Le Japon vit au rythme d’une ponctualité chirurgicale et d’une saisonnalité poétique. Les trains arrivent à la seconde près, les rendez-vous commencent à l’heure exacte, mais tout s’arrête pour contempler la floraison fugace d’un cerisier ou les teintes dorées de l’automne. C’est un pays où l’on court sans cesse, mais où l’on sait aussi s’immobiliser pour observer ce qui passe.
Une journée typique : les Japonais se lèvent tôt (6h-7h), prennent un petit déjeuner équilibré (riz, soupe miso, poisson grillé), puis plongent dans des journées de travail intenses. Pas de longue pause déjeuner : 30 à 40 minutes suffisent, souvent devant un bol de ramen ou un bento acheté au combini (supérette). Le soir, beaucoup enchaînent avec des sorties entre collègues (nomikai) – le seul moment où les hiérarchies s’assouplissent et où l’on peut enfin parler librement. Le dîner se prend tard (20h-21h), souvent dehors. On rentre se coucher vers 23h-minuit, parfois épuisé. Le week-end, on récupère – ou on part en escapade nature, loin du tumulte urbain.
Les grands moments qui réunissent tout le pays
Hanami (mars-avril) : la contemplation des cerisiers en fleurs est un rituel national. Dès que les premiers bourgeons éclosent, les médias annoncent la progression du sakura zensen (front des cerisiers) du sud vers le nord. Familles, collègues, amis se retrouvent sous les arbres pour pique-niquer, boire du saké, célébrer l’éphémère. Ce n’est pas qu’une fête : c’est une méditation collective sur la beauté fragile de l’existence.
Obon (mi-août) : la fête des morts. Les esprits des ancêtres reviennent visiter les vivants. On rentre au village natal, on nettoie les tombes, on allume des lanternes pour guider les âmes. Des danses traditionnelles (bon odori) animent les quartiers. C’est un moment de reconnexion avec les racines.
Nouvel An (Shōgatsu, 1er-3 janvier) : la fête la plus importante. Tout ferme. Les familles se réunissent, mangent des plats symboliques (osechi), visitent les sanctuaires au lever du soleil pour prier pour l’année à venir. C’est un temps suspendu, presque solennel, loin de l’agitation de Noël occidental.
Le pays vit à un autre rythme : hyperactif en semaine, contemplatif le temps d’un week-end ou d’une saison. Les Japonais ne vivent pas dans le présent continu : ils vivent en cycles, en respirations. Et ils invitent chaque visiteur à se synchroniser, ne serait-ce qu’un instant, à cette horloge invisible.