Un minimum de service

lundi 6 août 2007
par  matthieu
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La mise en place du service minimum dans les transports, ainsi que les mesures annexes, et les débats qui entourent cette nouvelle attaque du droit social, montre à quel point le gouvernement Sarkozy n’a plus peur de rien.

Pour le gouvernement, il est nécessaire de mettre en place ces nouvelles mesures car, lors des jours de grève, les usagers sont « pris en otage » (expression indécente) et les trains passent de manière aléatoire.

La vérité, c’est que 2,3 % des perturbations de trafic SNCF en 2006 sont dues à des mouvements sociaux (le reste sont des dysfonctionnements relevants de problèmes techniques, de manque de personnels, de matériels défaillants, d’insécurité...ces problèmes sont d’ailleurs la cause de nombreuses revendications du personnel, générant des heures de grève !) et que, autre exemple, la SNCF a déjà mis en place des informations très précises lors des jours de grève (dans les gares, dans les journaux, sur internet) donnant les horaires des trains qui circulent. On peut donc s’interroger sur l’urgence d’un passage devant le parlement puisque visiblement le service minimum existe déjà ! La lecture des principales mesures de cette loi permet de mieux comprendre : il s’agit ni plus ni moins que le prologue explicite à la remise en cause générale du droit de grève. Il s’agit d’une loi inefficace, inutile (jamais le nombre de jours de grèves n’a été aussi bas !) et idéologique.

La loi prévoit un accord-cadre de prévention des conflits. Cet accord existe déjà à la SNCF et à la RATP. Sans véritable dialogue social, cet accord sert uniquement les intérêts du patron communiquant sur le manque d’ouverture des syndicats (en effet, ces derniers maintiennent leur préavis alors que le gentil patron les a écouté, oui, oui).

La loi prévoit par ailleurs une restriction du préavis de grève : un nouveau préavis ne peut être déposé par la même organisation syndicale et pour les mêmes motifs avant l’échéance du préavis en cours et avant la mise en action de l’accord-cadre sur la prévention des conflits.

Sachant qu’il faut quelques jours pour que le préavis soit validé (le nombre de jours de préavis peut désormais aller jusqu’à 16 jours !), cette mesure consiste à casser les conflits longs qui sont les conflits les plus important pour l’avancée du droit social et à enlever toute spontanéité aux mouvements sociaux.

Les salariés devront déclarer 48 h à l’avance leur intention de participer ou non à la grève. Ils ne pourront pas changer d’avis sous peine de sanctions disciplinaires. Au bout du compte, seuls les militants et les salariés bien informés feront grève : chacun sait qu’une grève se construit le jour même, par des discussions et des échanges avec les salariés. Une grande partie des grévistes se décident le jour même ! D’ailleurs, les patrons ne reçoivent souvent les syndicats qu’au moment du départ de la grève pour négocier, préférant attendre de connaître le taux de grévistes…
Avec cette mesure, le gouvernement entend casser la dynamique des actions sociales.

Au-delà de 8 jours, un vote à bulletins secrets sera mis en place pour décider de la poursuite ou de l’arrêt du mouvement. C’est une remise en cause du droit individuel de se mettre en grève (des salariés non-grévistes pourraient imposer à des salariés grévistes de stopper la grève !) et un moyen de semer la zizanie (chacun sait qu’une grève est un phénomène complexe, entre ceux qui font grève tout le temps, ceux qui font grève un peu, ceux qui ne font pas grève pour des raisons diverses mais qui soutiennent…). C’est tout simplement une mesure anti-démocratique. Pour rappel, des votes existent déjà, mais au sein des grévistes ( e sont eux qui ont construit le mouvement et perdent de l’argent !), pour décider ou non de la poursuite de leurs propres mouvements.

Le gouvernement tient à affirmer le non-paiement des jours de grèves, le président Sarkozy ayant insisté sur ce point lors d’une intervention à la télévision. Il s’agit là d’une mesure de propagande cherchant à laisser entendre que les jours de grèves sont payés ! Demandez un peu aux grévistes : la seule « générosité » du patron est éventuellement l’étalement des retraits sur salaire, certains grévistes ne survivant qu’avec la solidarité d’autres salariés du même secteur professionnel ou d’autres secteurs.

Le gouvernement entend étendre ces mesures aux transports aériens et a lancé l’idée d’une extension dans l’Education Nationale.
Concernant l’Education Nationale, il faut tout de même rappeler que les collèges et lycées ont déjà une obligation d’accueil, cette mesure de garderie (appelons un chat un chat) ne concernerait donc que les écoles primaires. L’ensemble des remarques précédentes s’applique à l’Education Nationale.
Au fait, cher Nicolas, il faut faire vite : je pense que l’Education Nationale va connaître un conflit majeur cette année, avec l’annonce par le gouvernement Sarkozy de la mise en route d’une modification importante du statut des enseignants, en favorisant les heures supplémentaires et en supprimant 17 000 postes… Moi qui suis souvent dans les grèves, je vais perdre beaucoup d’argent (environ 60 par jour de grève) ! (petite remarque : les enseignants perdent 1/30 de leur salaire à chaque jour de grève, qu’ils travaillent 1 h ou 10 h dans la journée… le gouvernement s’est même permis de faire des retraits sur salaire des jours ou des enseignants ne travaillaient pas ! [1] ).

Avec cette loi sur le service minimum, c’est bien globalement le droit de grève de tous les travailleurs que le gouvernement attaque, en commençant comme d’habitude par les salariés des services publics, des transports d’abord, et maintenant de l’Éducation. La stratégie, nous la connaissons : les salariés des services publics sont des égoïstes et des privilégiés, l’étape suivante étant l’attaque contre l’ensemble du droit social. En attaquant les cheminots et les profs, le gouvernement s’en prend aux les salariés qui ont menés les grands mouvements sociaux de ces dernières années. Il tente ainsi de désarmer les résistances dans l’optique de réformes libérales majeures...

[1] Professeur Cosinus fait une heure le lundi matin, 4 heures le mardi, 5 heures le mercredi et 8 heures le jeudi (cela fait 18 heures : je rappelle que le temps de travail des enseignants comporte aussi la préparation des cours et les corrections… dans leur statut, les enseignants n’ont pas bénéficié de la réduction du temps de travail au 35 h…). Il ne travaille pas le vendredi, c’est son jour de repos, son lycée est fermé le week-end. Il fait grève jeudi et lundi… le rectorat lui enlève 3/30 sur son salaire, le comptant donc gréviste le vendredi, jour de repos. Histoire véridique.


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