Que sont devenus les paysans ?

Traduction française d’un ouvrage de l’auteur néerlandais Geert Mak
dimanche 2 octobre 2005
par  Del
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Sous le titre « Que sont devenus les paysans ? 1950-2000 Jorwerd, village-témoin », qui vient d’être traduit en français chez Autrement, le journaliste, historien et écrivain Geert Mak a réalisé un remarquable travail sur l’histoire de la civilisation paysanne au cœur de la Frise, au Pays Bas.

Suite à des dizaines d’entretiens et l’épluchage de multiples documents, l’auteur décrit les phases successives de l’évolution d’un village agricole du nord des Pays Bas au cours de la seconde moitié du XXème siècle. On pourra y déceler nombre de similitudes avec l’évolution de notre propre agriculture. Morceaux choisis :

Machines et argent. Les machines coûtaient de l’argent, tandis que, aux yeux de la plupart des paysans, le travail était gratuit puisque l’on ne comptait pas comme un coût le labeur de la femme, des enfants et du paysan lui-même. Surtout dans les régions plus reculées, peu d’argent circulait chez les paysans.

Course au progrès . Les granges se remplissaient de tracteurs, de moissonneuses-batteuses, de machines à arracher les betteraves, d’arroseurs automatiques, de camions à benne basculante, de pulvérisateurs, d’appareils à engraisser l’herbe, de faucheuses, de secoueurs hydrauliques, de fardiers, de bacs doseurs pour aliments, de motoculteurs, de déchaumeuses, de hacheuses de maïs, d’aplatisseurs de grain. Certains paysans s’endettèrent au maximum pour pouvoir continuer de participer à la course de vitesse...

Politique. L’agriculture était devenue une question politique. Les prix étaient maintenus artificiellement élevés par toutes sortes de subventions européennes. En même temps, à coup de taxes et de barrières douanières, on protégeait les paysans néerlandais contre la concurrence des pays dont les produits étaient moins chers. Pour les paysans, tout cela signifiait une seule et même chose : produire le plus possible au coût le plus bas.

Tentation . Dès lors un autre élément entra en jeu : la tentation. Jusqu’aux années 1960, nombreux étaient les paysans qui n’entraient jamais dans un magasin. Aussi les commerçants venaient-ils à domicile.

Société de consommation . Comme partout aux Pays-Bas, Jorwerd évolua d’une communauté fondée sur les besoins à une société de consommation à petite échelle.

Productivisme . La démesure était le signe du progrès. Celui qui avait trois cents poulets dans les années 1950 en avait trente mille dans les années 1980.

Homme bon . Selon la culture paysanne : un grand attachement au sol natal ; une attitude très respectueuse à l’égard des anciens usages ; une limitation des ambitions personnelles au profit de la famille et de la communauté ; une certaine défiance à l’égard de la vie urbaine, mélangée à de la considération ; une éthique sobre et terrienne.

Disparition . Trente ans plus tard, trois mille exploitations agricoles fermaient chaque année. Selon des estimations de l’Union Européenne, la moitié de l’agriculture de l’Europe du Nord disparaîtrait en l’espace d’une génération. Plus d’un tiers des entreprises d’élevage avaient cessé leur activité au cours des dix dernières années.

Environnement . Les professionnels de l’environnement auraient dû être les alliés naturels des paysans, mais c’était le plus souvent le contraire.

Honte. Comme un paysan se sent responsable de tout dans son exploitation, ceux qui arrêtaient étaient le plus souvent considérés comme de mauvais paysans - surtout par eux-mêmes. Même si le nombre de fermetures d’exploitations montrait que leur professionnalisme n’était pas en jeu, c’est comme ça qu’ils le vivaient.

Vide. Avec la disparition de la paysannerie, la stabilité de cette province paraissait avoir été remplacée par une panique silencieuse.

Résignation. Tandis que nous roulions dans la campagne, je me demandais pourquoi les paysans subissaient tous ces changements avec une telle résignation. Mais peut-être la faible résistance morale des paysans avait-elle à voir avec leur manière de gérer l’adversité : c’était le destin, la nature, le temps. En un certain sens, les caprices de la politique étaient considérés de la même façon qu’une inondation ou le déclenchement d’une épizootie de peste porcine. Il fallait s’en protéger tout seul autant que possible, pour le reste il n’y avait rien à faire.

« En refermant ce livre d’une rare intensité, d’une grande simplicité de moyens mais si riche d’évocations, on songe à cette culture paysanne qui n’entrera pas dans le XXIème siècle, en se demandant si l’homme n’a pas perdu là une occasion unique, au-delà de toutes les frontières, de se connaître lui-même et de s’aimer. » Eric Fottorino, postface.


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