Du rendang au nasi goreng : une cuisine d’épices née sur la route des Indes
La cuisine indonésienne est à l’image de son archipel : immense, diverse et impossible à résumer en quelques plats. Avec plus de 5 000 recettes répertoriées à travers ses 34 provinces, l’Indonésie offre au voyageur un voyage gustatif qui pourrait durer toute une vie. Du rendang de Padang — élu meilleur plat du monde par CNN — au soto betawi de Jakarta, du babi guling rôti de Bali au papeda de Papouasie, chaque île, chaque ethnie a développé sa propre identité culinaire, façonnée par le climat, les épices disponibles et les influences culturelles. Pour le digital nomad basé à Bali ou Yogyakarta, la cuisine indonésienne est un festin permanent à prix dérisoire : un nasi campur complet dans un warung local coûte moins de deux euros, et le café indonésien — Sumatra, Toraja, Java — compte parmi les meilleurs du monde.
Les plats emblématiques de l’archipel
Le nasi goreng, ce riz frit sauté au wok avec de la kecap manis (sauce soja sucrée), des échalotes, de l’ail, du piment et un œuf au plat, est le plat national par excellence — on le mange du petit-déjeuner au dîner, dans la rue comme au restaurant. Le rendang, originaire de la région Minangkabau de Sumatra Ouest, est un chef-d’œuvre de patience culinaire : du bœuf mijoté pendant des heures dans du lait de coco, du galanga, de la citronnelle, du curcuma et des dizaines d’épices jusqu’à ce que la sauce réduise et caramélise en une couche sombre et aromatique. Le satay — brochettes de viande grillée servies avec une sauce cacahuète crémeuse — se décline en dizaines de variantes selon les régions, du satay ayam de Java au satay lilit balinais préparé avec de la viande hachée enroulée autour de bâtons de citronnelle.
Le gado-gado, salade de légumes blanchis et de tofu frit nappés d’une sauce cacahuète onctueuse, est le plat végétarien le plus satisfaisant d’Asie. Le soto, cette soupe réconfortante déclinée en autant de versions que de villes indonésiennes — soto ayam au curcuma, soto betawi au lait de coco, soto madura aux herbes — est la quintessence du comfort food tropical.
Le sambal et la culture du warung
Le sambal est l’âme piquante de la cuisine indonésienne. Cette sauce de piments pilés au mortier se décline en plus de trois cents variantes à travers l’archipel : sambal terasi au belacan, sambal matah cru et citronnelle de Bali, sambal ijo aux piments verts de Padang, sambal dabu-dabu aux tomates de Manado. Un repas indonésien sans sambal est comme un ciel sans étoiles. Les warung, ces petites échoppes familiales ouvertes sur la rue, sont le cœur de la vie culinaire indonésienne. On y mange accroupi sur des bancs en bois, en choisissant parmi une dizaine de plats disposés sous verre dans des vitrines colorées — c’est le système nasi campur, où vous composez votre assiette en pointant du doigt. La cuisine padang, originaire de Sumatra mais présente dans tout l’archipel, pousse ce concept à l’extrême : on vous apporte une dizaine de petits plats empilés sur votre table, et vous ne payez que ce que vous avez mangé.
Café, tempeh et douceurs tropicales
L’Indonésie est le quatrième producteur mondial de café, et sa culture caféière est un bonheur pour le nomade numérique. Du kopi tubruk javanais — café moulu infusé directement dans la tasse — au café filtre des highlands de Toraja, en passant par le controversé kopi luwak et les cafés de spécialité qui fleurissent à Bali et Jakarta, chaque tasse raconte un terroir. Le tempeh, cette fermentation de graines de soja originaire de Java, est un superaliment millénaire qui connaît un engouement mondial mérité — ici, on le mange frit, grillé, en curry ou en chips, pour quelques centimes. Les desserts indonésiens sont un monde en soi : es cendol aux vermicelles verts et lait de coco glacé, klepon aux boulettes de riz gluant fourrées de sucre de palme, pisang goreng aux bananes frites croustillantes. L’Indonésie prouve que la gastronomie la plus passionnante n’est pas celle des étoilés, mais celle des rues et des marchés.