Touche pas à mes médocs !

vendredi 26 avril 2013
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Deux vétérinaires et trois pharmaciens viennent de se faire prendre la main dans le sac par les gendarmes de la section de recherche de Clermont-Ferrand. Les uns prescrivaient à gogo antibiotiques, anti-inflammatoires et antiparasitaires, et ce sans même examiner les animaux. Les autres vendaient une partie de ces médicaments les yeux fermés, sans exiger la moindre ordonnance.

Ils ont été placés sous contrôle judiciaire, avec interdiction d’exercer pour quatre d’entre eux. Pèse sur eux, et sur leurs clients (une centaine d’éleveurs bovins de la région), le soupçon de manquement grave à la réglementation sur la lutte contre l’"antibiorésistance"... Sans doute se fichaient-ils comme de leur première ordonnance de ce rapport du Parlement Européen publié en décembre, qui chiffrait l’hécatombe en Europe : 400 000 infections et 25 000 décès provoqués chaque année par des bactéries devenues "antibiorésistantes", notamment à cause du "recours systématique et démesuré" aux antibiotiques dans les élevages.

Le juge d’instruction chargé du dossier cherche maintenant à savoir combien ces ordonnances de complaisance, rédigées pendant une dizaine d’années, ont pu rapporter aux deux vétos et aux trois pharmaciens auvergnats. Il est vrai que le médicament vétérinaire est une véritable poule aux œufs d’or. Rien qu’en France le marché pèse 1 milliard d’euros, dont un quart vient des antibiotiques. Les visites ne représentent que 30 % du revenu d’un véto de campagne, les 70 % restants proviennent de la vente des médicaments - que les vétérinaires ont le droit de vendre eux-mêmes. Il faut dire que les marges sont grasses : jusqu’à 45 % du prix de vente...

Et, pour mettre du beurre dans les épinards, ajoutez-y les marges arrières, des ristournes sur ces médicaments versées par les labos pharmaceutiques en fonction des performances du vétérinaire. Une manière d’encourager la prescription... Pour freiner l’ardeur des vétos de campagne à prescrire et à vendre des antibios, les eurodéputés ont récemment voté la fin d’un privilège auquel les vétérinaires tiennent comme à la prunelle de leurs yeux : le droit de vendre eux-mêmes les médicaments qu’ils prescrivent.

Certes, pour l’instant, il ne s’agit que d’une recommandation, mais le compte à rebours est enclenché. À la suite du vote de Strasbourg, Stéphane Le Foll, notre ministre de l’Agriculture, qui a repris le plan Antibiorésistance de son prédécesseur, a promis d’étudier la question. Ce mois-ci, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, un des bidules du ministère, doit rendre un rapport là-dessus. En attendant, montés sur leurs ergots, les vétérinaires pointent du doigt les mauvaises pratiques de certains pharmaciens et refusent de lâcher quoi que ce soit.

Eux aussi font de la résistance... mais pas aux antibiotiques !

Le Canard Enchaîné N° 4825 du 17 avril 2013


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