Birmanie : Les sites dissidents victimes de cyberattaques

jeudi 25 septembre 2008
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Par Aung Zaw Naing

À l’approche du premier anniversaire de la "révolution safran", la sécurité a été renforcée dans tout le pays. En milieu de semaine, les sites Internet de plusieurs journaux dissidents ont été la cible d’attaques. Il est peu probable que la coïncidence soit fortuite.

Les cyberattaques entraînent notamment des erreurs de type 404 sur les sites dissidents, en empêchant les internautes d’y accéder.
DR

Pour marquer l’anniversaire de la révolte étudiante du 18 septembre 1988 et les manifestations menées l’an dernier par les moines bouddhistes, la junte birmane a lancé une nouvelle offensive – une cyberattaque – contre The Irrawaddy et d’autres agences de presse birmanes en exil.

Ici nous avons rapidement compris que l’attaque était liée à l’anniversaire de la "révolution safran". Les autorités militaires du Myanmar refusent évidemment qu’une telle agitation se reproduise cette année et, une fois de plus, ont fait taire leurs ennemis.

Les agences de presse en exil, les blogueurs, les reporters présents et les citoyens journalistes avaient joué un rôle majeur en septembre 2007 en informant le monde entier de la brutale répression dont étaient victimes les moines et leurs partisans dans les rues de Rangoon. Le 27 septembre, toutes les connexions Internet avaient été interrompues pendant quatre jours par les autorités qui tentaient ainsi de cacher leurs exactions. Personne n’a donc été surpris quand elles ont eu recours, cette année, à une tactique identique.

Mardi, nous avons appris que le débit Internet au Myanmar était ralenti, preuve d’une volonté d’empêcher l’information d’entrer dans le pays et d’en sortir. Puis, mercredi, Singlehop, qui héberge le site miroir de The Irrawaddy, nous a annoncé : "Votre serveur fait l’objet d’une attaque sans précédent. Etant donné son ampleur, nos ingénieurs ont dû bloquer l’accès du site." Selon Singlehop, cette cyberattaque est des plus sophistiquées. Actuellement, notre site web ne fonctionne plus et nous avons été contraints de mettre en ligne notre quotidien sur le blog. Nos confrères de Democratic Voice of Burma et New Erasont confrontés au même problème.

L’attaque contre nos sites web serait apparemment activée manuellement depuis plusieurs endroits. Tout le monde sait que, ces dernières années, le régime birman a envoyé en Russie une armée d’étudiants se former à la guerre du cyberespace. La junte dispose également d’un budget considérable pour louer les services de pirates informatiques installés à l’étranger. Les dissidents birmans pensent que certains de ces cybercriminels qui travaillent pour la junte sont basés aux États-Unis, au Japon ou en Europe.

A l’intérieur du pays, les cybercafés, sièges d’activités subversives, ne sont pas des lieux sûrs. Dans certains établissements, les clients doivent fournir une pièce d’identité, des informateurs surveillent les étudiants qui jouent aux jeux vidéo et les moines bouddhistes se plaignent d’être traités comme des criminels quand ils demandent à se connecter. Dans un tel climat de crainte, où les internautes sont régulièrement soupçonnés de travailler pour des médias en exil, les Birmans ont naturellement peur de communiquer.

Au cours des vingt dernières années, la lutte entre la junte au pouvoir et les forces prodémocratiques s’est déplacée de la rue vers la jungle et maintenant vers les ordinateurs. Le régime militaire ne jettera pas l’éponge ; au contraire il cherchera à être à la pointe technologique. Mais tout cela sera vain. Car, au bout du compte, il est impossible d’arrêter les flux d’information. Les hackers de la junte ne pourront pas percer le plus puissant des firewalls : le désir de changement du peuple birman.

Aung Zaw Naing
for The Irrawaddy

courrierinternational.com


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