L’art de la fugue

mardi 15 août 2006
par  Michel Berthelot
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Il a peut-être écrit plus de notes sur le papier qu’il n’y a d’étoiles au ciel... Mais existe-t-il quelqu’un qui pourrait en limiter le nombre ?!...

De quelle manière pourrait-on plus musicalement et plus esthétiquement décrire la passion créatrice de Jean-Sébastien Bach : " Parfois le monde entier lui apparaissait en forme de fugue : la façade d’un immeuble qu’un autre imite et multiplie dans la perspective de la rue ; le sujet d’un écho de la fanfare, la réponse d’un carillon, le stretto du vent dans les feuillages ; le pas des chevaux et le rythme des roues en voiture ; la conversation dont les thèmes vont, viennent, reviennent et se mêlent ; les couleurs des vitraux tournant selon l’heure dans les églises, la spirale des coquilles et celle des escaliers, les arêtes des cristaux, les rides de la neige ou du sable lorsqu’il vente, les feuilles décharnées, la ramification des troncs... Il s’intéressait moins à la matérialité des objets et des faits qu’à leur formule ou à leur signe : la réalité offre-t-elle rien d’aussi parfait que la musique, qui rend sonore l’ordre de l’univers ?..."

Armand Farrachi, nous ensorcelle une fois encore par l’alchimie des mots et nous livre en cet opus une vie de musicien telle que sa mémoire la restitue, telle que son imagination la recrée, telle que sa passion l’anime... C’est un récit subjectif de sa propre perception de l’immense musicien que fut Jean-Sébastien Bach... Il nous le décrit selon ses critères romanesques avec plus de véracité et plus d’émotion que l’objectivité ne pourrait nous en offrir, nous en procurer, nous en transmettre... Nous sommes à mille lieues de la biographie traditionnelle... Nous sommes ici à la fois dans le charnel et dans l’infini de l’art... Dans le substantiel et dans le subliminal... L’un et l’autre : l’auteur et son héros secret, le peintre et son modèle, le musicien et son instrument... Le biographe et ses sensations... Entre eux, un lien intime et fort... Entre le portrait d’un autre et l’autoportrait, où placer la frontière ?... Comment définir la vérité de chacun ?...

Bach pouvait songer aux choses sans matière, aux lignes, aux rébus, aux figures géométriques, aux blasons, aux monogrammes, autant ou plus qu’aux mots et aux images... Il montrait un goût prononcé pour les chiffres et pour les rapports qu’ils entretiennent entre eux comme avec les notes... Semblable en cela à Pythagore, pour qui tout est nombre et qui avait autrefois établi des liens entre les mouvements supposés des astres et les sons des instruments humains ou ils trouvaient un sens... Ou encore à Platon qui voulait qu’on enseignât la musique avec la science des nombres... Ils avaient en commun le sens inné de l’harmonie et de la quantité... C’est-à-dire l’appréhension, la compréhension et la sensation de l’univers... Ils étaient au diapason de la concordance, de l’accord et du concert des choses...

Les uns et les autres : aussi bien ceux qui ont occupé avec éclat le devant de la scène que ceux qui ne sont présents que sur notre scène intérieure, personnes ou lieux, visages oubliés, noms effacés, profils perdus, Armand Farrachi sait les convoquer et les raviver, les ranimer, les faire revenir à nous de leur évanouissement dans le temps et l’espace et en réveiller la présence talentueuse et exaltante pour adoucir de ce siècle à peine naissant la barbarie déjà éclose...

"Bach, dernière fugue" de Armand Farrachi aux éditions Gallimard, dans la collection "l’un et l’autre"... Faites-vous une échappée belle et fuguez de plaisir en vous le procurant... s’il n’est pas déjà épuisé...

Michel Berthelot le 15 août 06


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