La gauche n’est pas QUE la solution, elle est aussi LE problème

vendredi 22 juin 2007
par  Luc Douillard
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Déjà mardi. Donc résumons brièvement le bilan électoral de dimanche soir.

1 - Le PCF a presque réussi à sauver son groupe parlementaire. Ceci ne devrait pas l’inciter à trop se remettre en cause.

2 - La LCR vient de doubler ou tripler son financement public. Elle aussi ne devrait pas trop modifier une ligne qui gagne, finalement (qui gagne pour l’appareil trotskyste, pas pour le peuple, mais la Révolution, on le sait, a tout son temps, alors que le capitalisme, lui, n’attend pas.)

3 – Il paraît que les cadres qui ont chaperonné puis discrédité la campagne de José Bové, sont eux aussi satisfaits : Ayant dépassé les 1% des voix dans plus d’une cinquantaine de circonscription, ils vont donc accéder eux aussi au financement public des partis à raison d’1,60 euro par an et par électeur (une facilité corruptrice d’idéaux, c’est certain), ce qui va leur permettre de se payer les locaux et les permanents dérisoires d’un nouveau petit parti. Bon vent ! Je comprends que José n’ait pas le moral en ce moment.

4 - En ce qui concerne le PS, c’est encore plus grave. Cet immense syndicat de députés-maires vient de prendre encore du gras dimanche soir, et s’apprête avec délectation à la « reine » des échéances électorales, la seule qui compte vraiment pour lui : les municipales de l’année prochaine. Celles-ci configurent largement la France, puisqu’elles ouvrent ensuite aux désignations indirectes de présidents et vice-présidents de communautés de communes, de communautés de communautés (et oui, ça existe sous le nom de « SCOT » !) et de sénateurs. Un vrai labyrinthe d’où la démocratie, « participative » ou pas, sort évidemment exsangue et essorée.

Il ne reste qu’un détail désolant, c’est qu’il faudrait construire à gauche une politique lisible et crédible à la hauteur des enjeux gouvernementaux. Mais le PS n’en veut pas, car depuis longtemps, il n’a plus ni vision ni leaders.

Et cette double lacune lui convient plutôt bien. C’est le pire ! Le PS préférera s’en remettre, plus tard, encore plus tard, au mouvement pendulaire de l’ « alternance », qui devrait quand même finir par faire souffler le vent à gauche. D’ici là, surtout, ne changeons rien.

Que dire de plus ? Ce mardi matin, on me téléphone d’un centre d’appel. Un monsieur m’explique que la société Orchidées va m’inviter prochainement au château de Bwèllié (je suppose qu’il s’agit de la commune de Bouaye, près de Nantes) pour m’y offrir un flacon de parfum aux essences naturelles. Et j’ai peut-être encore droit à un autre lot tout aussi excitant. Pour le gagner, il faut composer une « combinaison », raison pour laquelle mon interlocuteur me demande les deux derniers chiffres de ma date de naissance (truc subtil, je suppose, pour compléter ma fiche d’identification aux fins de revente). Je réponds : « Non, merci ». La voix change légèrement de ton et rétorque inopinément : « Enculé de ta mère ! ». Un peu estomaqué quand même par cette épithète inattendue de la part d’un commercial, certes précaire et stressé par ses petits chefs, je demande : « Pardon ? ». Deux secondes de silence, très longues, et puis on me raccroche au nez. Scène vécue en rapport avec l’actualité politique ? Vie quotidienne sous Sarkozy 1er et Fillon II ?

Régulièrement, mon fournisseur d’accès internet me téléphone à l’heure du repas pour me proposer la totale (téléphone fixe illimité plus la télévision), afin d’être dans sa dépendance complète. Long argumentaire qui ne permet pas de l’interrompre sans impolitesse. Comme je ne tiens pas à sinistrer plus ce qui reste du service public de la téléphonie, je réponds que j’y réfléchirais mieux quand leur service technique aura résolu leur propension irritante à couper fréquemment les connections. A chaque fois, la conversation, pourtant courtoise, s’interrompt brutalement. On me raccroche au nez sans même dire au revoir. Pas de temps à perdre. Cadence infernale de la prospection au téléphone. Mais j’ai reconnu la même voix féminine, teintée d’un accent, et la rumeur d’une vaste salle de call-center, qui doit se trouver très loin d’ici à l’étranger.

Après tout, combien sommes-nous, électeurs de Ségolène Royal au second tour, qui avons l’impression que la gauche nous a raccroché au nez ?

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