Batik, gamelan et marionnettes d’ombre : les arts vivants d’un archipel millénaire
L’architecture indonésienne est un reflet fidèle de la diversité stupéfiante de cet archipel. Des temples bouddhiques monumentaux de Java aux maisons à cornes des Toraja, des palais javanais raffinés aux rumah gadang matrilinéaires de Sumatra, chaque île a développé un style architectural aussi distinct que sa langue et ses coutumes. Les influences hindoues, bouddhiques, islamiques, chinoises et coloniales néerlandaises se superposent en couches successives, créant un paysage bâti d’une richesse incomparable. Pour le digital nomad qui travaille depuis un café de Ubud niché dans une architecture traditionnelle balinaise, ou depuis un coworking logé dans un ancien entrepôt colonial de Jakarta, l’Indonésie offre un cadre de vie d’une beauté architecturale constamment renouvelée.
Borobudur, Prambanan et l’héritage monumental
Borobudur, érigé au IXe siècle sur une colline de Java central, est le plus grand monument bouddhique du monde. Cette pyramide de pierre volcanique à neuf niveaux — six plates-formes carrées surmontées de trois terrasses circulaires couronnées de 72 stupas ajourés — est un mandala tridimensionnel conçu comme un chemin initiatique menant de l’illusion terrestre à l’illumination. Ses 2 672 panneaux sculptés, qui s’étendent sur plus de cinq kilomètres, constituent la plus grande collection de bas-reliefs bouddhiques au monde. Prambanan, à quelques kilomètres, est son pendant hindou : un ensemble de 240 temples dédiés à Shiva, Vishnou et Brahma dont les tours élancées rivalisent avec les plus belles réalisations architecturales de l’Inde. Le contraste entre la rondeur méditative de Borobudur et la verticalité flamboyante de Prambanan illustre magnifiquement la coexistence millénaire des spiritualités en Indonésie.
Temples balinais et architectures vernaculaires
L’architecture balinaise est un art total, codifié par des traités anciens qui dictent l’orientation, les proportions et la symbolique de chaque élément. Un compound balinais traditionnel est un microcosme organisé autour de la direction sacrée kaja — vers le mont Agung — avec le temple familial au point le plus élevé et les espaces profanes aux points les plus bas. Les portes sculptées, les pavillons ouverts aux toits de chaume et les murs d’enceinte ornés de gardiens de pierre composent un ensemble d’une harmonie saisissante. À Sulawesi, les tongkonan toraja sont parmi les maisons les plus spectaculaires d’Asie du Sud-Est : leurs immenses toits en forme de cornes de buffle, recouverts de couches de bambou empilées, peuvent atteindre quinze mètres de haut. Les rumah gadang du pays Minangkabau à Sumatra arborent des toits à pointes multiples évoquant les cornes du buffle qui donna son nom à la région. En Papouasie, les honai des Dani, huttes circulaires au toit de chaume conique, témoignent d’un habitat adapté aux hautes vallées froides.
Héritage colonial et architecture contemporaine
Trois siècles et demi de colonisation néerlandaise ont laissé un patrimoine architectural considérable, concentré dans les grandes villes de Java. Le quartier de Kota Tua à Jakarta, l’ancienne Batavia, conserve ses entrepôts de la VOC aux murs épais, sa place Fatahillah bordée de bâtiments coloniaux massifs et ses canaux qui rappellent Amsterdam sous les tropiques. À Semarang, le quartier de Kota Lama aligne des façades art nouveau et art déco d’une élégance surannée. Bandung, surnommée le « Paris de Java », possède un patrimoine art déco exceptionnel signé par des architectes comme Wolff Schoemaker et Henri Maclaine Pont, qui cherchaient à fusionner modernisme européen et formes traditionnelles indonésiennes. L’architecture contemporaine indonésienne poursuit cette quête de synthèse, avec des réalisations remarquables comme le Potato Head Studios de Bali, qui réutilise des volets récupérés de maisons démolies, ou les nouveaux espaces culturels de Yogyakarta qui réinterprètent le joglo javanais avec des matériaux contemporains.