On nous écrit d’Espagne

vendredi 15 janvier 2016
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Par Michel Sitbon

Chers amis, proches ou lointains, je vous écris de Madrid, où je viens de voir (à la télé) l’arrivée des 69 député-e-s de Podemos, ce nouveau parti qui fête ainsi son deuxième anniversaire, après avoir rassemblé quasiment autant d’électeurs que le Parti Socialiste aux élections générales du mois dernier, en bouleversant l’idée même de la représentation parlementaire, portant là une nouvelle génération issue de l’énorme mouvement populaire, apparu en 2011, de ceux qu’on a appelé les indignés – et renouvelant définitivement ce qu’on appelle la gauche.

C’est un événement de portée planétaire. Désormais, la séparation entre la politique institutionnelle et le peuple est abolie. Tous les peuples du monde peuvent prendre là exemple. Si on ne veut plus être gouverné par de sinistres vieux portant costume et cravate, il n’y a qu’à y aller. Si on ne veut plus entendre des discours sans aucun rapport avec les nécessités du peuple, il n’y a qu’à le dire. Si on veut de l’enthousiasme et du courage à la place de la résignation et du cynisme, il n’y a qu’à se mettre debout – et gagner les élections ! La disqualification des partis politiques tous peu ou prou conservateurs et corrompus est flagrante, dans quasiment tous les pays. Ici, pour la première fois depuis les débuts de la monarchie constitutionnelle et l’invention de la démocratie parlementaire, de vrais citoyens entrent au Parlement en masse. Ils ne sont pas encore majoritaires ? Ils le seront évidemment aux prochaines élections, car ils ont déjà fait la preuve par l’image de leur vitalité qui contraste si brutalement avec la tristesse mortifère de tous les autres.

Un énorme espoir s’est levé. Le chemin est tracé pour la révolution par les urnes à laquelle personne ne croyait jusque-là, et qu’on sait désormais à portée de la main, pour autant qu’on se donne la peine d’utiliser le suffrage universel pour ce à quoi il sert : donner le pouvoir au peuple. La formule peut sembler rhétorique tant on a oublié que "le peuple" n’est pas une masse informe de préjugés plus ou moins criminels, comme on peut en avoir facilement l’impression en regardant de l’autre côté des Pyrénées, par exemple, où le même mécanisme électoral semble pouvoir donner l’avantage à un parti raciste. Ainsi la résignation française, qui renoue sans complexes avec le pétainisme des années noires, s’oppose brutalement à l’euphorie espagnole, déterminée à balayer enfin l’héritage sordide du franquisme. C’est qu’on méconnaît que le peuple est essentiellement généreux et porté vers la justice.

Si la France veut se suicider, qu’elle le fasse... L’alternative est désormais posée, et tous les peuples du monde comprendront vite qu’il n’y a même pas à choisir entre l’escroquerie sans nom portée par la haine imbécile qui pourrait triompher en France et l’intelligence en actes qui triomphe en Espagne. Ici, d’incorrigibles optimistes auront eu raison, envers et contre tout – Podemos ayant réussi cet exploit dans un pays où il n’y a même plus un seul journal de gauche, ni quotidien ni hebdomadaire… Dans un pays où l’église verrouille tout et où les plaques des rues portent encore les noms des bouchers de la guerre d’Espagne… Le symbole de cette fête, plus encore que l’arrivée massive de jeunes, de femmes et de hippies sur les bancs de l’Assemblée nationale, c’est ce bébé qu’une nouvelle élue de Podemos portait dans ses bras en montant à la tribune. Car c’est bien pour lui, pour l’avenir, qu’il s’agit de se battre en faveur de la justice et de la liberté. La fin du monde, qu’on craint follement quand on assiste à l’extermination du peuple syrien ou au spectacle morbide du terrorisme, vient de reculer de pas mal de cases. L’espoir est devant nous.

En 2011, c’est le peuple tunisien qui donnait le la, en prouvant que même les dictatures sont mortelles, inspirant d’innombrables révoltes jusqu’à celle de la Puerta del Sol qui aujourd’hui aboutit à cette fête inespérée et donne – enfin ! – son sens à la démocratie. Quatre-vingts ans après le hurlement fasciste "viva la muerte", le voici radicalement renversé. Et que vive la vie !

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Commentaires

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On nous écrit d’Espagne
vendredi 15 janvier 2016 à 14h27 - par  EMOND

Bonjour,

Merci Michel pour ce texte enthousiasmant, j’aimerai que cet enthousiasme soit contagieux.....Pour répondre aux deux commentateurs que je salue, il y a une différence énorme entre Podemos et Syriza. Le premier cité est né dans la rue (si je ne me trompe), le deuxième est un parti porté par un seul homme.......C’est cela la force de Podemos, la rue, le peuple. Les embûches ne manqueront pas c’est sûr, mais ces nouveaux élus sont peut-être mieux armés.
Cordialement, Yv

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On nous écrit d’Espagne
vendredi 15 janvier 2016 à 09h46 - par  Patrick Mignard

Que l’on ne se méprenne pas sur la suite… j’ai été satisfait à l’annonce du triomphe de Podemos lors des dernières élections espagnoles… Cela dit mon enthousiasme n’atteint pas le degré de l’article ci-dessus. J’ai trop milité dans ma vie pour confondre un feu de paille avec un incendie de forêt, si j’ose dire. Je suis plus que circonspect sur le triomphe d’une « révolution par les urnes », non pas que je ne fasse pas confiance aux nouveaux élus/es,… encore qu’il faudra voir comme ils évolueront, mais du fait que le vrai pouvoir de changement n’est pas dans les institutions politiques, mais dans le lien social et économique. L’exemple électoral grec confirme mes craintes. Je crois beaucoup plus à des expériences, moins médiatico-spectaculaires comme Marinaleda qu’à une victoire électorale. La puissance concrète des forces conservatrices, financières peut parfaitement faire capoter toute velléités de changement s’appuyant sur les institutions politiques,… l’Histoire est pleine de ce genre de déconvenues. La tête dans les nuages ? Soit,… mais gardons les pieds sur terre !

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vendredi 15 janvier 2016 à 12h12 - par  Michel Berthelot

Ô combien je partage ton avis, Patrick ! Et comme tu le précises utilement cela s’est vérifié tant et tant de fois et en toutes époques...

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