Le fantôme de Canaan

samedi 28 février 2009
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Par Jacques Julliard

Un livre fait voler en éclats la légende d’un peuple juif unique qui aurait traversé l’histoire

Le nationalisme n’est pas dû à l’existence des nations ; ce sont les nations qui sont le produit du nationalisme. Cette évidence en forme de paradoxe, due à des théoriciens comme Benedict Anderson et Ernest Gellner, pourrait servir d’épigraphe au livre puissant, dérangeant et, pour le dire en un mot, fondamental de l’historien israélien Shlomo Sand. L’invention du peuple juif par les doctrinaires du sionisme [1] n’est pas seulement un passionnant sujet d’histoire intellectuelle, c’est une question d’une actualité brûlante car elle a une incidence directe sur l’avenir d’Israël et de la Palestine.

Dans l’invention de cette communauté imaginaire qu’est le peuple, il est clair que les professeurs, historiens, philologues, folkloristes jouent un rôle essentiel pour doter cette entité d’un passé, d’une continuité, d’une littérature, en un mot d’une identité qui la délimite dans le temps et dans l’espace. Anne-Marie Thiesse [2] l’avait bien montré pour la plupart des nations européennes à l’époque contemporaine, notamment dans le cadre du « printemps des peuples » de 1848. Sans prétendre ajouter à ce qui a déjà été écrit - et qui est d’accès souvent difficile, en France mais aussi en Israël -, Shlomo Sand se fait à son tour l’historien de ces historiens-architectes du peuple juif.

Au commencement, Dieu créa le peuple. Analysant l’oeuvre des premiers historiens du peuple juif, notamment Heinrich Graetz, Simon Doubnov, Baron et enfin Dinur, Sand montre comment ils ont dépouillé la Bible de sa dimension proprement théologique pour en faire le premier livre historique des juifs. Tout le reste en découle. La trilogie sacrée Livre-Peuple-Terre se met en place, qui est, jusqu’à Ben Gourion lui-même et jusqu’à aujourd’hui, la justification dernière du droit des juifs sur le pays de Canaan. Et cela même si le développement de l’archéologie en Cisjordanie depuis 1967 ne confirme en rien le récit biblique sur le royaume de Salomon.

Deuxième étape de la démonstration : l’invention de l’exil. Pas plus que le premier exode - qui aurait vu les Hébreux revenir, sous la conduite de Moïse, de l’Egypte au pays de Canaan -, l’expulsion des juifs après la destruction du second Temple par Titus en 70 apr. J.-C ne peut être démontrée. Il s’agit, selon Shlomo Sand, de la reprise par les juifs d’un mythe chrétien à connotation judéophobe (la punition !). Ce qui est vrai, en revanche, c’est le caractère prosélyte du judaïsme dans le monde antique et même médiéval, qui aboutit, concurremment au christianisme et, plus tard, à l’islam, à la constitution de véritables royaumes juifs, Hasmonéens en Palestine, Himyar au Yémen, celui de la Kahina dans les Aurès, etc. Et surtout l’incroyable histoire de la conversion des Khazars, ce peuple turc dont l’empire, de la mer Noire à la Caspienne, fut bel et bien, durant plusieurs centaines d’années à partir du VIIIe siècle, dominé par le judaïsme. D’où sont originaires les juifs d’Europe centrale et orientale ? D’Allemagne occidentale ou de Khazarie ? Sans doute des deux à la fois, mais on voit bien pourquoi l’historiographie officielle n’est guère favorable à l’hypothèse khazare, qui romprait le phylum censé sous-tendre l’histoire d’un peuple juif immuable et identique à lui-même à travers tous ses avatars et ses implantations les plus variées. Car enfin, il y a encore en Israël des laboratoires « scientifiques » qui travaillent sur un ADN juif...

Le lecteur l’aura compris : ce que ce livre documenté et intrépide fait voler en éclats, c’est la légende d’un peuple juif unique, miraculeusement préservé, à la différence de tous les autres, des contaminations extérieures. D’autres comme Ernest Renan et Raymond Aron avaient formulé les mêmes interrogations sur la continuité et l’unicité du peuple juif. Il y a chez Shlomo Sand, comme naguère chez Pierre Vidal-Naquet, une exigence de vérité vis-à-vis de soi-même et de son peuple qui fait penser à Bernard Lazare. Ses conclusions, prudentes dans leur formulation, conduisent néanmoins à une seule issue : la construction d’un Israël laïque et démocratique.

hebdo.nouvelobs.com


[1« Comment le peuple juif fut inventé », Fayard, 2008

[2"La création des identités nationales. Europe XVIIIe-XXe siècle", Seuil, 1999


Commentaires

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Le fantôme de Canaan
samedi 28 février 2009 à 11h39 - par  Georges

Pourquoi cette seule solution-là ?

La seule juste et éthique solution, c’est, en un second temps, une Grande Palestine souveraine, démocratique, laïque écologiquement et économiquement viable, comme déjà durant le premier temps (de début de cicatrisation), qui accorderait la nationalité palestinienne à tous les ex-Israéliens juifs non racistes qui la voudraient.

Les autres qu’ilne faudra surtout pas violenter, eux, se jetteront tout seuls …à l’avion

Comme de toutes façons l’existence de l’entité sioniste sans constitution et sans frontières est juridiquement infondée .....

http://site.voila.fr/amoralite-natale
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/67/15/03/le-partage-de-la-palestine-du-point-de-vue-juridique.pdf

Hélas, une seule association française s’est battue sous cet angle le plus pertinent,,mais sa fondatrice est morte et depuis …..

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