Le Vietnam vous attrape sans prévenir. C’est un klaxon de scooter à cinq heures du matin, une odeur de phở qui monte d’un trottoir, un sourire sous un chapeau conique au milieu d’une rizière en terrasse. Ce pays ne se visite pas, il se traverse — du nord montagneux au delta du Mékong, dans un mouvement perpétuel qui ne s’arrête jamais vraiment. Ce qui frappe d’abord, c’est l’énergie. Pas une énergie agressive, mais une vitalité tranquille, une façon de faire tourner la vie avec trois fois rien et une détermination qui force le respect. Et derrière le chaos apparent des grandes villes, il y a une culture millénaire, des rituels intacts, une relation au temps et aux ancêtres qui donne à ce pays une profondeur que beaucoup de voyageurs ne soupçonnent pas avant d’y poser les pieds.
Entre encens et ancêtres : la spiritualité discrète du quotidien vietnamien
Le Vietnam est un pays où la spiritualité ne se proclame pas, elle s’observe. Dans chaque maison, un autel des ancêtres occupe la place d’honneur — fruits, encens, photographies. Ce n’est ni décoratif ni folklorique : c’est le lien vivant entre les générations, une conversation silencieuse avec ceux qui sont partis. Le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme cohabitent ici sans friction, souvent au sein d’un même temple, parfois au sein d’une même prière. Et puis il y a le caodaïsme, religion syncrétique née dans le sud, avec son grand temple de Tây Ninh aux couleurs hallucinantes — un résumé visuel de cette capacité vietnamienne à mélanger les influences sans jamais perdre le fil.
Ce qui marque surtout, c’est la place de ces rituels dans le quotidien. On brûle du papier votif au coin de la rue, on consulte le calendrier lunaire avant de prendre une décision importante, on célèbre le Tết avec une ferveur qui met le pays entier à l’arrêt pendant une semaine. La religion au Vietnam n’est pas une affaire de dogme — c’est une affaire de respect, de mémoire et de lien.
Le vietnamien est une langue tonale à six tons, ce qui signifie qu’un même mot peut avoir six sens différents selon la façon dont vous le prononcez. Pour une oreille occidentale, c’est déroutant. Pour un Vietnamien, c’est une musique — et ils entendent immédiatement quand la mélodie est fausse. L’écriture actuelle, le quốc ngữ, utilise l’alphabet latin avec des diacritiques, un héritage de la colonisation française qui a paradoxalement rendu la langue plus accessible aux étrangers que le chinois ou le japonais.
Dans la rue, vous entendrez des différences marquées entre le nord et le sud. Le dialecte du nord, centré sur Hanoï, est considéré comme le standard, mais le parler du sud — plus doux, plus chantant — est celui que vous croiserez le plus souvent à Hô Chi Minh-Ville.
Ce qui surprend les francophones, c’est le nombre de mots d’emprunt au français qui survivent dans le vietnamien courant : cà phê (café), ga (gare), bánh mì (pain de mie), bia (bière). Des traces d’une histoire partagée qui rendent les premiers échanges étrangement familiers, même quand on ne comprend rien au reste de la conversation.
Du phở au cà phê sữa đá : quand la rue devient le plus grand restaurant du monde
Au Vietnam, la cuisine ne s’apprend pas dans un restaurant — elle s’apprend sur un tabouret en plastique, à trente centimètres du sol, face à un bol fumant servi par quelqu’un qui prépare le même plat depuis trente ans. La street food vietnamienne n’est pas un compromis économique, c’est une institution. Le phở, soupe de nouilles au bouillon clair mijoté pendant des heures, est un rituel du matin qui met d’accord tout le pays. Le bánh mì, cette baguette croustillante garnie de pâté, d’herbes fraîches et de piment, est peut-être le meilleur sandwich du monde pour moins d’un euro.
Chaque région défend ses spécialités avec une fierté non négociable. Le bún chả de Hanoï, le cao lầu de Hội An, le bánh xèo croustillant du sud — derrière chaque plat, il y a un terroir, un savoir-faire et un rapport aux herbes aromatiques qui n’a d’équivalent nulle part ailleurs. Et puis il y a le café vietnamien, dense et sucré, filtré lentement à travers un phin métallique, qu’on boit glacé avec du lait concentré. Une fois que vous y aurez goûté, tous les autres cafés vous sembleront fades.
Laque, soie et lanternes : le raffinement discret de l'artisanat vietnamien
L’artisanat vietnamien a cette qualité rare de rester vivant sans être devenu un spectacle pour touristes. Dans le delta du fleuve Rouge, les villages de métier perpétuent des traditions qui remontent parfois à mille ans : la laque de Hạ Thái, la soie de Vạn Phúc, la céramique de Bát Tràng. Chaque village a sa spécialité, son geste, son rythme. La laque vietnamienne, en particulier, est un art de patience — jusqu’à vingt couches appliquées et poncées une à une, pour obtenir cette profondeur de couleur et ce toucher soyeux qui distinguent les pièces authentiques des copies industrielles.
Et puis il y a Hội An, avec ses lanternes en soie qui transforment la vieille ville en tableau vivant chaque soir de pleine lune. Les ateliers de couture qui vous confectionnent un costume sur mesure en vingt-quatre heures, les sculpteurs sur bois de Huế, les chapeliers de coniques à Phú Vang. L’artisanat vietnamien ne cherche pas à impressionner — il cherche à durer. Et c’est précisément ce qui le rend si élégant.
De la baie d'Hạ Long aux rizières de Sapa : un pays sculpté par l'eau
Le Vietnam est un pays vertical — 1 650 kilomètres du nord au sud, coincé entre montagnes et mer, traversé par des fleuves qui ont façonné autant les paysages que les modes de vie. La baie d’Hạ Long, avec ses deux mille îlots karstiques émergeant d’une eau émeraude, reste l’image la plus iconique du pays. Mais le Vietnam naturel, c’est aussi les rizières en terrasse de Sapa sculptées à flanc de montagne par les Hmong et les Dao, les grottes démesurées du parc national de Phong Nha — dont certaines figurent parmi les plus grandes du monde — et les forêts primaires de la cordillère annamitique.
Plus au sud, le delta du Mékong déploie un labyrinthe de canaux et de marchés flottants où la vie s’organise entièrement autour de l’eau. Les plages de sable blanc de Phú Quốc et de Côn Đảo offrent un contraste radical avec les montagnes du nord. Et partout, une biodiversité remarquable : langurs à tête dorée, rhinopithèques, saolas — certaines espèces n’existent nulle part ailleurs sur terre. Le Vietnam abrite une nature aussi diverse que fragile, qui mérite qu’on prenne le temps de la découvrir loin des circuits express.
Traverser Hanoï en scooter à l’heure de pointe, parce qu’il n’y a pas de meilleure façon de comprendre le rythme de cette ville. Dormir chez l’habitant dans une maison sur pilotis à Mai Châu. Se lever à quatre heures du matin pour voir les marchés flottants du Mékong s’animer dans la brume. Prendre un train de nuit entre Hanoï et Huế, le long de la côte, avec le soleil qui se lève sur la mer de Chine. Le Vietnam est un pays qui récompense les voyageurs patients — ceux qui acceptent de ralentir, de se perdre, et de laisser le hasard décider de la suite.
Mes itinéraires pour découvrir le Vietnam à votre rythme
Du nord au sud ou l’inverse, en deux semaines ou en deux mois, le Vietnam se prête à des parcours très différents. Les classiques — Hanoï, Hạ Long, Huế, Hội An, Hô Chi Minh-Ville — sont classiques pour une bonne raison. Mais les détours par Ninh Bình, Phong Nha ou le plateau de Đà Lạt réservent souvent les meilleures surprises. J’ai conçu plusieurs itinéraires testés pour vous aider à construire le vôtre.
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