Un vent nouveau commence à souffler (2/2)

 2007
par  El Houssine
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En ce qui concerne la question palestinienne, le rapport du Groupe d’études sur l’Irak(GEI) l’a si bien dit en établissant un lien entre la situation en Irak et le conflit israélo – palestinien en particulier et le conflit israélo – arabe en général. Ce qui augure d’un changement de vision relativement à la question palestinienne. Il faut dire qu’à ce niveau les chances d’un réel ajustement de la politique américaine paraissent minimes à cause des pressions exercées par les lobbys sionistes sur les partis républicain et démocrate. Néanmoins, il n’en demeure pas moins que plusieurs personnalités, et non des moindres à l’intérieur des Etats Unis, commencent à mettre en question le « mariage catholique » entre l’administration américaine et l’état sioniste.

Ce qui a le mérite d’outrepasser certains « tabous » que les lobbys sionistes consacrèrent à force d’intimidation et de peur surtout que certaines personnalités telles que Carter, ancien président des Etats-Unis, qui accuse ouvertement Israél d’apartheid de la sorte : "je pense même que la situation est pire, dans bien des cas, que l’apartheid en Afrique du Sud"(1) et qui déclare clairement que "l’espoir est que mon livre stimulera au moins un débat, qui n’existe pas dans ce pays. Il n’y a jamais eu aucun débat, un tant soit peu significatif, sur cette question"(2). Les « lapsus » linguistiques d’Olmert, reconnaissant l’existence d’armes nucléaires, contribuent à exiger de la communauté internationale qu’elle assume ses responsabilités en matière de respect des lois internationales et qu’elle mette en branle les procédures adéquates au sujet du nucléaire israélien. Ces critiques, émanant de citoyens américains, et ces aveux du premier ministre sioniste témoignent du fait que le dossier de l’état sioniste est en état d’être ouvert puisqu’un début de fissuration au niveau de l’unanimité « occidentale » pointe à l’horizon. Certains autres indicateurs annoncent l’existence de brèches pour ce qui est du « blocus » financier de l’autorité et du gouvernement palestiniens. La récente visite du premier ministre palestinien, à certains états arabes et à l’Iran, a permis la levée partielle de ce blocus imposé à tous les gouvernants par les Etats-Unis. De telles éclaircies sont les résultantes de l’enlisement de l’administration Bush en Irak et de l’échec de l’état sioniste au Liban. L’affaiblissement du gang Bush, sur les terrains d’opération en Afghanistan et en Irak, s’accompagne d’une tendance à plus d’indépendance du giron américain.

Cet élargissement des marges de manœuvre des pays naguère alliés inconditionnels se matérialise par la rupture plus ou moins nette du soutien aux efforts guerriers de l’administration américaine. Ce constat s’applique aussi bien à l’Espagne et à l’Italie en Irak qu’à la France en Afghanistan. Il faut s’attendre à ce que l’isolement du gang bush s’intensifie à la suite de la reprise et de l’amplification des actions militaires des résistances en Irak et en Afghanistan. Ce qui va se traduire par un retrait progressif des armées des pays « alliés » à cause de l’intensification de ces actions et des dangers auxquels sont confrontées ces troupes armées. Sur un autre plan, on assiste à un regain de dynamisme dans le sens d’une reprise des voies diplomatiques que l’administration Bush considère comme un signe de faiblesse et qu’elle est contrainte à emprunter qu’il s’agisse du dossier iranien ou du dossier nord coréen. A propos de ce dernier dossier, d’aucuns se pressent même de dire que le gang Bush est « hors jeu » puisque ce dossier est confié aux soins de la Chine populaire. Quant à la question palestinienne, l’initiative hispano – franco – italienne, aussi timide soit – elle, s’inscrit également dans l’optique d’un repositionnement vis-à-vis de l’option américaine totalement favorable à l’état sioniste. Dans cette même région du Moyen Orient, d’autres acteurs, comme la Russie, l’Allemagne, les sénateurs démocrates et même républicains, … entrent en ligne pour annoncer leurs préférences à l’instauration du dialogue avec la Syrie, l’Iran, … Ce qui ne vas pas sans inquiéter l’administration Bush qui campe, formellement, sur ses positions agressives alors que sa politique subit de plus en plus de revers partout dans le monde.

Dans ce cadre, c’est en Amérique Latine que l’administration américaine perd de plus en plus de terrain. Le virage à gauche des nations latino – américaines se poursuit et se consolide davantage. La réélection de Chavez et de Lula et l’élection de Daniel Ortega, … annoncent que l’ancienne « chasse gardée » des Etats-Unis est en train de leur fausser compagnie et qu’elle aspire, graduellement, à plus d’indépendance par rapport aux gouvernants américains qui ont échoué, par ailleurs, dans leurs tentatives malsaines de faire élire les candidats pro – Bush. Même si la gauche n’est pas parvenue à mettre en échec de tels complots dans le cas du Mexique, l’Amérique Latine constitue cette région du monde qui fait renaître l’espoir en une émancipation des peuples du joug des capitalistes sauvages et des faucons dominant le pouvoir aux Etats-Unis.

Dans un sillage identique, certaines initiatives peuvent paraître sans grande importance au vu des alliances actuelles avec l’administration Bush. Elles préjugent, quand même, d’un début d’éloignement et de consécration de la souveraineté jusqu’ici partagée et encore soumise aux contraintes de la deuxième guère mondiale. C’est ce qui se passe au Japon qui, sous l’impulsion du nouveau premier ministre par ailleurs un faucon de la droite japonaise et un ultranationaliste, « s’est doté vendredi 15 décembre d’un véritable ministère de la Défense pour la première fois depuis sa défaite à la fin de la Seconde Guerre mondiale … Cette initiative est largement symbolique puisque l’actuelle "Agence de Défense", qui faisait jusqu’à présent office de ministère, était déjà pourvue de puissants moyens. Mais au delà du changement de nom se manifeste la volonté de Tokyo de "normaliser" sa politique de défense et d’accroître son rôle sur la scène internationale après plus de soixante ans de défense du pacifisme. Le rétablissement d’un ministère de la Défense est d’ailleurs accompagné d’un autre texte qui fait des opérations à l’étranger une des missions prioritaires des Forces d’autodéfense (FAD : nom officiel de l’armée japonaise) »(3).

Ce geste reste tributaire de ce que stipule « l’article 9 de cette Constitution, imposée par l’occupant américain, spécifie que le Japon "renonce pour toujours à faire la guerre", et n’a donc pas besoin d’entretenir une armée combattante … Le Premier ministre Shinzo Abe, un nationaliste, s’est engagé à terme à réviser la Constitution afin d’accroître les prérogatives des soldats japonais »(4). Ce « sursaut » peut donner libre cours à bien des réflexions et, peut être même, à des inquiétudes de la part des pays voisins en particulier parce que « dans la foulée, le Sénat a également adopté une importante réforme de l’Education, qui instaure notamment l’enseignement du patriotisme dans les écoles, initiative controversée dans un pays où le sujet reste tabou depuis 1945. Le nouveau texte, adopté le 16 novembre par la Chambre des députés, révise la loi-cadre sur l’Education promulguée pendant l’occupation américaine (1945-52). Le patriotisme y est défini comme "une attitude de respect de la tradition et de la culture, d’amour pour la nation et la terre qui nous a élevés, et qui contribue à la paix et eu développement international". Cette révision divise l’opinion et est très critiquée par les organisations de gauche, tel le Syndicat des enseignants du Japon, qui considèrent que l’enseignement du patriotisme rappelle le Japon militariste du siècle dernier »(5). Toujours est - il que le rétablissement du ministère de la défense va renforcer le rôle politique du Japon sur l’arène mondiale alors que l’adoption de la réforme de l’éducation va faire courir le risque d’un « endoctrinement » patriotique rappelant des souvenirs des guerres japonaises contre ces nations. Outre l’exemple japonais, l’Asie offre l’image d’un continent dans lequel des puissances émergentes telles la Chine, l’Inde, … sont appelées à concurrencer l’hégémonie étatsunienne et à s’imposer comme les seuls interlocuteurs crédibles et, éventuellement, les « protecteurs » de nombreux pays qui ont tissé, déjà, des réseaux de relations économiques conviées à se raffermir. Ces évolutions, conjuguées aux pactes régionaux en place, entament directement la puissance américaine qui se voit obligée de perdre des positions dans cette partie du monde.

En résumé, il s’avère bien clair que l’administration Bush est cernée de toutes parts et qu’elle est la cible de pressions venant de plusieurs horizons. Ce qui lui reste comme temps n’œuvre pas à son avantage puisqu’elle ne jouit que de l’année 2007 pour essayer de colmater les brèches de l’échec de sa stratégie agressive étant donné que l’année 2008 est l’année des élections présidentielles. Ceci montre que les marges de manoeuvre du gang Bush apparaissent, objectivement, bien étroites comparativement à l’importance des questions irakienne, iranienne, nord coréenne, … Ce qui n’est pas pour réconforter l’administration Bush dans ses attitudes virulentes et guerrières. Ce gang sera enclin à utiliser les voies diplomatiques, cette arme des faibles selon leurs dires, en prenant, de temps à autre, des tons sévères pour passer aux yeux de l’opinion publique mondiale pour des faucons attachés à leur stratégie basée sur la force pour « vaincre » le monde alors qu’en fait, selon les affirmations de Bush, l’administration américaine « n’a pas vaincu et n’est pas vaincue » en Irak … Il est probable que ce gang échouera à « garder ce cap » pour subir des défaites honteuses semblables à celle du Vietnam.

Notes :
1 – Jimmy Carter accuse Israël d’"apartheid", tempsreel.nouvelobs.com], 11/12/2006.
2 – Jimmy Carter : la politique d’Apartheid d’Israël est pire que celle de l’Afrique du Sud, questionscritiques.free.fr, 11/12/2006.
3 – Le Japon se dote d’un ministère de la Défense, nouvelobs.com, 15/12/2006.
4 – Idem.
5 – Le Japon se dote d’un ministère de la défense, La Tribune.fr, 17/12/06.


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