La première crise de l’ "ère du changement"

samedi 3 mai 2008
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par Hamadi Aouina

Le régime de Ben Ali se trouve confronté à l’une des première grandes crises de son règne. Que cela corresponde à la vingtième année d’une domination qui a fait la part belle aux possédants et aux dominants du pays est un indicateur vérifiable. Beaucoup, parmi les jeunes qui occupent le terrain de la contestation dans le bassin minier n’ont connu pour seul « maître » que Ben Ali. Ils ont l’âge de réclamer des comptes à celui qui n’a eu de cesse de bavarder sur les « miracles » produit sous son règne et dont ils n’ont pas encore vu l’ombre d’une réalisation.

Chômage endémique, cherté de la vie, étouffement des libertés élémentaires et flicage systématique sont le quotidien de ces jeunes qui découvrent chaque jour l’ampleur de l’arnaque.
Aujourd’hui, une région entière, le bassin minier de Gafsa, s’est levée pour dire assez !
Depuis le mois de janvier, tout le bassin minier s’est soulevé pour réclamer des comptes. La réponse du régime, surpris par l’ampleur de la mobilisation, a été de laisser pourrir dans un premier temps.
Aujourd’hui, et face à la résistance qui ne s’est pas essoufflée le régime tente la répression. Arrestation de dirigeants syndicalistes, de centaines de jeunes, bouclage de la région minière par la police anti-émeute et l’armée. Un véritable état de siège est instauré dans la région. Tout cela n’est pas parvenu à stopper le mouvement. Bien au contraire. Une riposte à la mesure de la provocation a arraché les syndicalistes et les jeunes à la prison. Le régime a reculé. L’ensemble du bassin minier a vécu cet épisode comme une première victoire due à la mobilisation unitaire de l’ensemble de la population.

Le régime de Ben Ali a mangé son pain blanc

Une minorité durant ces deux décennies s’est largement servie. En particulier la famille présidentielle et sa cour.

En consacrant 0,57% du budget (86 milliards) de 2008 à la formation et l’emploi, Ben Ali et son régime montre qu’il n’entend pas les clameurs de ceux qui par dizaines de milliers sont descendus dans la rue pour réclamer du travail et la dignité de vivre debout.

Dans le même budget, 6,24% et prés de mille milliards sont consacrés aux ministère de la répression. Les jeunes ont scandés dans leur affrontements avec les « chiens » dressés pour mater la rébellion « chiens de Ben Ali » (" Cleb de Ben Ali") et tout le monde peut voir sur les vidéos qui nous parviennent du bassin minier de Gafsa que la colère n’est pas prête à baisser d’un cran.

Le régime de Ben Ali a mangé son pain blanc. Toutes les recettes édictées par ses maîtres du FMI et de la Banque Mondiale, dont il a suivi scrupuleusement l’application , ont épuisé leur effet. On a privatisé à tout va : l’enseignement, la santé, sabré les budgets sociaux bradé les « bijoux » de l’État à la classe des possédants qui ne contribue que pour moins de 5% au budget de l’Etat (642 millions de dinars). A comparer avec les 5 906 millions de dinars tirés de l’impôt sur le revenu, la tva et les taxes majoritairement extorqués aux couches populaires...

Le régime de Ben Ali n’a plus de marge de manoeuvre. La situation internationale montre des signes d’essoufflement et la guerre économique fait rage. L’augmentation du prix des céréales, du pétrole et en cascades le prix de nombreux produits importés par la Tunisie ne peut qu’aggraver la situation de ceux qui, déjà, payent le prix fort.

Un vent de révolte touche le continent africain. Les déshérités n’en peuvent plus de payer des politiques qui enrichissent partout la minorité des possédants et appauvrie la masse des dépossédés.

Les grèves générales lancées au Sénégal, En Egypte, au Mozambique et ailleurs sont le signe qu’un nouveau cycle de luttes est en train de démarrer sur notre continent.

Solidarité avec les luttes pour l’emploi et la dignité

En appuyant les revendications légitimes de notre jeunesse pour le partage du travail et des richesses nous contribuerons à changer la donne.

La peur est en train de changer de camp. Les manifestations qui se déroulent dans le bassin minier doivent être appuyées. D’autres régions doivent rentrer dans la lutte. Déjà, spontanément, comme à Nantes ou à Paris nous avons montré dans quel camp on se situe. Les vidéos qui nous proviennent de la région doivent être diffusées massivement. Les textes des syndicalistes qui sont devenus les portes paroles naturels du mouvement doivent connaître la plus grande publicité. Amplifiant la colère, l’heure est à la solidarité sans faille avec ceux qui souffrent et luttent pour obtenir satisfaction.

Partage du travail entre toutes les mains, partage des richesses : voilà la seule voie qui peut soulager le fardeau porté par les travailleurs, les chômeurs, les déshérités.

Hamadi Aouina


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