Los indignados

Le printemps social bouscule Madrid
lundi 23 mai 2011
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Par Cécile Thibaud

« Yes we camp ! » La pancarte accrochée à un réverbère tangue comme un défi sur la Puerta del Sol. Oui, ils campent… Le printemps social espagnol résiste et monte en puissance. Installés depuis le début de la semaine en plein centre de Madrid, les manifestants ont bravé, hier, l’interdiction de manifester à moins de vingt-quatre heures des élections municipales qui se déroulent ce dimanche. Journée de réflexion, interdiction de faire campagne, dit la loi.

« Ça tombe bien, c’est ça que nous faisons depuis des jours ; réfléchir, débattre et appeler les gens à exercer leur droit de vote de la meilleure façon », rétorque Victor, l’un des porte-parole du mouvement. En moins d’une semaine, le campement improvisé s’est transformé en un village autogéré. Ils campent, ils mangent, ils débattent, ils vivent là. Quelques divans fatigués, des bâches tendues pour s’abriter du soleil et aussi l’épicerie, la cantine, la garderie pour les enfants, l’aide juridique, la bibliothèque, des équipes de nettoyage, un coin poubelles et recyclage… Ici, pas de service d’ordre, mais une commission « respect » qui veille sur le civisme, pour éviter beuveries, vandalisme et débordements.

Palabres et crème solaire

La Puerta del Sol, point kilométrique zéro des cartes espagnoles est devenue l’épicentre de cette explosion de ras-le-bol qui a gagné la plupart des grandes villes du pays. Ce samedi, ils étaient encore plus nombreux que les jours précédents à se rendre au campement. Comme Alfonso, professeur de menuiserie de 55 ans, accompagné de Lucia, sa fille de 15 ans. « Je suis venu pour vivre ça et retrouver l’espoir qu’on peut changer les choses, dit-il en évoquant sa jeunesse antifranquiste. On ne s’est pas battus pour la démocratie pour finir dirigés par ces foutus marchés que personne n’a élus ».

« On ne se demande pas pourquoi ça éclate, mais pourquoi ça n’éclate que maintenant ! » lance Natalia, chercheuse en biologie, « en éternel contrat précaire », avec son fils de 6 mois dans les bras. Elle est là « pour dire aux politiques qu’ils ne nous représentent pas et demander un mode de fonctionnement de la vie publique plus participatif ». Une voix retentit dans un mégaphone : « Attention, il fait chaud, n’oubliez pas de boire et de mettre des chapeaux ! » Pendant ce temps, des volontaires passent pout tartiner qui veut de crème solaire.

Los indignados (« les indignés »), comme s’est baptisé le mouvement, affluent pour aider, et surtout s’exprimer. Parole égalitaire oblige, les débats s’éternisent dans les assemblées. Les propositions s’empilent, les opinions se croisent. « On nous propose l’alternance, pas une alternative… Voter à droite parce que la gauche n’a pas su tenir tête aux marchés, ça n’a pas de sens », dit l’un. « Ne pas voter, c’est leur donner un chèque en blanc », dit l’autre.

Débâcle socialiste attendue

Du côté des politiques, on a suivi avec prudence la montée en puissance de cette révolte spontanée. Le Premier Ministre, José Luis Rodriguez Zapatero affiche une sympathie paradoxale : « Si j’avais 25 ans, je serais sûrement à la Puerta del Sol », a-t-il déclaré lors d’une interview à la radio Cadena Ser… Comme s’il oubliait que le mouvement critique justement l’impuissance de son gouvernement qui, depuis un an, a dû plier devant les exigences de Bruxelles et lancer un plan de rigueur qui désespère la gauche.
Les sondages pronostiquent depuis des semaines une débâcle du Parti Socialiste aux élections locales et régionales d’aujourd’hui. Il est menacé dans ses grands fiefs, comme les mairies de Barcelone ou de Séville, ou encore dans la région de Castille-La-Manche. Mais à droite comme à gauche, on s’interroge sur les conséquences du mouvement.

« Les élections, ce n’est pas notre problème », affirme Noelia, chômeuse de 29 ans, qui a débarqué de Pampelune avec son sac de couchage au début de la semaine ? « Le mouvement va vivre au-delà, il faut qu’on trouve sous quelle forme ». Demain, une assemblée devrait voter pour décider des suites de la mobilisation. Rester ou ne pas rester à la Puerta del Sol :cela va être la question la semaine prochaine.

Cécile Thibaud

lejdd.fr


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