08.04

Hugo Chavez a sauvé son trône. Le lieutenant-colonel parachutiste, sorte de Fidel Castro assis sur un gros puits de pétrole (78 milliards de barils, 5es réserves du monde), continuera à diriger le Venezuela à coups de harangues altermondialistes. (Là, il faut avouer qu’on touche au ridicule insultant total ! Ce journaliste n’aime vraiment pas les altermondialistes. Son mépris ne touche pas seulement le Président Chavez, mais aussi nous tous, en Europe, qui sommes de plus en plus nombreux.)
Car voilà un homme fantasque, qui pousse l’esprit de contradiction jusqu’à vouloir transformer les milliards de ses 3 millions de barils quotidiens en programmes d’éradication de l’analphabétisme et de lutte contre la pauvreté. (Il est doué ce monsieur : C’est donc être fantasque que de vouloir éradiquer l’analphabétisme et lutter contre la pauvreté ? On sent son désarroi de voir s’échapper ces fortunes des mains des riches ! Que c’est pauvre, une telle glose néolibérale !)
C’est un trublion planétaire sympathique, qui traite Bush d’« imbécile » une semaine sur deux (Est-il le seul au monde ? J’en doute ! Voir Michael Moore...), tout en continuant à lui vendre la moitié de son pétrole ; un gaillard qui parvient parfois à égaler les Saoudiens au sein de l’OPEP, quand il s’agit de politiser les prix du précieux naphte. C’est aussi, pour l’administration Bush, une créature presque aussi maléfique que Ben Laden. Qui ne dispose pas, lui, de cette arme de destruction massive : le robinet. (Ah, ces comparaisons de bas étage ! Chavez = Ben Laden, en plus dangereux bien sûr ! Faut le faire, non ?)

b) Libération du 17.08.04

Par François MEURISSE et Jean-Hebert ARMENGAUD

La crise politique semble plus aiguë que jamais au Venezuela après l’annonce de la victoire du président Hugo Chavez au référendum qui remettait son mandat en jeu, dimanche. (Tout l’article se poursuit sur ce ton, laissant apparaître l’opinion anti-Chavez du journal. C’est triste, et montre l’orientation néolibérale de gauche de ce quotidien autrefois respecté. Je ne vous infligerai rien d’autre venant de cette source.)

5) Le pour-Chavez

Reçu de Jean-Marie, qui exprime bien la pensée altermondialiste, je crois...

Victoire des bolivariens !

58% des Vénézuéliens veulent le maintien de Chavez. Nouvel échec exemplaire pour Bush et ses amis. Lui-même aurait-il résisté à un référendum, oui ou non à Bush ? Dans le monde des élus, ils seraient rares à rassembler plus de 50% dans ce type de duel « tous contre le président ». Alors que les dictateurs aiment les plébiscites, c’est un référendum à l’envers qu’a permis la constitution bolivarienne. Après l’échec de la méthode chilienne (grande grève et coup d’état), après l’échec de la méthode anti-sandiniste (gagner par des élections) que reste-t-il aux adversaires de Chavez pour l’emporter ?

La violence a répondu par avance l’ancien président social-démocrate. Car en effet, au Nicaragua les sandinistes perdirent après des années d’une guerre d’usure. Il se trouve cependant que le Venezuela est unique : ses moyens financiers lui permettent de vendre du pétrole à bas prix à l’Argentine ou à Cuba pour ainsi permettre des échanges économiques porteurs de solidarités nouvelles. Au début de l’autonome des élections locales auront lieu au Brésil et au Venezuela. La comparaison des résultats sera utile pour analyser la pérennité des deux démarches, celle du PT et celle des voisins bolivariens. Ce 15 août aura peut-être été un tournant dans l’histoire des Amériques, comme la bataille d’Ayacucho un soir de décembre 1824. Prochaine étape : la constitution d’une anti-CNN latino-américaine. Kerry va devoir reconstruire une stratégie US où le Venezuela deviendra la préoccupation n° 1, avec le soutien de la Colombie, du Chili et de l’Equateur. La lutte continue !

Salut et fraternité

J-P Damaggio


[1Je dois préciser que je ne suis pas un admirateur inconditionnel de Fidel Castro. Mais je peux comprendre que Chavez ait repris certaines idées qu’il applique pour les pauvres de son pays, lesquels lui ont rendu justice dimanche


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