Laque, soie et lanternes : le raffinement discret de l’artisanat vietnamien

Rue colorée illuminée de lanternes en soie à Hội An, Vietnam

L’architecture vietnamienne raconte l’histoire d’un pays au carrefour des influences, où les pagodes millénaires côtoient les façades coloniales françaises et les tubes houses vertigineuses des vieux quartiers. En arrivant à Hội An pour la première fois, un soir de pleine lune, j’ai découvert un spectacle qui m’a coupé le souffle : des centaines de lanternes en soie colorée illuminaient les ruelles étroites, se reflétant dans la rivière Thu Bồn comme autant d’étoiles tombées du ciel. Ce mélange unique d’esthétiques chinoise, japonaise, française et autochtone donne au Vietnam un paysage architectural d’une richesse exceptionnelle. De la Cité impériale de Huế aux gratte-ciel de Hồ Chí Minh-Ville, le pays traverse les siècles sans jamais renier son passé. Les pagodes bouddhistes, avec leurs toits courbes ornés de dragons et de phénix, restent les joyaux les plus emblématiques de cette tradition architecturale vivante.

Pagodes et temples : l’héritage spirituel bâti

La pagode au Pilier unique de Hanoï, perchée sur un seul pilier de pierre émergeant d’un bassin de lotus, est l’un des monuments les plus singuliers d’Asie du Sud-Est. Construite en 1049 sous la dynastie des Lý, elle symbolise une fleur de lotus s’élevant au-dessus des eaux troubles du monde. À travers tout le pays, les pagodes bouddhistes suivent un plan ancien où les bâtiments s’organisent autour de cours intérieures, avec des toits en tuiles vernissées ornés de crêtes sculptées représentant des animaux mythiques. La pagode de Bái Đính, près de Ninh Bình, est le plus grand complexe bouddhiste du Vietnam avec ses cinq cents statues d’arhats alignées le long de couloirs interminables. Le temple de la Littérature à Hanoï, fondé en 1070, première université du pays, offre un havre de paix au cœur de la ville avec ses cours plantées de frangipaniers et ses stèles portées par des tortues de pierre.

L’empreinte coloniale et les tube houses

La colonisation française a laissé au Vietnam un patrimoine architectural considérable que l’on découvre encore à chaque coin de rue. L’Opéra de Hanoï, réplique miniature du Palais Garnier, la cathédrale Notre-Dame de Saïgon avec ses briques rouges importées de Marseille, les villas Art déco de Đà Lạt nichées dans la brume des hauts plateaux — autant de témoignages d’une époque révolue qui confèrent aux villes vietnamiennes un charme unique en Asie. Les tube houses, ces maisons étroites et profondes caractéristiques des vieux quartiers, sont nées d’une taxation basée sur la largeur de façade : résultat, des habitations de trois mètres de large mais de trente mètres de profondeur, avec des puits de lumière intérieurs et des cours secrètes. Dans le vieux quartier de Hanoï, ces maisons-tubes abritent aujourd’hui des cafés cachés, des galeries d’art et des boutiques vintage qui font le bonheur des nomades en quête de lieux de travail atypiques.

Hội An, Huế et l’art des lanternes

Hội An est sans doute la ville la plus photogénique du Vietnam, un ancien port de commerce classé au patrimoine mondial où les maisons jaune ocre aux toits de tuiles moussues bordent des ruelles piétonnes éclairées par des lanternes en soie. Le pont couvert japonais, construit au XVIe siècle, relie les quartiers chinois et japonais de la vieille ville et reste l’un des monuments les plus photographiés du pays. La fabrication artisanale des lanternes est un savoir-faire local transmis de génération en génération, et l’on peut s’initier à cet art dans les ateliers du village de Thanh Hà. À Huế, ancienne capitale impériale, la Cité interdite, bien qu’en partie détruite pendant la guerre, conserve des pavillons, des jardins et des tombeaux royaux d’une beauté mélancolique qui invite à la contemplation. Pour le digital nomad en quête d’inspiration, ces lieux chargés d’histoire sont des antidotes puissants contre la monotonie des écrans.