Pour une relance verte

jeudi 12 mars 2009
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Cette grande liquidation d’un capitalisme financier qui avait pour moteur l’accumulation de la dette et l’inflation des actifs sera à coup sûr une épreuve douloureuse. Mais c’est aussi une chance. Car elle offre la possibilité de refonder la croissance et le modèle de développement, en s’attaquant à cette autre crise bien plus grave qui menace : le réchauffement climatique. Encore faut-il que les centaines de milliards engagés par les États dans le monde entier ne soient pas «  brûlés » uniquement pour éponger les pertes de créances douteuses - ce qui revient à subventionner les fautifs et les spéculateurs - mais investis utilement dans les technologies vertes et la décarbonation de nos sociétés. Stiglitz et Stern plaident pour une croissance verte et réclament l’instauration d’un prix sur les émissions de carbone. Tous deux estiment que la nouvelle administration Obama porte une responsabilité importante : mettre fin au blocage américain sur la lutte contre le réchauffement et impulser un accord mondial en la matière au prochain sommet de Copenhague.

Par Joseph Stiglitz et Nicholas Stern, for the Financial Times

Nous sommes confrontés à deux crises : une profonde crise financière mondiale, provoquée par une mauvaise gestion du risque dans le secteur financier, et une crise climatique encore plus grave dont les conséquences, si elles peuvent sembler plus lointaines, seront déterminées par les mesures que nous prenons aujourd’hui.

Le risque posé par le changement climatique est à la fois très différent et de bien plus grande ampleur, tout comme le seraient ces conséquences si nous ne le gérions pas correctement ou tentions de l’ignorer. Les États-Unis disposent quant à eux d’une fenêtre d’opportunité pour agir sur la crise financière et dans le même temps, jeter les bases d’une nouvelle période de croissance fondée sur les technologies qui permettront l’avènement d’une économie sobre en carbone.

Le président Barack Obama, lors de son discours au Congrès sur le budget la semaine dernière, a expliqué que nous devions répondre à ces deux défis et a décrit les bases d’une approche globale. Le leadership des États-Unis pourrait donner le jour à une action résolue de l’ensemble du monde, rendant possible de parvenir à un accord qui soit à la hauteur des risques encourus lors de la conférence de l’ONU sur les changements climatiques qui se tiendra à Copenhague en décembre.

Nous sortirons finalement de cette crise financière, bien que des erreurs de pilotage puissent influer sur sa gravité et sa durée. Mais concernant les risques de la crise climatique, de telles erreurs pourraient être irréversibles. Comme Joseph Stiglitz l’écrit dans son ouvrage « Making Globalization Work », si nous disposions d’un millier de planètes, nous pourrions poursuivre cette expérience téméraire dans laquelle nous sommes engagés, et en changer si se produisait la catastrophe vraisemblable. Malheureusement, nous ce luxe n’est pas le nôtre : nous n’avons qu’une seule planète.

La crise financière est née de la bulle du marché immobilier et a été précédée par la bulle internet. Nous ne pouvons pas les remplacer par une nouvelle bulle. Les investissements nécessaires pour convertir notre société à une économie sobre en carbone - des investissements qui peuvent changer la façon dont nous vivons et travaillons - pourraient fournir le moteur de la croissance pour les deux ou trois prochaines décennies. Il garantiraient que la croissance et les améliorations induites de niveau de vie soient durables. La voie que nous avons emprunté jusqu’alors ne l’est pas.

La crise économique laissera les États-Unis et les autres économies très affaiblies, et il sera impératif d’accroître leur efficacité. Un domaine dans lequel il existe de nombreuses possibilités d’amélioration est celui de l’efficacité énergétique des entreprises, des consommateurs et des administrations.

Selon une étude récente de l’Institut Peterson, 10 milliards de dollars (7,9 milliards d’euros) d’investissements aux États-Unis dans l’isolement des habitations et des locaux administratifs de lÉtat fédéral pourraient créer et maintenir jusqu’à 100 000 emplois entre 2009 et 2011, tout en économisant de 1 400 à 3 100 milliards de dollars par an entre 2012 et 2020.

Ce type d’investissement, comme ceux dans les technologies vertes et l’infrastructure, permettrait non seulement de provoquer une relance à court terme, mais aussi d’améliorer la position concurrentielle des États-Unis. Alors que le monde s’achemine vers une économie sobre en carbone, ceux qui auront adopté ces technologies bénéficieront d’un avantage concurrentiel.

Les investissements du privé réagissent aux signaux du marché. Ces signaux sont faussés parce que nous avons chiffré à zéro le prix de l’une des ressources les plus rares dans le monde : une atmosphère de qualité, et que les coûts sociaux des émissions qui nous conduisent vers une atmosphère polluée ne sont pas pris en compte. Cet état de fait a produit, comme on pouvait s’y attendre, des résultats inefficaces se traduisant par des niveaux d’émissions trop élevés et trop peu d’efforts consacrés à la conservation de l’énergie et à la recherche.

L’établissement d’un prix ferme et stable pour le carbone est la seule action politique qui est susceptible d’avoir le plus d’effet sur l’amélioration de l’efficacité économique et la lutte contre la crise climatique. Cette clarté dans les choix politiques et les prix est d’autant plus importante aujourd’hui où les entreprises font face à à un tel niveau d’incertitudes en raison de la crise financière. Ces deux types de risques se renforcent l’un l’autre et dissuadent les investissements. Nous ne sommes peut être pas être en mesure de résorber entièrement les risques de la crise financière rapidement, mais nous pouvons dès aujourd’hui prendre des mesures qui réduiraient nettement les incertitudes quant au futur des réglementations du carbone et de son prix.

Au moment où les entrepreneurs innovants se tournent vers les défis posés par une économie sobre en carbone, l’enthousiasme et le dynamisme sont palpables. Cela pourrait fournir l’élan à une croissance réelle, qui fait défaut depuis si longtemps. On ne peut s’attaquer au problème de réchauffement de la planète sans la participation de tous les pays. Le monde attendait les États-Unis : il existe aujourd’hui des raisons de penser qu’ils sont prêts à prendre la tête de cet effort.

contreinfo.info


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