Kadhafi, le sacré vigile de l’Europe

vendredi 2 mai 2008
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L’opinion publique allemande grogne dès qu’une entreprise locale fait du business sécuritaire avec la Libye du colonel Kadhafi, toujours jugé infréquentable. Pourtant, l’Allemagne et ses pairs européens collaborent allègrement avec les Libyens dès qu’il s’agit de lutter contre l’immigration clandestine. Explications.

par Anna-Patricia Kahn

Un nouveau scandale défraie la chronique en Allemagne. Cette fois, c’est une société privée allemande qui s’est fait prendre la main dans le sac en train de s’engraisser sur le dos de la Libye. La BDB, c’est son nom, était basée au fin fond de la Frise orientale, une région perdue du nord de l’Allemagne. Du coup, pour attirer le client, ses dirigeants n’hésitaient pas à clamer « être le partenaire le plus compétent en matière de sûreté ». Rien que cela ! Et payait grassement les ex-barbouzes qui y travaillaient : jusqu’à 7 000 euros les trois semaines pour perfectionner les hommes du colonel Kadhafi dans l’art du combat.

Ce juteux business avec Tripoli a été rendu public par deux anciens policiers qui se jalousaient et ont fini par vendre la mèche. La BDB, depuis en liquidation judiciaire, aurait encaissé 1,6 millions d’euros rien qu’avec les Libyens et une trentaine d’anciens policiers sont mêlés à cette affaire qui choque l’opinion publique allemande qui n’apprécie guère le colonel Kadhafi. « La Libye, tonnent les parlementaires allemands alarmés, est un État voyou. Vendre des armes à cet État serait vilain et immoral. » Jolies déclarations ô combien naïves ou hypocrites. Déjà, l’hebdomadaire Der Spiegel parle d’un accord de coopération global entre l’Allemagne et le régime du colonel Kadhafi consistant à lui livrer armes et savoir-faire technologique…

Des sacs à cadavres pour les clandestins…

Mais cela n’est que la partie visible de l’iceberg. En effet, l’Allemagne ne dépareille en rien de ses pairs européens, qui s’entendent comme larrons en foire avec les Libyens dès qu’il s’agit d’empêcher les migrants africains de prendre d’assaut la forteresse Europe.

Ainsi, des fonctionnaires de tous les pays européens travaillent main dans la main avec le régime libyen, pour refouler ces indésirables qui transitent notamment par le vaste territoire de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste. Chaque année, des milliers d’entre eux, qui ont survécu à la traversée du désert de Libye, embarquent sur des radeaux de fortune. Direction, Malte ou la Sicile. Le flot de Subsahariens ne faiblissant pas, l’immigration clandestine est devenue la bête noire de l’Europe qui a trouvé en la Libye de Kadhafi un garde-chiourme hors pair qu’il convient d’équiper comme il se doit.

Dans un rapport interne à Frontex [1], l’agence officielle qui coordonne la gestion et la surveillance des frontières européennes, datant de 2004 et que Bakchich s’est procuré, on trouve une liste détaillée du matériel livré par les Européens aux Libyens pour leur permettre « d’attraper les clandestins en route vers l’Europe ».

Au menu : « 40 jumelles à infrarouge, 6 jeeps, 6 000 matelas et un millier de sacs pour le transport de cadavres. » Il faut dire que des centaines de clandestins périssent chaque mois, notamment noyés, en tentant de rallier l’Europe, au point que certaines ONG comparent la Méditerranée à un cimetière marin…

« Graves manquements aux droits de l’homme »

Tout aussi grave, pour l’ONG allemande Pro Asyl, le renforcement de la collaboration européenne avec le régime du colonel Kadhafi, «  conduit à de graves manquements aux droits de l’homme ». Le fait que, selon un second rapport de Frontex daté de 2005, « dans l’exercice financier pour l’année 2005, une allocation spéciale a été prévue pour la construction de deux camps de plus pour les immigrants illégaux, à Kufra et Sebha (sud de la Libye) » ne laisse rien présager de bon.

Bien que Tripoli ait signé la Convention de Genève, les ONG se font du mauvais sang pour les clandestins coincés en Libye. «  Plus de 60 000 réfugiés y sont emprisonnés dans de très mauvaises conditions », s’indigne Karl Popp, de l’ONG Pro Asyl. « Les accords entre les différents ministères de l’Intérieur européens nous rendent non seulement dépendants mais aussi complices du régime autoritaire du colonel Kadhafi. »

Et cette coopération Europe-Libye n’est pas prête de faiblir si on en juge par le contenu du dernier rapport de Frontex, remontant à l’année dernière. On y découvre que la Libye réclame carrément du matériel radio, des hélicoptères et des radars en plus. Pour quel usage ? Frontex ne le précise pas, mais l’Europe lâche du lest. Depuis leurs bureaux de Varsovie, en Pologne, les fonctionnaires de Frontex préparent actuellement une nouvelle offensive pour renforcer la frontière sud de l’Europe. Cet été, une flotte européenne devrait croiser en Méditerranée pour refouler les embarcations des clandestins vers les cotes libyennes. L’opération sera menée par des officiers libyens.

[1] Agence européenne pour la gestion de la coopération aux frontières extérieures de l’Europe.

bakchich


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