Accord secret entre ONU et OTAN

Il ne répond pas aux objectifs de la communauté internationale
jeudi 11 décembre 2008
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Fin septembre début octobre 2008, peu de médias ont évoqué, et de façon brève, l’accord secret entre l’ONU et l’OTAN, signé par le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, et le Secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer.

Karl Müller

Le « Financial Times Deutschland » a signalé le 26 septembre qu’il avait été convenu de garder le secret le plus absolu. Cet accord doit simplifier la « coopération dans des situations de crise comme en Afghanistan et au Kosovo. »

Il a été controversé jusqu’au dernier moment au sein même de l’ONU, notamment du fait de la prise de position unilatérale de l’OTAN lors de la guerre en Géorgie. Toutefois, Ban Ki-Moon a finalement apposé sa signature sur la pression de la France, des États-Unis et de la Grande-Bretagne.
On a pu lire dans l’édition anglaise de RIA Novosti, le 9 octobre, que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a été scandalisé par ce texte signé en secret, donc sans consulter les États membres de l’ONU. Après en avoir entendu parler, le ministre russe s’est adressé au Secrétaire général mais n’a reçu qu’une réponse évasive.

Le texte est maintenant entre les mains de la rédaction d’Horizons et débats (voir encadré). Il est daté du 23 septembre et signé de Ban Ki-Moon et de Jaap de Hoop Scheffer. En fait, les deux Secrétaires généraux ne se sont pas contentés de mettre en avant la coopération passée, p.ex. dans les Balkans ou en Afghanistan, ils ont également décidé de la prolonger et de l’étendre.

Cette dernière repose essentiellement sur l’« esprit » de la déclaration du Sommet de l’ONU de 2005, qui proposait l’extension au monde entier des interventions militaires de l’ONU, même au-delà de la Charte des Nations Unies, sous le titre de « La responsabilité de protéger ». Cela s’appuyait sur un texte précédent de 2001 qui avait été rédigé avec la participation de va-t-en-guerre notoires tels que Gerath Evans (Australie) ou Klaus Naumann (Allemagne). (Horizons et débats en a parlé dans son édition no 22 du 2/6/08)
Un mois avant le Sommet de l’ONU, en septembre 2005, le secrétaire général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer avait déjà soumis des propositions pour un accord de coopération entre l’ONU et l’OTAN. Il en est question dans un document d’analyse stratégique, rédigé d’ailleurs en Allemagne, (Janka Oertel : « The United Nations and Nato ») de juin 2008, qui est favorable à cette étroite collaboration entre l’ONU et l’OTAN.

On trouve ainsi confirmés les doutes sérieux de ceux qui critiquaient le concept de « responsabilité de protéger », n’y voyant rien d’autre que le concept de l’OTAN, non formulé, d’« intervention humanitaire » grâce auquel l’Alliance voulait justifier la guerre impérialiste, contraire au droit international, contre la Yougoslavie, laquelle a coûté la vie à des milliers de gens, détruit les infrastructures civiles pour des décennies et contaminé radioactivement d’importantes régions du pays.

Le moment choisi pour la signature est significatif. En effet, il a coïncidé avec le changement de président aux Etats-Unis, manifestement préparé au plan international. L’équipe de conseillers du nouveau président Obama prévoit, contrairement à celle de Bush qui voulait imposer l’hégémonie américaine en dehors de l’ONU, d’associer l’ONU aux projets de domination mondiale et ainsi de proposer une variante grotesque de la « coalition de volontaires ». Obama lui-même avait évoqué cela avec emphase dans son discours devant la Colonne de la Victoire à Berlin le 24 juillet : « Le temps est venu de jeter de nouveaux ponts sur le monde entier, aussi forts que ceux qui nous liaient jusqu’à présent au-delà de l’Atlantique. Le temps est venu de nous unir grâce à une coopération continue, à des institutions fortes, à des sacrifices communs et à un engagement global pour le progrès afin de maîtriser les défis du XXIe siècle. »

Il apparaît toutefois clairement qu’il s’agit, en fait, de maintenir par tous les moyens la suprématie injuste de l’Occident, et notamment des Etats-Unis, suprématie qui court actuellement le risque de disparaître à jamais, ainsi qu’il ressort du rapport récent des Services secrets américains « Global Trends 2025 : A Transformed World » (dni)
Il suffit d’avoir lu les lignes approbatrices de l’ancien ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer dans le magazine « Focus » du 13 août dernier, à propos des intentions d’Obama : « Son discours de Berlin a été sans équivoque. » Obama a dit aux Européens : « Quand je serai au pouvoir, nous déciderons puis nous combattrons ensemble, et s’il le faut, nous mourrons ensemble. »
On trouve dans l’équipe de conseillers d’Obama des idéologues de l’« intervention humanitaire », telle Samantha Power (cf. l’analyse de Jürgen Wagner : « Obama, attention à ne pas se laisser aller à de trop grands espoirs », analyse IMI 2008/37 du 5 novembre). Le député CDU Willy Wimmer a estimé dans une lettre adressée le 17 novembre au ministre allemand des ­Affaires étrangères Steinmeier que « les gens qui entourent Obama ont l’air d’une copie des forces qui nous ont entraînés dans la guerre contre la Yougoslavie. »

Le fait que Ban Ki-Moon ait cédé aux pressions des fauteurs de guerre que sont les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France, depuis que Sarkozy est au pouvoir, confirme la crainte de tous ceux qui pensent que le secrétaire général de l’ONU est à la botte des USA.

Mais les Nations Unies n’ont pas dit leur dernier mot. Leur Charte les contraint au respect du droit international, c’est-à-dire à l’égalité de droits des nations, au droit des peuples à l’auto­détermination, à l’interdiction d’intervenir dans les affaires des autres pays et surtout à l’obligation de maintenir la paix. Les guerres d’agression et la volonté d’hégémonie sont des crimes au regard du droit international. L’OTAN s’est éloignée de ces principes, malgré ses belles paroles, depuis son concept stratégique de 1991 qui, pour la première fois, allait au-delà de la légitime défense acceptée par le droit international, et plus encore depuis ses concepts stratégiques de 1999 ainsi que les déci­sions stratégiques des Sommets de l’OTAN de 2004, 2006 et 2008. De plus, elle veut « couronner » le tout, l’année prochaine, avec un nouveau concept stratégique.

L’OTAN s’est rendue plusieurs fois coupable de crimes contre la Charte des Nations Unies et continue de le faire quotidiennement en Afghanistan, qu’elle occupe, et ailleurs dans le cadre de l’Opération liberté immuable et depuis l’invocation – jamais remise en cause – de la clause de défense collective après le 11-Septembre 2001. De ce fait, les responsables de l’OTAN devraient être traduits devant un tribunal international.

Cet accord de coopération entre l’ONU et l’OTAN est une gifle magistrale infligée à tous ceux qui croient dans le droit. Il ne doit pas être maintenu.

Il est arrivé à maintes reprises, depuis la fin de la guerre froide, que le Conseil de sécurité et le Secrétaire général des Nations Unies se laissent entraîner par les États-Unis. Ce danger s’est accru avec le président Obama. La communauté internationale ne peut pas l’accepter.

Violation de la Charte des Nations Unies

Si le texte de la déclaration commune sur la collaboration entre l’ONU et l’OTAN est authentique, il s’agit là d’un scandale car il constitue une atteinte à l’esprit et à la lettre de la Charte des Nations Unies et il outrepasse les compétences du Secrétaire général de l’ONU. L’ONU doit rester indépendante et ne pas se placer aux côtés d’une alliance militaire. Il est évident que cela constitue un affront à l’égard de la Chine et la Russie ainsi que des 118 Etats « non-alignés ».
Lorsque mon ancien supérieur Sergio Viera de Mello et d’autres collègues de l’ONU sont morts en août 2003 dans un attentat à Bagdad, j’ai expliqué dans une interview que cela était en partie dû au fait que les Irakiens voient dans l’ONU un bras impérialiste de l’OTAN.
Il faut se rappeler que l’Alliance atlantique a participé à des guerres illégales, telle celle en Irak de 2003 (qui violait l’article 2-4 de la Charte, comme le Secrétaire général de ­l’époque, Kofi Annan, l’avait fait remarquer à plusieurs reprises). En outre, l’OTAN a commis des crimes de guerre dans les Balkans, en Irak et en Afghanistan et l’on peut considérer l’utilisation ­d’armes à l’uranium appauvri comme un crime contre l’humanité.
L’Assemblée générale doit de toute urgence examiner la légalité de cette déclaration ONU/OTAN.

Alfred de Zayas, docteur en droit, fonctionnaire de l’ONU à la retraite et ancien secrétaire de la Commission des droits de l’homme

Déclaration commune sur la collaboration des Secrétariats des Nations Unies et de l’OTAN

Le Secrétaire général des Nations Unies et le Secrétaire général de l’Organi­sation du Traité de l’Atlantique nord, saluant une décennie de coopération entre l’ONU et l’OTAN en soutien aux efforts des Nations Unies pour maintenir la paix et la sécurité internationales, et désireux, dans l’esprit des Résultats du Sommet mondial de 2005, de créer un cadre pour la consultation et la coopération entre les deux Secrétariats, sont tombés d’accord sur les points suivants :

1 - Nous, Secrétaire général des Nations Unies et Secrétaire général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord, réaffirmons notre engagement à maintenir la paix et la sécurité internationales.

2 - Nos expériences partagées ont prouvé la valeur d’une coopération efficace entre nos deux organisations. Nous avons développé une coopération opérationnelle, par exemple en ce qui concerne le maintien de la paix dans les Balkans et en Afghanistan où les opérations conduites par l’OTAN et autorisées par l’ONU se déroulent parallèlement aux opérations de paix de l’ONU.
Nous avons également travaillé collectivement avec d’autres parte­naires pour soutenir des organisations régionales et subrégionales. De plus, l’OTAN a fourni du matériel et du personnel au Pakistan dans le cadre des opérations de secours de l’ONU lors de la catastrophe de 2005. Notre co­opération est guidée par la Charte des Nations Unies, les principes et les directives humanitaires reconnus au plan international et la consultation des autorités nationales.

3 - La coopération future contribuera de manière significative à faire face aux menaces et aux défis auxquels la communauté internationale est appelée à répondre. Par conséquent il est important, nous le soulignons, de créer un cadre pour la consultation, le dia­logue et la coopération comprenant des échanges réguliers et un dialogue – en fonction des situations et aux niveaux du commandement comme de l’exécution – sur des questions politiques et opérationnelles. Nous réaffirmons également notre volonté de fournir, dans le cadre de nos mandats et capacités respectifs, une assistance aux organisations régionales et subrégionales, en fonction des demandes et des situations.

4 - Conscients que ce cadre doit être ­souple et évolutif, nous sommes d’accord pour continuer à développer la coopération entre nos organisations sur des questions d’intérêt commun, notamment dans la communication et l’échange d’informations, y compris sur des questions concernant la protection des populations civiles, le développement des capacités, l’entraînement et les exercices, les études bilans, la planification et le soutien de plans d’urgence, la coordination et le soutien opérationnels.

5 - Notre coopération continuera à se développer de manière pragmatique en tenant compte des mandats spéci­fiques, des compétences, des procé­dures et des capacités spécifiques de chaque organisation afin de contribuer à améliorer la coordination internationale en réponse aux défis globaux.

New York, 23 septembre 2008
Jaap de Hoop Scheffer
Secrétaire général de l’OTAN
Ban-Ki-Moon
Secrétaire général des Nations Unies

Source : Geheimabkommen zwischen Uno und Nato kann nicht im Sinne der Weltgemeinschaft sein et Horizons et débats N°48

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Brèves

Sans papiers

mardi 3 juillet 2007

Selon le quotidien O Globo, les autorités brésiliennes ont infligé une amende à la compagnie Alitalia pour avoir transporté deux voyageurs sans papiers, arrivés à Sao Paolo le 9 mai dernier.

Le premier, connu sous le nom de Benoît XVI, s’appelle Joseph Ratzinger.
Le second, Tarcisio Bertone, est secrétaire d’Etat du Vatican.
Ni l’un ni l’autre n’avait songé à emporter son passeport.
O Globo ne précise pas si les deux clients d’Alitalia avaient subi le contrôle de sécurité au départ de Rome.

Les photos montrent pourtant, très distinctement, un objet métallique assez volumineux, en forme de croix, sur la poitrine de l’un et de l’autre.
Il serait étonnant qu’à leur passage le portique n’ait pas sonné.
A-t-on procédé alors à une fouille manuelle ?
Les longues robes des deux voyageurs - blanche pour le premier, noire avec une ceinture rouge pour le deuxième - devaient bien cacher quelque livre subversif.

Peut-être même le plus subversif de tous : celui qui invite à aimer ses ennemis, tendre l’autre joue et accueillir l’étranger, même sans papiers.

Transmis par Linsay

rougemidi.org

Martin Hirsch a des absences...

mercredi 27 juin 2007

Reçu de Daniel Deriot

Mercredi après midi, près d’une centaine de familles de mal logés de PARIS ont envahi un amphithéatre du Conservatoire National des Arts et Métiers,ou se déroulait un colloque intitulé "travailleurs pauvres et action sociale : nouvelle question sociale ? de l’impensé vers l’action..."Le Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, M.Martin HIRSCH aurait dû conclure cette rencontre, mais il ne s’est pas déplacé.

Alors que se terminait le quatrième mini forum de ce colloque organisé par l’École Supérieure de travail Social de PARIS, près d’une centaine de familles ont envahi un amphithéatre du C.N.AM (Paris 3éme) et ont déployé une banderole sur laquelle l’on pouvait lire "Mal logés en colère, non aux expulsions ". Les manifestants souhaitaient attirer l’attention de M.HIRSCH qui n’est autre que l’ancien président d’EMMAUS FRANCE sur les conditions de logement que rencontrent un nombre croissant d’habitants de l’Ile de France.

Le tout nouveau haut Commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté ne s’est pas déplacé, il devait conclure ce colloque de deux jours qui a regroupé des étudiants, des chercheurs et acteurs de l’action sociale autour des thèmes de la nouvelle pauvreté, de la valeur travail et de la construction du lien social... Les participants ont néanmoins mis à profit la fin de ces deux jours pour nouer des liens avec les familles en difficultés qui entendaient faire droit à leurs revendications avec une certaine détermination.