S’indigner pour Alep... mais un peu trop tard

dimanche 9 octobre 2016
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Par Pierrick Tillet

Un véritable déluge. Non seulement de bombes sur Alep, mais d’indignations déversées par les médias occidentaux sur le sort tragique des civils qui y meurent. Sauver Alep, d’accord, mais de qui ? Alep est la seconde ville de Syrie, un point de communication stratégique pour le pays. Aujourd’hui, Alep est occupée par les milices jihadistes d’Al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda. Que faire à Alep ? Laisser la ville aux milices islamistes d’Al-Nosra (qui viennent d’ailleurs de changer de nom, mais qu’importe) ?

Arrêtons avec le mythe éventé des “rebelles modérés qui résisteraient depuis des mois à l’armée syrienne et à l’aviation russe. Avec quel armement et quel financement, au fait ? Va-t-on nous faire croire que l’armée syrienne et l’aviation russe bombardent gratuitement des quartiers peuplés uniquement de paisibles civils ? Ce qui se passe à Alep est une tragédie, oui. Mais avant d’être une tragédie, c’est d’abord un fait de guerre qui s’inscrit dans un conflit de longue durée qui ravage tout le Moyen-orient depuis des décennies. Non pour des raisons humanitaires ou “démocratiques”, mais pour une domination stratégique sur les ressources énergétiques qui inondent le sous-sol de cette région.

Les guerres entraînent hélas toujours des tragédies et des morts innocents. Durant la Seconde guerre mondiale, pour libérer la France occupée, les Alliés écrasèrent sous un tapis de bombes des villes comme Lorient et Le Havre avec tout ce qu’elles comptaient comme habitants. Combien de victimes civiles en Afghanistan, en Irak, en Libye, à Gaza… ? Faut-il rappeler qu’avant l’entrée en scène des Russes, la coalition occidentale bombarda un an durant des positions supposées occupées par l’État islamique ? Pas de martyrs innocents dans le coin ? Et au Yémen où interviennent des conseillers militaires britanniques auprès des forces saoudiennes, pas d’hôpitaux et d’écoles écrasés sous des bombes made in USA, France, Germany… ?

Une indignation sélective et impuissante

Alors, sauver Alep, oui. S’indigner pour les morts sacrifiés d’Alep, oui. Mais ce torrent d’indignation consacrée aux seuls malheureux habitants d’Alep a quelque chose d’indécent et de trop exclusivement sélectif pour ne pas s’interroger sur la valeur de cette compassion médiatique. Pourquoi pas, pendant qu’on y est, sauver Mossoul (1,5 millions d’habitants civils innocents) que les avions français Rafale s’apprêtent à bombarder pour en chasser Daech ? Cette indignation sélective révèle d’ailleurs l’impuissance occidentale et sa déroute au Moyen-orient. Les indignés à œillères croient-ils qu’ils vont convaincre l’armée syrienne et l’aviation russe d’arrêter leur offensive, ou les “rebelles modérés” d’Al-Nosra de cesser leurs contre-offensives pour récupérer les quartiers perdus ? Quelle est la cible de cette propagande : mobiliser les citoyens-lambda aux États-Unis et en Europe contre le satan Poutine ? Et pour quoi faire : justifier des bombardements de la coalition occidentale sur les quartiers d’Alep occupés par l’armée syrienne ? Demander un cessez-le-feu ? À qui ?

Tout ça est absurde ! Cette indignation médiatique est pathétique. Si les autorités politiques, les médias et les citoyens européens-lambda se préoccupent tant du sort des victimes innocentes, qu’ils commencent donc à balayer devant leurs portes pour accueillir dignement les centaines de milliers de réfugiés syriens, afghans, africains qui souffrent et meurent à leurs frontières.

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