Le pouvoir a-t-il un sens ? (16)

lundi 25 août 2008
par  Jean Dornac
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Les deux articles à venir sont une suite (nouvelle) de ma réflexion sur le pouvoir, réflexions publiées, ici, il y a trois ans. Je les ai reprises sur mon blog en les mettant à jour, surtout par rapport aux changements politiques de la France. Celles et ceux qui seraient intéressés par la découverte des quinze premiers articles peuvent se rendre sur mon blog en suivant ce lien :
www.pour-la-non-violence.com

Arrivé à ce point, il faut se poser quelques questions qui me semblent essentielles. Elles sont la conséquence directe des réflexions précédentes…

Qu’en est-il de la démocratie ?

Camille Loty Malebranche m’a posé, dernièrement, une question particulièrement pertinente. Je la reprends, ici, dans son intégralité. Elle a été postée sur altermonde.
Question : « La canaille votante faussement appelée peuple mérite-t-elle qu’on la laisse élire ? Aux États-unis, W.Bush a été vraiment réélu par la cohue électrice pour son deuxième mandat. Au Canada, un gros amorphe comme S. Harper est élu par la cohue pour continuer ce qu’un certain parvenu arrogant et larbin de Reagan et de Bush père, je cite B. Mulroney sur la fin des années 80 et début des 90, avait fait aux côtés des Tatcher et Reagan contre les services sociaux fournis par l’État, contre la société au nom du néolibéralisme. Et en France, on a encore cette cohue qui nous impose Sarcome de Kapozy à l’Élysée.
La démocratie, telle qu’elle est conçue avec des électeurs la plupart si bêtes, si manipulables, n’est-elle pas une tyrannie de la sottise qu’il faut repenser ?
 »

Je suis obligé de faire le même constat et j’ai plusieurs fois écrit sur ce thème de la démocratie mettant en doute sa réalité. Certes, par nature et par choix, je n’aurais pas utilisé les mêmes termes, mais le fond de la question reste entier et particulièrement inquiétant, la valeur de cette façon de voir les choses étant prouvée, notamment dans tous les cas que cite Camille Loty Malebranche.

Voici ce que je lui ai répondu :
Réponse : « Même si je n’utiliserais pas les mêmes mots, tu t’en doutes, cher Loty, je suis d’accord avec toi. Tellement d’accord, d’ailleurs, que je republie sur www.pour-la-non-violence.com, ma série d’articles sur le pouvoir.
A quoi bon, le pouvoir, sans blagues ? Il serait temps de changer d’air et de mauvaises habitudes... Non ?
La démocratie, c’est une belle idée qui n’a jamais dépassé le stade d’une idée...
 »

Avons-nous raison d’être aussi pessimistes ?

Je crois que toute personne qui suit attentivement les événements politiques, tant en France qu’ailleurs, ne peut guère concevoir autre chose que du pessimisme à la vue des dégâts. Oui, hélas, la démocratie est une belle idée qui n’a jamais dépassé le stade d’une idée… je persiste…
On dit encore que la démocratie est le moins mauvais des systèmes. Pour ma part, j’ajouterais que «  c’est le moins pire  », mais qu’à la faveur d’une humeur aléatoire des «  princes élus  », nous pouvons plonger dans n’importe quoi et à une vitesse foudroyante.

Les deux définitions du mot « démocratie » de mon dictionnaire éclairent la problématique que je tiens à expliquer dans cette suite sur « les pouvoirs ».

Que dit mon très futé dictionnaire :
1) « Dans l’Antiquité, en Grèce, régime politique dans lequel les citoyens exerçaient la souveraineté et disposaient du pouvoir.  »
Une telle réalité était quelque chose d’extraordinaire pour les Grecs et pour l’époque considérée. Exercer la souveraineté, voilà qui est essentiel.

Et la différence avec ce qui se passe à notre époque, dans notre pays et dans les « démocraties » est très claire dans la seconde définition de mon dictionnaire :
« Régime politique dans lequel le peuple élit ses représentants  »

Voilà qui n’est plus la même chose, qui n’a pas la même profondeur et la même importance ! Dans cette seconde définition, il n’est plus question que le peuple « exerce la souveraineté » ! Et c’est essentiel comme différence ! On le voit tous les jours, notamment avec le pouvoir de droite, franchement extrémiste dans nombre de ses décisions, le peuple n’a rien à dire ! Il n’exerce rien sinon l’obéissance obligatoire ! Si le peuple a fait la bêtise de choisir un tel pouvoir, il faut qu’ « il boive le contenu du calice jusqu’à la lie », jusqu’à plus soif, jusqu’à l’écoeurement, ce qui est déjà la vérité de nombre d’entre nous.

Si la notion de démocratie s’applique uniquement sur le fait de pouvoir circuler librement un peu partout, de pouvoir écrire ce que nous pensons de tel ou tel pouvoir, de pouvoir regarder les émissions télévisées que nous souhaitons, alors, bien sûr, nous sommes en démocratie.

Tout cela, ce n’est que l’écume de la vie en société. Si, en effet, nous pouvons circuler où et quand nous voulons et si nous pouvons écrire ce que nous voulons, en revanche, pour ce deuxième point, il y a censure réelle. Imaginez-vous, pour prendre un exemple, que mes écrits, cette série en cours, soient publiés dans le Monde ou dans n’importe quel autre média national ? Non, bien sûr… pas plus qu’on en parlerait à la radio ou à la télévision. Avant la magie d’Internet, de tels écrits étaient confinés dans des journaux de militants avec presque aucune chance d’être lus par un nombre important de citoyens. C’est vrai, Internet change la donne et ce n’est pas un hasard si le pouvoir cherche désespérément à en limiter les dégâts pour lui, la liberté des citoyens réduisant quelque peu la puissance du pouvoir, de même que la puissance de la censure.
Concernant la télévision, si nous pouvons choisir nos programmes, cependant, ce n’est pas nous qui les déterminons. Nous n’avons pas le moindre poids, la moindre influence possible, dans le choix des créations et des programmations. Alors, où est la démocratie dans ce domaine précis ?

Donc, si la démocratie c’est l’existence de cette « écume » très utile pour cacher les vagues, oui, nous sommes en démocratie. Mais, par contre, si la démocratie c’est l’exercice de la souveraineté par le peuple, donc le pouvoir de décision (par référendum, par exemple) sur les lois essentielles, non, nous ne sommes vraiment pas en démocratie et nous ne l’avons jamais été. Pas plus sous un pouvoir de gauche que de droite !

En fin de compte, le mot de démocratie ne sert qu’à une propagande plus ou moins grossière. Très grossière, elle le fut dans les pays de l’Est qui étaient tellement éloignés de la démocratie que les régimes en question ne pouvaient tenter (inutilement d’ailleurs) de donner le change qu’en ajoutant le mot de « démocratie » au nom de leur pays : par exemple «  République Démocratique allemande  ».
Sous d’autres formes, mais tout aussi ridicule, je pense à Nicolas Sarkozy, mais aussi à GW Bush qui veut imposer « sa » notion de démocratie au monde entier (bonjour la souveraineté des peuples » !), si nos pouvoirs parlent sans cesse de « démocratie » c’est bien parce qu’ils savent que nous ne vivons pas dans des régimes réellement démocratiques. Là encore, il faut donner le change, cacher la vérité crue et dure sous des mots, rien que des mots.

Ces pouvoirs sont-ils seuls responsables de la faillite démocratique ?

Evidemment, non ! Que serait un pouvoir, n’importe lequel, s’il ne trouvait pas une adhésion relativement importante auprès du peuple ? Tant de gens se laissent abuser par les mots, par le «  strasse people  », par le luxe, la richesse, les titres, et même les « lambris des âmes politiciennes… » Du décor, rien que du décor, mais c’est clinquant, donc ça plaît ; donc on vote pour le « paraître » de tel ou tel candidat, n’ayant rien à faire des programmes qu’il s’apprête à nous imposer... qui plus est en notre nom…

C’est à ce stade que je rejoins, bien sûr Camille Loty Malebranche. Qu’il s’agisse des Etats-Unis, du Canada ou de la France, sans oublier la cohorte des autres pays « supposés démocratiques  », les peuples ont choisi les pouvoirs qui les oppressent de lois sécuritaires ; ils ont choisi ces pouvoirs toujours plus xénophobes ; ils ont choisi, en toute connaissance de cause, les risques de guerre ; ils ont choisi leur propre appauvrissement, déjà en route pour certains, à venir pour les autres.

On peut donc, très légitimement se demander s’il est pertinent de faire choisir un pouvoir par ces peuples « dormants », par ces peuples hypnotisés par la propagande, notamment télévisuelle.

Ce qui est vrai dans la vie d’un humain, femme comme homme, est vrai aussi pour la vie d’un pays. J’espère avoir démontré la justesse de mon postulat de base, c’est-à-dire le « pouvoir-père abusif et le peuple enfant ».
Le postulat suivant est, je le crois, tout aussi vrai : « L’humain souffre essentiellement des conséquences de ses choix. » Et, c’est un fait, les peuples souffrent, eux aussi, des conséquences de leurs choix. C’est justement le grand problème d’un peuple qui n’est pas adulte. Il fera n’importe quel choix, celui qui brille le plus, celui qui est susceptible de lui «  rapporter » le plus, et si possible « tout, tout de suite ». Un adulte véritable ne tombe pas dans un tel piège ! Un adolescent, oui, vite et facilement !
Un adulte, lui, avant de faire un choix, réfléchit, se renseigne, pèse le pour ou le contre de tel ou tel choix : pas un adolescent ! Or, si je pense simplement à la France, à Nicolas Sarkozy, le choix de la petite majorité qui l’a élu, n’est pas un choix d’adulte. Je ne parle bien sûr pas de ses partisans, ceux-là, leur choix est lucide. Mais ce Président n’a pas 53% de partisans dans le peuple. Affirmer le contraire est une vaste plaisanterie. Cela veut dire qu’une large proportion des électeurs qui ont voté pour lui, ont agi en adolescent, en enfants gâtés. Il leur était pourtant simple de regarder ce qu’il avait fait et dit au temps de sa présence au ministère de l’Intérieur ; il leur était pourtant simple de lire et relire ses discours pour comprendre qu’un tel choix avait autant à voir avec la démocratie qu’un tas de purin a à voir avec une parfum délicat…

Alors, je ne traiterais pas, pour ma part, ces électeurs de «  canaille votante  », mais d’inconscients, mais d’adolescents incapables de faire un choix d’adulte. Certes, un choix d’adulte comporte des responsabilités et, finalement, ils sont rares ceux qui les acceptent et vont au bout de leur engagement. Oui, un peuple a aussi des responsabilités. Si un peuple adulte se rend compte que le pouvoir abuse et impose des choses inacceptables, sa responsabilité est de se lever et de montrer l’inacceptable ; sa responsabilité, si le pouvoir fait la sourde oreille, c’est de se révolter. Mais l’adulte véritable n’use pas de la violence ! Il met en pratique une résistance intelligente, sous une forme ou une autre, par la désobéissance civile. Ce type de résistance peine à percer dans nos pays. Sans nul doute, c’est dû au fait que, justement, comme l’élection de N. Sarkozy le démontre, nos peuples ne sont en rien adultes… Ce n’est pas seulement le drame de quelques individus, c’est notre drame à tous. L’inconséquence pour ne pas dire la bêtise d’une petite majorité aura des effets négatifs et graves sur tout le peuple, y compris bien sûr, la part innocente d’un choix catastrophique.

Tout cela pris en compte, la responsabilité principale du déni de « démocratie » revient bel et bien aux peuples qui refusent de prendre leur avenir en main et remettent celui-ci à des individus trop souvent extrémistes, assoiffés de pouvoir, de richesses et de gloire. Qu’attendre de tels gens ? Rien, sinon des catastrophes que nous payerons tous, plus ou moins lourdement en fonction des individus choisis pour nous gouverner.

Quel système alors pour s’approcher d’une démocratie ayant un sens ?

Beaucoup de gens sont persuadés que le système qui nous régit aujourd’hui, c’est-à-dire cette « démocratie de façade », cette « démocratie du paraître », une « démocratie Hollywood  » en somme, est indépassable. C’est avoir peu de confiance dans l’intelligence humaine, peu de confiance dans nos capacités créatrices et nos capacités d’imagination. Certes, il en va de l’intérêt bien compris et très personnel des politiciens que nous soyons persuadés qu’il n’existe pas et n’existera jamais de meilleur système que le nôtre. Tout comme un père abusif saura trouver les mots pour que son rejeton soit persuadé qu’il n’existe pas de meilleur père que lui.

Mais soyons lucides, soyons adultes, ne serait-ce qu’un moment.
- Un système politique basé sur un leurre démocratique, sur un paraître de la démocratie, est-il un bon système ?
- Un système qui produit des pauvres à la chaîne, est-il un bon système ?
- Un système qui crée plus de prisonniers que de places disponibles en prison, est-il un bon système ?
- Un système qui préfère emprisonner ses pauvres plutôt que d’instaurer la justice sociale, est-il un bon système ?
- Un système qui pratique la chasse aux étrangers, la chasse aux enfants d’étrangers dans les écoles, l’enfermement de ces mêmes étrangers dans des camps concentrationnaires, appelés «  centres de rétention  » pour l’apparence démocratique, est-il un bon système ?
- Un système politique qui oblige tout candidat pour un poste d’élu d’être riche, le plus riche possible, barrant ainsi la route à des candidats plus pauvres, mais possédant de vraies compétences, de vraies valeurs, de véritables notions de démocratie, est-il un bon système ?
- Un système qui garantit les lois économiques tout en écrasant les droits des humains, est-il un bon système ?
- Un système qui pour pérenniser son existence impose un Etat policier est des lois sécuritaires comportant une surveillance toujours plus accrue de tous ses citoyens, est-il un bon système ?
- Un système qui toujours pour pérenniser son existence impose à tout un peuple une propagande éhontée par la mainmise sur les informations tant à la télévision qu’à la radio et dans les journaux nationaux est-il un bon système ?

La réponse à toutes ces questions est, évidemment NON ! Ce système est malsain et il n’y a pas d’autre choix que de chercher à le remplacer ou à ne plus espérer connaître la liberté.

La question qui se pose, à présent, est la suivante : Faut-il encore voter, sachant tout cela ?

A suivre…

Source : www.pour-la-non-violence.com


Commentaires

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Le pouvoir a-t-il un sens ? (16)
vendredi 29 août 2008 à 19h39 - par  janick

peuple adolescent, imature c’est une évidence ; Epicure avait son Jardin !
former l’esprit critique comme disait mon prof de philo semble extrêmement necessaire et de l’ordre du possible .je crois !
je plaide pour l’accès direct à tout,TOUT ce qui peut et doit exciter notre curiosité et nous enrichir. janick

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Le pouvoir a-t-il un sens ? (16)
mardi 26 août 2008 à 00h55 - par  dav Y

Ni "un bon système", ni même "un système".
J’adjoins à cette réflexion celle-ci : "le but d’un système", en tant que fabriquant de système informatiques et étudiant en topologie des systèmes.

Site web : But d’un système
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Le pouvoir a-t-il un sens ? (16)
lundi 25 août 2008 à 20h05 - par  André974

La solution serait le retour en version amélioré du suffrage capacitaire http://fr.wikipedia.org/wiki/Suffrage_capacitaire
,idée défendue par certains :http//juliendohet.blogspot.com/2007/07/le-retour-du-suffrage- ;mais sur quels critères et quelle assemblée acceptera de se tirer une balle dans le pied pour prendre une telle décision
Patrick Mignard donnera peut être son point de vu

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