La politique de l’emploi selon Raffarin

Prurit libéral / Aggravation continue de la condition des chômeurs
vendredi 30 juillet 2004
par  Agnès Maillard
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Jean-Pierre Raffarin ne cesse de le marteler avec toute la conviction qui le caractérise : l’emploi est SA priorité !
Une bonne chose, quand on apprend qu’en juin 2004, nous flirtons allègrement avec les 10% de la population active au chômage...
Une source d’angoisse, quand on songe à la manière dont le bonhomme a traité au laxatif ses dossiers "prioritaires" précédents...

Avec une courbe du chômage inéluctablement orientée à la hausse, avec 9,9% de la population active concerné en juin 2004, la priorité du gouvernement ne peut et ne doit être que l’emploi.
Mais le bilan catastrophique des deux années de gestion de l’équipe multiforme de Raffarin ne peut que nous pousser à faire le tri entre déclarations d’intention et mise en oeuvre sur le terrain.
Car une fois de plus, le grand chantier du retour à l’emploi, est en passe de se terminer en vaste entreprise de démolition sociale.

"Travailler plus pour gagner plus"

Depuis plusieurs mois, tel est le lietmotiv du gouvernement en place, avec, dans le collimateur, les abominables lois Aubry sur les 35 heures (voir Le beurre, l’argent du beurre...) et, par extension, le droit du travail, cette insupportable entrave à la liberté d’entreprendre et... de faire un maximum de profit !

Le problème, c’est qu’un tel discours entre en dissonnance avec les faits qui racontent plutôt l’histoire d’une tiers-mondisation galopante du salariat qui voit ses droits fondamentaux battus en brêche chaque jour un peu plus et sa situation face à l’emploi se dégrader sans cesse [1].
De tel reculs sociaux sont le fruit attendu d’un chômage de masse, levier de la peur, que le patronat utilise sans vergogne, comme un bon maître chanteur, en lieu et place de négociations sociales et salariales équilibrées. Ainsi, on ne peut que s’interroger sur une politique de l’emploi qui viserait à réduire le chômage, sans renverser ce rapport de force qui est actuellement extrêmement favorable au patronat, grand allié du gouvernement.

Créer de l’emploi

La meilleure façon de faire baisser le chômage, c’est de créer de l’emploi. Mais quels emplois et de quelle manière ?

Du point de vue macroéconomique, il y a création nette d’emploi, quand le nombre de postes créés est supérieur au nombre de postes détruits. Il y a création de postes, quand une augmentation d’activité ou l’émergence d’un nouveau besoin incite les entreprises à se doter de nouveaux salariés ou de nouvelles compétences.
D’un point de vue microréconomique, cette augmentation du besoin de main d’oeuvre peut être minorée par l’augmentation de la productivité, ou l’augmentation du temps de travail, soit par l’usage des heures supplémentaires, soit par l’augmentation légale du temps de travail. Il est aussi possible de faire appel à une main d’oeuvre temporaire ou carrément de délocaliser les fonctions les plus gourmandes en main d’oeuvre vers des pays où les coût sociaux et les salaires sont particulièrement bas.

Une autre variable d’ajustement est la population active totale. Chaque année, la population active totale est augmentée des jeunes arrivant sur le marché du travail et diminué des départs à la retraite. il n’y a donc pas à proprement parlé de créations de postes, mais le remplacement des générations sortantes peut amener à dépasser le nombre total de nouveaux arrivants sur le marché du travail, et conduire donc à une diminution mécanique du chomâge.

Autrement dit, il faut des besoins en main d’oeuvre non satisfaits pour que les chefs d’entreprises recrutent, soit par l’augmentation du volume du travail, soit par diminution de la population active.

La politique menée depuis plus de 20 ans par le biais des baisses de charges et subventions en tous genres ne peut donc que générer des effets d’aubaines, dans la mesure où un patron n’embauchera de toute façon que s’il en a vraiment besoin dans le cadre d’une augmentation d’activité ou de l’émergence d’un nouveau besoin.

Les facteurs d’augmentation de l’activité sont essentiellement la consommation et la conquête de nouveaux marchés.

- la consommation est essentiellement soutenue par le pouvoir d’achat du salariat et par sa masse. le chômage et les restrictions salariales sont donc des freins à l’activité économique globale.
- L’émergence de nouveaux besoins est intimement liée à l’investissement.

Discours et réalité

Si l’on commence à faire le bilan de l’action du gouvernement (I, II et III) ces deux dernières années, on se rend compte que ses actions ne sont pas vraiment allées dans le sens d’une amélioration du marché de l’emploi, surtout du point de vue des travailleurs [2].

Le sens caché du discours "travailler plus pour gagner plus", c’est aussi travailler plus pour absorber des besoins grandissants de main d’oeuvre sans être obligé de taper dans le réservoir des chômeurs. De surcroît, nous avons tous bien remarqué qu’il s’agissait surtout de travailler plus pour gagner moins (heures de travail non rémunérées, baisses du taux des heures supplémentaires, gel des salaires, donc érosion du pouvoir d’achat, report de la mise à niveau des SMIC les plus bas...).

Sarkozy dit qu’il faut que la France travaille plus pour produire plus et pour créer de la croissance.
Dans les fait, nous avons la même productivité totale que les USA avec un cortège d’heures de travail annuelles total bien moindre. Et surtout, depuis la réforme du régime de retraite et l’instauration d’une journée de travail supplémentaire, notre temps de travail global s’est déjà allongé, sans que les rémunérations ne suivent.

Facilitation des licenciements, attaques de plus en plus précises contre les 35 heures, sur-modération salariale, exonérations des charges patronales sur les bas salaires, assouplissement des conditions d’embauche des précaires, allongement de la durée globale du travail sans compensation financière, cette politique de l’emploi pratiquée depuis deux ans portent déjà ses fruits : L’économie française a perdu plus d’emplois salariés en 2003 qu’elle n’en a créé, selon l’Unedic

Perspectives

Il ne faudra pas compter dans l’immédiat sur l’innovation pour créer de nouveaux emplois, dans la mesure où les entreprises sont aujourd’hui plus préoccupées de la prépartition de leurs profits entre les actionnaires et les financiers que d’investir dans l’avenir.

Par contre la démographie pourrait jouer en faveur des chômeurs : le départ massif des baby-boomers à la retraite dès l’année prochaine panique depuis longtemps le patronat. Heureusement pour eux, la réforme des retraites devrait bientôt commencer à porter ses fruits en maintenant les baby-boomer sur le marché de l’emploi (qui ne veut d’ailleurs plus d’eux !), et surtout, le gouvernement freine de toutes ses forces contre le renouvellement des postes des futurs retraités [3] et [4]. Il s’agit donc là en substance de postes qui vont disparaîtrent et donc de chômeurs ou de jeunes qui n’auront pas ces emplois !

Voilà une bien belle politique de l’emploi, qui se résume à éviter d’en créer par tous les moyens possibles : non-remplacement des départs à la retraite, augmentation du temps de travail pour réduire les besoins en embauche !

Plan Borloo

Mais j’ai gardé le meilleur pour la fin !

Avec un taux de chômage qui frise les 10% qui témoigne des effets réels de 2 ans de politique libérale, le gouvernement doit trouver un moyen de le faire baisser à tout prix pour rester vaguement crédible.

Il y a bien sûr l’arme des radiations, utilisée à tour de bras depuis 2 ans et augmentée de la tentative de recalcul des droits à l’arrachée ! Mais cela ne suffit manifestement pas.

Reste donc le rétablissement du STO, version Borloo !

Car pendant que les salariés nantis du droit aux congés payés se sont déconnectés des réalités politiques et économiques de notre pays, nos chers gouvernants en ont profité pour aggraver le volet sanctions contre les chômeurs du Plan Borloo, tout en le vidant allègrement du reste de ses pauvres prétentions soit-disant sociales !

En fait de cohésion sociale, nous avons maintenant un plan de répression brutale : La version définitive du plan Borloo confirme l’instauration de sanctions contre les chômeurs, qui pourront intervenir dès le début du versement de l’allocation.

Les bénéficiaires de cette vraie politique libérale de l’emploi seront encore les patrons, et plus particulièrement ceux des secteurs qui exploitent le plus la main d’oeuvre et qui ont donc logiquement le plus de mal à recruter : la restauration, le bâtiment et le service aux personnes !

Grâce au plus social des ministres de Raffarin III, dès la rentrée, La France d’en haut va avoir la joie de se faire servir son café en terrasse par un ingénieur en chimie employé de force à temps partiel en CDD !

Je ne pense pas que ce soit là une politique de l’emploi qui va grandir notre pays !

[1] La politique de recul social de Raffarin - dépêche AFP

[2] 2 ans de revanche sociale - L’Humanité

[3] De 10.000 à 20.000 postes de fonctionnaires ne seraient pas renouvelés en 2005

[4] Fonctionnaires de l’Etat : de 8.000 à 10.000 en moins en 2005


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