Ils vont finir par nous faire détester le rugby ? L’actualité regorge de détails trop désolants à répéter sans pouvoir agir.
Cette période fait irrésistiblement songer au diagnostic de la comtesse et journaliste américaine Rosie Goldschmidt-Graefenberg-Ullstein, de son nom de plume Rosie Waldeck, qui se trouvait à Bucarest quand survint l’inconcevable : L’écroulement en quelque jours seulement de la Grande nation, de l’armée réputée alors la meilleure du monde, de la « nation par excellence » et patrie des Droits de l’Homme, envahie et avilie brutalement au printemps 1940 :
« La chute de la France marqua l’apogée d’une période de vingt ans au cours desquels la démocratie manqua aux promesses qu’elle avait faites de s’attaquer à la question du chômage, de l’inflation, des déflations, des conflits sociaux, de l’égoïsme des partis, que sais-je encore… L’Europe, fatiguée d’elle même, et doutant des principes qui l’avait fait exister, se sentait presque soulagée maintenant que tout était réglé, non qu’elle fut satisfaite, mais parce qu’elle était, en quelque sorte, dégagée de toute responsabilité. »
On a l’impression que la situation est revenue aujourd’hui presque au même point, même s’il faut ajouter au constat particulier de l’égoïsme des partis, l’égoïsme actuel des appareils syndicaux et associatifs.
(Citation de Rosie Waldeck, « Athene Palace », Robert M. Mcbride and Co, 1942, p. 124, citée par Geert Mak, « Voyage d’un européen à travers le XXe siècle », traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, Gallimard, 2007.)

Par Delfeil de Ton
C’était sa dernière idée de gauche. Ça y est, Kouchner est guéri. "J’ai voulu un secrétariat d’État aux droits de l’homme", dit-il, "eh bien, j’ai eu tort. Ce n’est pas compatible avec mon travail de ministre des Affaires étrangères" : « Il y a une contradiction permanente entre les droits de l’homme et la politique étrangère d’un État. »
Magnifique, le gars Kouchner. La seule chose qui le gêne, dans ce gouvernement auquel il appartient, c’est pas la régression des droits sociaux, le travail le dimanche, la criminalisation des enfants, les fous qu’il faut enfermer à triple tour, c’est les droits de l’homme !
La seule « contradiction » qu’il éprouve, c’est le secrétariat d’État aux droits de l’homme. Parce que c’est vrai, quoi, merde, comment voulez-vous avoir une politique avec ces foutus droits de l’homme ? Faut un peu de sérieux, quand même. Et pour être sérieux, là, en disant ça, il est sérieux, le Kouchner.
Une guérison pareille, pour être annoncée, méritait une grande circonstance. Bernard Kouchner a choisi le soixantième anniversaire de, justement, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme . Déclaration signée le 10 décembre 1948, à Paris, tiens, le monde sortait d’Hitler, les droits de l’homme, alors, ça paraissait une bonne idée pour les relations internationales.
Cinquante-huit pays s’y étaient mis, c’était le bon temps, on n’entendait pas les Kouchner. Ils fermaient encore leur gueule. Ta gueule Kouchner !
Kouschner avait déjà eu le même genre de discours en Juillet 2008 (à écouter à 12:15) http://www.dailymotion.com/video/x67gr3_bkouchner-ministre-affaires-etrange_news
Je cite : « J’écoute toujours et je reçois toujours les militants des droits de l’homme, mais c’est pas ça, pas seulement ça - il faudrait être un tout petit peu naïf ! - qui dicte la politique de la France, (...), on prend une décision, on essaye de la prendre au plus près des droits de l’homme (...) il y a aussi, les possiblités de la France, l’économie, le chômage, la délocalisation... »
En écoutant ce discours, je me suis demandé si les Droits de l’homme n’ont pas été, depuis toujours, un simple prétexte – et rien d’autre ! - pour valoriser le système marchand ?
Si j’ai bien entendu, pour Kouschner, il serait normal que l’économie passe avant les Droits de l’Homme et que la peur du chômage et des délocalisations soit plus forte que la peur du non respect des Droits de l’homme.
Autrement dit, l’idéologie libérale a fait un tel chemin, que nous voilà, aujourd’hui, entourés par une Droite décomplexée et sous une pluie battante de parachutes dorés, ..., alors les Droits de l’homme au milieu ? Mais pour quoi faire ? Puisque l’économie est plus importante que tout ! ? Puisque le système fonctionne très bien avec cette peur du chômage et des délocalisations !?
Kouschner a juste pris l’habitude d’obéir au système marchand et s’est enivré de l’idéologie libérale à tel point qu’il en a perdu toutes valeurs socialistes – en a-t-il eu ? - et celles sur les Droits de l’homme, qu’il considère comme de la « naïveté » !
Mais combien de citoyens acceptent de même cette idée que l’économie et la mondialisation, sous prétexte de « guerre économique », doivent passer avant tout autre chose : écologie, valeurs sociales et même les Droits de l’homme ? Et combien de gens ne se sentent pas concernés par ce qui se passe (sans-papiers, pauvreté, prisons, écologie ...) et ne réalisent pas la décadence d’un système de plus en plus éclatante avec la crise ?