Les cartels de la drogue seraient forts de 100 000 « soldats »

dimanche 15 mars 2009
popularité : 2%

Selon un responsable du Pentagone, les cartels mexicains de la drogue seraient capables d’aligner 100 000 hommes de main, soit presqu’autant que l’armée du pays qui en compte 130 000. Le Mexique est de plus en plus gangrené par la violence et la corruption, et les cartels ont infiltré l’appareil d’État, les administrations régionales, la police et l’armée. A tel point que les USA s’inquiètent de voir le Mexique se transformer en narco-état et le placent désormais en troisième position dans la liste des menaces sur la sécurité nationale, après le Pakistan et l’Iran, et devant l’Afghanistan et l’Irak. Enquête du Washington Times.

Par Sara A. Carter, washingtontimes

Le Département de la Défense américain estime que les deux cartels mexicains de la drogue les plus dangereux disposent de plus de 100 000 « soldats », formant une armée dont la taille rivalise avec celle du Mexique et qui menace de transformer le pays en un Narco-État.

« Cela prend les proportions d’une crise » nous a déclaré un haut fonctionnaire de la défense qui souhaite garder l’anonymat. Selon lui, les « soldats » de ces cartels font jeu égal avec l’armée du pays qui compte environ 130 000 hommes.

Cette révélation souligne l’ampleur du défi auquel font face le Mexique et les États-Unis dans leur lutte pour contenir ce qui prend de plus en plus l’apparence d’une guerre civile ou d’une insurrection le long de la frontière américano-mexicaine. En 2008, environ 7000 personnes ont trouvé la mort - et plus de 1000 durant le seul mois de janvier. Le conflit est devenu de plus en plus brutal, avec des victimes décapitées et des cadavres dissous dans des cuves d’acide.

Le nombre de morts dépasse de loin celui des pertes en Afghanistan, où environ 200 morts, dont 29 soldats américains, ont été dénombrés durant les deux premiers mois de 2009. Environ 400 personnes, dont 31 militaires américains, sont morts en Irak pendant la même période.

Les cartels les plus importants et les plus violents sont ceux de Sinaloa, que les responsables américains et mexicains désignent sous le nom de «  Fédération » ou « Triangle d’or », et son principal rival, « Los Zetas » ou « Cartel du Golfe », dont le territoire s’étend le long de la région frontalière de Laredo, au Texas.

Les deux cartels semblent être en train de négocier d’une trêve ou une union pour prendre le dessus sur leurs rivaux et mieux résister à la pression du gouvernement. Les responsables américains affirment que les conséquences d’un tel pacte seraient grave.

« Je crois que s’ils décident de fusionner ou de mieux coopérer, le Mexique pourrait traverser une crise menaçant la sécurité nationale » estime le fonctionnaire de la défense que nous avons interrogé. Il considère que les deux cartels rassemblent tant d’hommes et ont accumulé tant d’armes que le président mexicain Felipe Calderon «  lutte pour sa survie » et « pour la survie du Mexique en ce moment. »

En conséquence, le Mexique vient en troisième position sur la liste des menaces pour la sécurité nationale des États-Unis, après le Pakistan et l’Iran et avant l’Afghanistan et l’Irak, ajoute ce responsable.

Plusieurs officiels américains et experts mexicains partagent cette analyse.

Michael V. Hayden, qui a quitté son poste de directeur de la CIA en janvier, place le Mexique immédiatement après l’Iran en tant que menace pour la sécurité nationale. Son successeur, Leon E. Panetta, a déclaré lors de sa première conférence de presse que l’agence « accordait ... beaucoup d’attention » au Mexique.

Janet Napolitano, secrétaire à la Sécurité Intérieure, a déclaré à CBS que «  les enjeux sont élevés en ce qui concerne la sécurité de nombreux, très nombreux citoyens du Mexique et les enjeux sont élevés pour les États-Unis, sans aucun doute. »

Dans un entretien accordé en décembre au Times, le président Bush avait déclaré que son successeur devrait faire face « à ces cartels de la drogue dans notre voisinage. Et la ligne de front de ce combat sera au Mexique. »

Une brochure à l’attention des voyageurs publiée par le Département d’État le mois dernier donne d’opportuns conseils de prudence aux étudiants américains qui envisagent de passer les vacances de printemps au sud de la frontière.

« Certaines confrontations récentes de l’armée mexicaine et de la police avec les cartels de la drogue avaient le caractère d’engagements avec de petites unités de combat, et les cartels utilisent des armes automatiques et des grenades » peut-on y lire.

Les analystes indépendants affirment que les narco-terroristes ont infiltré le gouvernement mexicain, installant un pouvoir de l’ombre qui complique encore les efforts pour combattre et détruire les cartels.

« Ma plus grande crainte est que les tentacules de ce pouvoir de l’ombre se renforcent, que les cartels aient pénétré le gouvernement, qu’ils soient en mesure d’agir en toute impunité, et que ce pouvoir clandestin de plus en plus fort se transforme en un Narco-État », déclare Ted Galen Carpenter, Vice President des Études sur la défense et la politique étrangère de l’Institut Cato, situé à Washington.

L’Ambassade du Mexique à Washington n’a pas répondu à une demande de commentaires sur cette guerre contre la drogue.

M. Calderon, en revanche, a catégoriquement rejeté les affirmations selon lesquelles le Mexique soit en train de devenir un État failli.

Le gouvernement mexicain n’a « pas abandonné de partie - pas une seule partie - du territoire mexicain aux cartels de la drogue », a-t-il récemment déclaré à l’Associated Press.

Ses déclarations vont à l’encontre de l’appréciation des responsables de la police américaine et de certains journalistes mexicains présents à Ciudad Juarez, ville située de l’autre côté de la frontière d’El Paso, au Texas.

Il y a quelques jours, cette ville frontière autrefois animée qui compte 1,3 millions d’habitants ressemblait plutôt à une ville fantôme.

« Tout est vide », se désolait Maria, une vendeuse de tortillas et de salsa, qui a demandé à n’être identifiée que par son prénom. « Nous perdons la guerre contre les narco-trafiquants. Mon entreprise est en train de mourir, et elle rejoindra bientôt le cimetière des entreprises qui ont dû fermer. Plus personne ne vient à Juarez ».

Plus de 1800 personnes ont été tuées dans la ville depuis l’an dernier. Ce chiffre a continué d’augmenter durant le séjour du Times, avec plus de 20 morts en une semaine.

En réponse à ce défi, les États-Unis et les autorités mexicaines ont intensifié les raids sur les membres des cartels dans les deux pays.

La semaine dernière, les États-Unis et le Mexique ont arrêté 755 personnes liées au cartel Sinaloa, dont 52 aux États-Unis. Toutefois, le chef du cartel Joaquin « El Chapo » Guzman est toujours en fuite. On pense qu’il vit à Sinaloa, protégé par des hommes armés et des fonctionnaires mexicains corrompus, déclare un policier américain.

Garrison Courtney, porte-parole de la Drug Enforcement Administration (DEA) a déclaré que les raids de la semaine dernière avaient porté un coup aux opérations du cartel, mais que la prise de conscience de l’opinion publique sur cette crise avait été longue à se manifester.

« Si nous ne commençons pas à nous en préoccuper, cette violence - qui a déjà débordé aux États-Unis - va empirer », a déclaré M. Courtney. « Il s’agit d’un intérêt commun pour les États-Unis et le Mexique de s’en prendre à ces trafiquants de drogue. »

Au cours des dernières années, toutefois, les responsables américains se sont montrés réticents à partager des informations avec leurs homologues mexicains, craignant des fuites en direction des cartels.

Les responsables du DEA interrogés par le Times ont déclaré que le cartel de Sinaloa emploie des fonctionnaires fédéraux mexicains, tandis que d’autres cartels ont corrompus les gouvernements locaux et la police.

« Souvent, ce que vous voyez ne correspond pas vraiment à ce qui se passe », déclare un officiel de la DEA, qui a demandé de conserver l’anonymat. « Souvent la mort d’agents fédéraux ou de membres de la police locale n’est pas uniquement un crime des cartels, mais [provoquée par] une guerre interne de ces cartels qui sont infiltrés dans l’administration. La même chose s’est déroulée dans l’armée mexicaine, où les cartels ont également acheté la loyauté [de soldats] afin de faire entrer la drogue aux États-Unis. »

M. Courtney déclare que le cartels mexicains ont « évolué vers [le modèle] des cartels colombiens des années 1980. La riposte du gouvernement à ce qui se passe là-bas aujourd’hui et durant les cinq dernières années est la même que ce que celle du gouvernement colombien quand il pourchassait Pablo Escobar. Juarez a connu une escalade du même type de violence brutale. »

Pablo Escobar était un trafiquant de drogue colombien, qui est décédé en 1993.

Plus de 2000 soldats de l’armée mexicaine et 425 policiers patrouillent dans l’État de Chihuahua, où Ciudad Juarez est située. Plus de 45 000 soldats mexicains ont été engagés dans la guerre contre la drogue depuis que M. Calderon a pris ses fonctions en 2006.

M. Carpenter estime que l’utilisation de l’armée mexicaine pourrait provoquer des problèmes.

« J’ai déclaré à l’époque où Calderon a appelé l’armée à prendre le premier rôle dans le combat contre les cartels qu’il faisait un énorme pari » rappelle M. Carpenter. «  Il est clair maintenant qu’il est en train de perdre ce pari, s’il ne l’a pas déjà perdu. »

Un responsable de la lutte antiterroriste aux États-Unis estime cependant que la gravité de la crise rapprochera les gouvernements américain et mexicain et que la CIA travaillerait en étroite collaboration avec le Mexique s’il en faisait la demande.

« Les deux pays partagent un intérêt commun dans le démantèlement des cartels, et cela a aplani une partie des tensions historiques qui sont sous-jacentes dans cette ancienne relation étroite avec le Mexique », déclare ce responsable. « Les Mexicains comprennent - peut-être plus qu’à aucun autre moment de l’histoire récente - que nous sommes sincères dans notre lutte contre ces gens. »

Chaque jour, des milliers de mexicains franchissent le pont de Santa Fe, qui relie Ciudad Juarez et El Paso, qui est elle l’une des villes américaines les plus sûres.

« Pourquoi devons-nous vivre comme cela ? » demande Maria, la vendeuse. « Pourquoi nos enfants devraient-ils mourir, alors que nos voisins vivent comme s’il ne se passait rien ? Chaque jour, nous prions pour quelque chose de différent, pour la paix. Chaque jour, nos prières sont restées sans réponse. »

contreinfo.info


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Décembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois