La poudrière ukrainienne

mardi 4 novembre 2008
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A un moment donné, il a été de bon ton de remercier les architectes de la CEI (Communauté des Etats indépendants) pour le "divorce pacifique des pays de l’URSS". A vrai dire, il a été presque pacifique. La mention des "petits ennuis" comme la Transnistrie, le Karabakh, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, les événements en Asie centrale et ceux qui ont gagné un peu plus tard la Tchétchénie a été considéré comme déplacée au sein de la partie de la population animée par des idées libérales. En fait, la Tchétchénie a tout de même été souvent évoquée, cependant, pas en tant que conflit postsoviétique, mais comme un "nouveau crime de la soldatesque russe" (de l’empire, du régime...). Dans l’ensemble, on estimait que le démembrement de l’Union soviétique s’était produit de façon pacifique, et de nombreuses personnes préféraient ne pas se souvenir des victimes des conflits dans la partie sud de l’ex-URSS : d’après différentes sources, on en compte de quelques centaines de milliers à 2-3 millions. L’essentiel est "qu’aucune guerre civile nucléaire n’a eu lieu" ou, pour le dire autrement, "qu’il n’y a pas eu de guerre entre la Russie et l’Ukraine".

Par Ilia Kramnik, for RIA Novosti

Cependant, plus le démembrement de l’Union soviétique s’éloigne dans l’histoire, mieux on comprend que la menace d’une guerre de ce type n’a pas disparu. Au contraire, elle devient d’année en année plus probable, et la raison de ce phénomène n’est pas dans les "visées agressives du Kremlin".

L’Etat ukrainien, qui a surgi deux fois - en 1917 et en 1991 - sur les ruines de l’Etat russe, s’est inspiré dès le début de la négation catégorique du "passé russe" de l’Ukraine indépendante. Le pouvoir russe - celui de Saint-Pétersbourg ou de Moscou - n’a été considéré que comme un colonisateur et un occupant, et toutes ses actions ont été interprétées exclusivement dans cette optique. Ce point de vue a toujours trouvé des adeptes : pendant la Grande Guerre patriotique, de nombreux détachements de collaborationnistes agissaient en Ukraine (le pouvoir actuel les qualifie de défenseurs de la patrie, qui luttaient à la fois contre les occupants allemands et soviétiques). Après 1991, il est devenu prédominant dans de nombreuses régions ukrainiennes et, à en juger par les faits, également dans les échelons supérieurs du pouvoir ukrainien.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le nombre d’Ukrainiens contaminés par la propagande antirusse a été suffisant pour former une division SS et quelques détachements de police, ainsi qu’un grand nombre de groupements plus modestes de collaborationnistes qui agissaient tous principalement en qualité de forces de sécurité et de répression. En outre, bien avant la formation de ces détachements, les occupants nazis s’étaient appuyés sur l’OUN, Organisation des nationalistes ukrainiens, dont les leaders - Stepan Bandera, Roman Choukhevitch et d’autres - comptaient sur l’aide du IIIe Reich pour obtenir la création d’un Etat ukrainien indépendant. Cet objectif en lui-même n’était nullement répréhensible, le droit des nations à l’autodétermination devant être respecté, et l’Ukraine indépendante ayant certainement le droit d’exister, mais il a été très rapidement discrédité par les méthodes employées pour l’atteindre. Les actions des hommes de Bandera - membres de l’OUN - contre la Pologne puis contre l’URSS, qui s’étaient accompagnées de massacres de civils et d’une participation à l’extermination des Juifs et autres "non-aryens" sur les territoires occupés par l’Allemagne hitlérienne, réduisirent rapidement à néant les chances de succès de l’OUN. Les hommes de Bandera furent associés à juste titre aux occupants nazis, qui étaient leurs protecteurs et leurs principaux sponsors.

Cependant, les Allemands trouvèrent en la personne de l’OUN un allié peu sûr : à partir de l’automne 1943, alors que la Wehrmacht reculait déjà au niveau du territoire de l’Ukraine, certains détachements de nationalistes attaquèrent en effet des unités allemandes. Certains membres de l’OUN rejoignirent des détachements de partisans soviétiques, mais nombre d’entre eux, une fois dans les arrières de l’Armée soviétique, reprirent leurs actions contre l’URSS. Après la défaite de l’Allemagne, l’OUN reçut un nouveau sponsor : ses membres furent soutenus par les services de renseignement occidentaux, et l’activité des nationalistes en Ukraine occidentale se poursuivit, en s’éteignant peu à peu, jusqu’en 1954.

Pourquoi ce long rappel historique ? Le fait est qu’à un moment donné, pour mener une longue guerre terroriste contre la Russie (elle s’appelait alors l’URSS), il a suffi d’une organisation clandestine "éduquée" sans aucun soutien des autorités. A présent, la situation est pire. La haine de la Russie a déjà été inculquée à toute une génération d’écoliers : il suffit de parcourir les blogs des Ukrainiens nés en 1990 et après pour découvrir une immense proportion de textes au contenu russophobe. De plus, à en juger par les actions des autorités ukrainiennes qui attribuent le titre de héros aux leaders des nationalistes, ce genre d’éducation bénéficie du soutien de l’Etat.

La propagande antirusse agit également dans l’Est et le Sud de l’Ukraine, traditionnellement pro-russes. Il suffit de parler avec ceux qui vivent à Kharkov, Donetsk, en Crimée, à Odessa et dans d’autres régions du sud du pays, pour s’informer sur les tendances de l’enseignement dans les écoles ukrainiennes, avant tout en ce qui concerne l’histoire, interprétée presque exclusivement sous un jour antirusse. La fermeture des écoles russes et l’étouffement du russe en tant que langue de communication dans la société conduisent souvent, en fin de compte, à des conflits de générations : dans des familles où les parents sont tout à fait tolérants, les enfants deviennent des nationalistes ukrainiens.

La poursuite de la propagande orientée sur l’hostilité envers la Russie et les accusations formulées à l’encontre des autorités russes auxquelles on attribue toutes sortes de crimes contre l’Ukraine, entre autres le "refus de se repentir de l’Holodomor", peuvent avoir au bout du compte des conséquences très lourdes. La division de l’Ukraine d’après le facteur ethnique et linguistique est de plus en plus évidente ces dernières années entre l’Est et le Sud, russophones, et l’Ouest où l’on parle l’ukrainien. L’hostilité envers la Russie et tout ce qui est russe, qu’on tente d’inculquer dans l’Est et le Sud du pays, ne rend nullement "loyale" la population de ces régions.

D’aucuns en Ukraine, et au-delà de ses frontières, brûlent d’envie de déclencher une guerre. Certains ont grand besoin d’une guerre. Une guerre qui dresserait les Ukrainiens les uns contre les autres, une guerre à laquelle la Russie serait obligée de participer. Cependant, la Russie n’a pas besoin de cette guerre. La Russie peut coopérer avec une Ukraine indépendante, qui se comporte en bon voisin, n’aspire pas à adhérer à l’OTAN, conserve sa neutralité, qui soit, si elle le désire, membre de l’OTSC (Organisation du Traité de sécurité collective), une Ukraine où les citoyens jouissent du droit de parler russe, de recevoir un enseignement en russe et d’employer le russe autant que l’ukrainien dans les instances officielles. Cette communauté, à l’instar de celle de la Russie et de la Biélorussie, a toutes les chances d’être un succès.

Cependant, la Russie pourrait profiter également d’une division de l’Ukraine. Mais, dans ce cas, l’histoire sera bien plus triste : il y aura d’un côté des régions de l’Est et la Crimée réunies au sein d’un district fédéral ukrainien appartenant à la Russie, et de l’autre la chaudière ouest-ukrainienne russophobe bouillonnante de haine. Et son éventuelle occupation ne réglera rien : même les tout-puissants MVD (Intérieur) et MGB (Sécurité d’Etat) de l’URSS avaient mis 10 ans pour venir à bout des réseaux clandestins ukrainiens. Dans ce petit monde, il n’y aura jamais ni développement durable, ni bon voisinage. Ce petit monde n’est nécessaire ni à la Russie, ni à l’Ukraine. C’est l’Occident qui en a le plus besoin : l’exemple de la Seconde Guerre mondiale et de l’après-guerre nous prouvent qu’il n’y a, sur ce point, aucune différence entre l’Allemagne nazie et les membres occidentaux de la coalition antihitlérienne.

Source : fr.rian.ru
contreinfo.info


Commentaires

La poudrière ukrainienne
mercredi 5 novembre 2008 à 08h11

Parfait exemple de la propagande néo-fasciste et impérialiste des medias officiels russes (de toute façon, il n’en reste plus guère de non officiels...) Pour qui fréquente régulièrement l’Ukraine, tout ce galimatias ferait sourire si il n’était aussi inquiétant pour la paix en Europe

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