"Oh Martine, cela fait si longtemps, qu’est-ce que tu deviens ?"
Chacune fait semblant de se souvenir. J’attaque sans nuances.
"Qui es-tu Martine ?" "Je suis une videuse."
Mince, élégante, je fais semblant de ne pas comprendre.
"Que vides-tu ?"
"Les gens." "Tu es payée pour vider les gens ?" "J’étais payée pour vider les gens, sauf, qu’aujourd’hui, c’est moi qui suis vidée !"
Les videurs vidés, il fallait y songer.
"Alors, c’est quoi ce jeu, si tout le monde est perdant ?" "Ce n’est pas bien difficile...", me dit-elle. "Tous ceux qui jouent ne croient pas un seul instant qu’ils vont perdre. Et c’est la seule raison pour laquelle ils se battent sans pitié."
Il y avait longtemps que j’avais cessé de jouer. Et même, quand je jouais, j’étais vite déjouée. Je rentre à la maison, embrasse mes garçons.
"A quoi jouez-vous, les enfants ?" "A Guillaume Tell, c’est tellement excitant."
Les joueurs joués, les videurs vidés, il ne me reste plus qu’à prendre mon dé... à coudre....
Leina