Manifeste pour une alternative (1/4)

Contribution à une critique du système marchand et à l’élaboration d’une stratégie pour son dépassement
samedi 15 septembre 2007
par  Patrick Mignard
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AVANT PROPOS

L’indigence théorique, dans laquelle se débat actuellement la pensée politique, augure mal d’une
alternative rapide au système marchand en passe de parvenir à l’expression ultime de ses
contradictions. Cette phase, à la fois de sa puissance relative, et de sa décadence inéluctable, n’est
pas synonyme d’un ralentissement des dégâts sociaux et écologiques qui sont la conséquence
logique de son fonctionnement, c’est même le contraire que l’on peut constater.

L’atonie de la pensée critique, si tant est qu’elle mérite encore ce qualificatif, quoiqu’elle en
revendique le titre, se perd dans le labyrinthe des préjugés, des certitudes branlantes, des
approximations théoriques et des espoirs chimériques, systématiquement déçus Elle base sa
crédibilité, aujourd’hui, sur le monopole, de fait, d’organisations qui ne fondent leurs certitudes, que
sur la réalité électorale et médiatique de leur existence… autrement dit, sur rien de sérieux et de
déterminant.

Il est aujourd’hui un fait indubitable, et qui doit être dit, même si cela est dur et difficile à accepter pour
des millions de, ou non, militante-e-s : la Gauche est morte. Cette Gauche avec ses organisations, ses
référents théoriques, ses pratiques,… a disparu. Que les valeurs qui l’ont fondée, et qui sont
universelles et atemporelles, nous restent, c’est évident et même souhaitable. Quelle reste dans les
mémoires et les coeurs comme moment de l’Histoire, soit, mais arrêtons de vouloir vivre, et construire
l’avenir, dans ce souvenir. Maintenir la fiction, vouloir la « faire vivre », par ce qui ne peut être que des
artifices, nous condamne à errer dans des discours et des stratégies d’un autre temps dont nous
voyons aujourd’hui les effets dévastateurs dans les repositionnements, les débats et surtout dans, ce
qui est le plus grave, les luttes.

Cette fiction de la Gauche, les organisations qui la composent en ont évidemment un besoin vital.
C’est elle qui constitue leur raison d’être et leur seul moyen d’accéder au Pouvoir. Par l’affect, la
culpabilisation, le marketing politique, elles usent de tous les stratagèmes pour exister et faire vivre
cette fiction.

Cette fiction de la Gauche, le système marchand en a, lui aussi, absolument besoin ne serait ce que
pour maintenir, auprès des citoyens, l’illusion d’une possible alternance permettant de faire patienter,
de « lâcher du lest » sur quelques questions sociales, faire passer en douceur des mesures
antisociales, voire désamorcer les crises… sauvant ainsi l’essentiel du système.

Il faut aujourd’hui, de toute urgence renouveler, et disons le mot, inventer, concevoir, la problématique
à poser dans une stratégie de changement social, non pas par modernisme, ce qui serait forcément
déplacé, prétentieux et dérisoire, mais simplement parce que les vieilles problématiques n’ont jamais
fonctionné ; de cela, nous en avons désormais la preuve historique,… et ne fonctionneront plus. Il est
désormais évident et vain d’en rester à une obstination ridicule et stérile à propos de stratégies qui ont
toutes fait faillite. La remise à plat des conceptions, des concepts et des stratégies est devenu un
impératif politique catégorique.

Au stade où en sont les organisations politiques, le travail, de réflexion et d’élaboration collectif est
manifestement stérile, je n’en prendrais pour preuve que le dramatique et dérisoire « dialogue » des
collectifs unitaires en France en 2006-2007. Les prétentions, les préjugés, les ambitions, les intérêts
personnels et bureaucratiques ont transformé cette initiative, à priori fort intéressante, en un
capharnaüm d’idées décousues qui a fait que « la montagne a accouché d’une souris ».... et quelle
souris ... même pas viable !.

Ce manifeste n’a certes pas la prétention exorbitante d’être à lui seul la pierre sur laquelle se
construira le monde nouveau. Il a par contre la prétention, que d’aucuns jugeront excessive et
incongrue, de se passer des analyses, des certitudes et des projets d’organisations politiques qui, si
elles n’en ont pas moins pignon sur rue, constituent se faisant le syndic de faillite de toutes les
tentatives de changement social, pour certaines depuis presque un siècle.

Ce manifeste pose une problématique d’alternative en se fondant sur l’expérience historique des
faillites, retentissantes et encore fraîches dans les mémoires, du siècle passé et les réussites des
siècles précédents, bref en tenant compte de ce que l’on pourrait appeler les lois de l’Histoire. Il rompt
ainsi avec les analyses pseudo alternatives qui, incapables de se détacher véritablement de la
problématique marchande, ramènent en permanence les mouvements sociaux dans les ornières
creusées par les pratiques réformistes et/ou purement revendicatives, voire pour certaines
essentiellement velléitaires.

Ce manifeste est, en quelque sorte, une bouteille lancée dans la mer de nos préoccupations pour
l’avenir et de nos impuissances politiques passées et présentes ; un document qui peut, et qui
souhaite, tracer de nouvelles pistes, sinon une nouvelle piste, afin d’éclairer le chemin toujours semé
d’incertitudes et de dangers conduisant à des rapports sociaux respectueux des hommes et de la
Nature.

Ce manifeste n’est pas, il est vrai, le produit d’un travail collectif quoiqu’il soit nourri et inspiré, à la fois,
d’engagements passés, d’erreurs reconnues et analysées, des hésitations du présent, des dialogues,
échanges, parfois polémiques, des convergences et de divergences. Il n’en demeure pas moins un
document aussi intéressant, sinon plus, que les longues litanies, aux contenus d’une banalité
affligeante, et ô combien prévisibles, pour ne pas dire ultra classiques, laborieusement rédigées par
les organisations politiques et/ou leurs différentes tendances.

Le retour à l’Histoire constitue une partie importante de ce document, pas simplement par soucis de
narration, ce qui n’aurait aucun intérêt, mais parce que c’est en elle, l’Histoire, qu’est la clé de la
compréhension de ce qu’est le processus d’évolution des collectivités humaines et de ce qu’elle sera
dans le futur.

Ce manifeste n’est pas un produit fini. A chacune et chacun de s’en saisir, individuellement et/ou
collectivement. Sa finalité est de disparaître en tant qu’élément initial et originel d’une nouvelle étape
de la pensée… et céder la place à ce qui constitue, finalement, la seule chose importante, la praxis.

Qu’il remplisse cette fonction ? Seul l’avenir le dira.

Patrick Mignard, Juillet 2007


Toutes les civilisations ont cru en l’éternité de leur existence. Toutes ont disparu.

Le système marchand, à l’image de ses prédécesseurs, croit lui aussi en la « rationalité » de son
fonctionnement et en l’éternité de sa domination. Lui aussi disparaîtra pourtant dans les affres de ses
contradictions poussées à leur paroxysme.

Le discours sur sa temporalité historique et son caractère éphémère est systématiquement accusé de
nihilisme, et l’espoir en un monde nouveau, respectueux de l’Homme et de son environnement, est
immédiatement qualifié d’utopique… Qu’à cela ne tienne !

A toutes les époques, les précurseurs d’un monde nouveau ont été persécutés. Aujourd’hui celle-ci,
quand elle ne prend pas la forme de la violence et de l’élimination physique, ce qu’elle est dans de
nombreux pays, s’exprime par la réduction au silence et au mépris, au nom d’une pseudo rationalité
de lois économiques qui régissent le règne de la marchandise et d’une conception étriquée des Droits
de l’Homme. Elle est en fait l’expression de la volonté de la domination, quasiment sans partage, des
profiteurs, directs et indirects, du Capital.

Le discours de l’Alternative est, aujourd’hui, en grande partie inaudible face à la puissance
idéologique et médiatique des appareils de propagande du système marchand, et face aux difficultés
de repenser cette alternative après les désastreuses expériences du « socialisme réel » et les
politiques collaborationnismes des « Gauche ». Il faut dire aussi que ce discours est largement
entaché de considérations aberrantes issues directement des théories et prédictions qui ont toutes fait
faillite.

Pourtant, au risque de disparaître en tant qu’espèce, l’Homme, principal prédateur et destructeur de la
planète, et ce à toutes les époques de son histoire se doit, dans les plus brefs délais, d’adapter sa
forme de vie sociale aux exigences, non seulement des valeurs morales qu’il déclare universelles,
mais aussi aux exigences du respect d’un équilibre avec la Nature qu’il a cru dominer mais qui
pourrait s’avérer être son propre fossoyeur.

EXPANSION ET DÉCADENCE DU SYSTÈME MARCHAND

Le système économique et social, qui a vu le jour en Europe occidentale au 19e siècle, a jeté les
bases d’une civilisation à vocation mondiale et ce, plus par les mécanismes intrinsèques de son
fonctionnement, que par les valeurs morales sur lesquelles elle s’est fondée.

Le Capital, qui a fait modestement ses premières armes au sein même du système féodal avant de le
jeter bas, s’est développé, une fois émergé de la gangue féodale, dans des entités politicoéconomiques, les « états nations » . En l’espace d’un siècle il a, en grande partie, aboli les frontières
qu’il avait lui-même érigées et a soumis l’ensemble de la planète à ses principes. Son modèle
d’organisation sociale, puissamment épaulé par ses armes, toujours plus sophistiquées, ses capacités
d’exploitation des richesses naturelles, le tout « agrémenté » abondamment de valeurs humanistes, a
su imposer ses principes au-delà de toutes les espérances de ses idéologues.

Pourtant, dès le 19e siècle, époque du lancement de ce système, la sonnette d’alarme a été, à de
nombreuses reprises, actionnée pour prévenir, alerter et dénoncer les dérives économiques et
sociales, pas encore écologiques, que l’instauration de ce système impliquaient.

Maintes hypothèses ont été émises, maintes théories ont été élaborées, maintes stratégies ont été
envisagées, maintes actions ont été entreprises pour briser la dynamique enclenchée… jusqu’à
aujourd’hui, en vain.

Malgré, et souvent grâce, à de multiples apparemment déboires, crises économiques, sociales,
guerres, révolutions… le système marchand en est sorti toujours plus renforcé et conquérant.

L’expérience historique montre que, l’hypothèse principale de la critique, celle qui consistait à lier
l’effondrement du système marchand, dans les pays qui l’avaient originellement développé, à la
paupérisation des salariés, et à l’insurrection de ces derniers, était fausse.

Les luttes des salariés en vue de l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail (salaires,
hygiène et durée de travail, protection sociale,…), quoique difficiles et souvent sanglantes, ont été
globalement couronnées de succès. Une amélioration substantielle de la condition salariée a eu
incontestablement lieu, contredisant toutes les prévisions des « stratèges de la révolution
prolétarienne
 ». Cependant, malgré cela, et probablement grâce à cela, sans abandonner, ni leurs
privilèges, ni leurs pouvoirs, ni leurs intérêts, les maîtres du Capital et leurs serviteurs ont su, et ont
pu, préserver leur système de domination économique et politique et soumettre l’ensemble de la
planète.

Le système marchand a su, d’autre part, faire des conquêtes coloniales de l’Ancien Régime une
réserve de ressources et de richesses qui ont été largement mises à contribution pour asseoir
définitivement le règne de la marchandise, assouvir la cupidité des possédants et finalement s’acheter
la paix sociale au sein des « états nations » dominants.

Le développement local du système, dans ces mêmes « états nations », protégés par leurs frontières,
et concurrents entre eux, a suscité des conflits particulièrement meurtriers et destructeurs dont les
principales victimes ont été, une fois encore, les salariés et les autres classes sociales dominées – les
paysans en particulier. Ces conflits, s’ils ont donné sur le moment l’illusion de la faiblesse structurelle
du système, laissant espérer son effondrement imminent, se sont en fait révélés être d’extraordinaires
tremplins économiques et politiques pour une relance de sa domination, alors remise temporellement
en question.

Les conquêtes sociales, rançons d’incessantes luttes des salariés, perçues par ces derniers, à juste
titre comme des victoires, se sont, sur le long terme révélées être de puissants instruments
d’intégration et de démobilisation lorsque le système, à la fin du 20e siècle, dans sa phase active de

mondialisation marchande en est revenu, sous les contraintes économiques imposées par cette
même mondialisation, à ses principes fondamentaux de fonctionnement : rentabilisation à outrance,
précarisation des salariés,…. On assiste, dans tous les anciens pays industriels, à une remise en
question progressive, mais globale, de tout ce qui constituait les « acquis sociaux » chèrement
arrachés au Capital, par les salariés, depuis le 19e siècle : réduction des salaires, allongement de la
durée du travail et de la vie active (remise en question de l’âge de départ à la retraite), protection
sociale, services publics,… Ainsi, tout ce qui avait constitué des victoires et des conquêtes sociales
est en voie de disparition.

Toute la stratégie de conquête de réformes sociales a été, paradoxalement, à la fois, une amélioration
substantielle de la condition salariée dans les pays développés, mais aussi un formidable instrument
de démobilisation politique.

Les syndicats, difficilement imposés par les salariés, ont été l’instrument des luttes sociales de ces
derniers, et ont permis d’améliorer substantiellement leurs conditions de travail et de vie. L’opiniâtreté
des luttes sociales a pu parvenir, grâce à eux, à faire inscrire dans le droit les avantages acquis au
point que ceux-ci, le mythe de sa neutralité et de son imprescriptibilité aidant, sont très vite apparus,
trompeusement, comme des acquis définitifs. Ces succès ont conforté les syndicats dans une toute
puissance relative qui aujourd’hui montre ses limites. Certains, pour ne pas dire tous, trompés par
cette illusoire puissance, ont carrément joué le jeu du système marchand, abandonnant par là même
les analyses et stratégies radicales, bref, jouant le jeu d’une collaboration qui est aujourd’hui
particulière néfaste. La culture syndicale, initialement culture de lutte, est devenue une culture de
contestation molle, purement défensive, en vue de la préservation d’acquis sociaux dangereusement
et irrémédiablement menacés, et incapable de répondre aux multiples attaques du système portant
atteinte aux intérêts des salariés.

Le premier grand conflit, inter capitaliste du 20e siècle a donné l’illusion, à une partie du mouvement
ouvrier en pleine structuration, que le système marchand, arrivait au bout de sa logique. La théorie
fondée sur la prise du pouvoir politique par la classe ouvrière, pouvait, et devait, aux yeux des
stratèges de la Révolution Prolétarienne, assurer, dans le pays le plus fragile d’une Europe en guerre,
constituer à la fois le point de départ et le levier d’une généralisation internationale d’un modèle de
socialisme. Dans un contexte international qui lui était hostile, avec une classe ouvrière socialement
groupusculaire, la prise de pouvoir réussit et instaura un système déclaré socialiste mais qui n’avait
été nullement préparé par une structure économique alternative permettant d’assurer la pérennité d’un
système alternatif à un capitalisme qui en était, dans ce pays, à ses premiers balbutiements. Si
l’hostilité du reste du monde a été un facteur aggravant la situation de la jeune république soviétique,
elle est largement insuffisante pour expliquer la dégénérescence rapide de l’ensemble de la structure
sociale en un système totalitaire qui n’avait de socialiste que le nom.

Cette première expérience « socialiste », même dans sa phase la plus dramatique et la plus
inacceptable, loin de dissuader nombre de celles et ceux qui voulaient renverser le capitalisme, les
confortèrent dans une vision quasiment mystique et religieuse de l’existence d’un « paradis
socialiste
 »… déterminant ainsi toute une stratégie aberrante d’adhésion aux intérêts stratégiques,
diplomatiques et idéologiques d’un « état totalitaire »… Ce faisant, une telle logique brisa net l’unité
des forces progressistes et dévoya, pour des générations, la pensée politique progressiste dans les
méandres de la soumission aveugle, de l’intolérance et du sectarisme.

(À suivre...)


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Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info