Déchets nucléaires : les piscines de La Hague vont déborder

jeudi 15 février 2018
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Par Émilie Massemin

Comme l’a révélé Reporterre, EDF projette de construire à Belleville-sur-Loire une « piscine » pour stocker des combustibles usés hautement radioactifs. Car les bassins de stockage existants, à La Hague, sont proches de la saturation. Un engorgement créé par un cycle de retraitement qui multiplie les types de déchets nucléaires.

L’objectif de ce nouvel équipement est de compléter les piscines de La Hague (Manche), qui risquent de déborder dans les années qui viennent. L’usine de retraitement dispose de quatre bassins, construits entre 1976 et 1985. Areva, qui exploite le site, a l’autorisation d’y entreposer au maximum 17.600 tonnes de métal lourd irradié. Fin 2016, 9.778 tonnes de combustibles usés y étaient entreposées. Il reste de la marge, pense-t-on en voyant ces chiffres. Mais cette capacité théorique est surévaluée, selon Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire à Greenpeace France : « L’autorisation a été validée à partir du volume de la piscine, qui est un volume théorique. Or, à l’intérieur, il y a les “nymphéas” (des systèmes de refroidissement et de purification de l’eau). Il y a aussi les racks vides où étaient entreposés les combustibles des réacteurs à eau bouillante, qui ne servent à rien mais qui ne sont pas retirés [1] ; et les allées vides pour faire circuler les racks dans le bassin sans les sortir de l’eau. Ce qui fait que la capacité théorique et la capacité réelle des piscines sont très différentes. »

La capacité opérationnelle maximale n’est en fait que de 12.350 tonnes, confirme Yves Marignac, consultant international et directeur de WISE-Paris, soit 5.250 tonnes de moins que le volume réglementaire. D’ailleurs, fin 2016, EDF et Areva estimaient à 7,4 % seulement la capacité réelle d’entreposage encore disponible. Malgré cela, les combustibles usés continuent d’affluer. « Tous les ans, 150 tonnes supplémentaires arrivent dans la piscine, indique Yannick Rousselet. Je calcule qu’il reste de la place pour environ 650 tonnes. 650 divisés par 150, ça fait un peu plus de quatre ans. Mais s’il survient un problème technique ou un problème de sûreté et que l’usine s’arrête, Areva sera bloquée en six mois. »

Un cycle du combustible qui crée quatre types de déchets : uranium usé, plutonium, uranium de retraitement, MOx

Pour comprendre pourquoi le dispositif de La Hague est en train de craquer, il faut faire un détour du côté du cycle du combustible. La France compte cinquante-huit réacteurs. Trente-six d’entre eux fonctionnent uniquement à partir d’oxydes d’uranium enrichi (UOx), et vingt-deux seulement [2] avec du combustible MOx, qui se compose d’un mélange d’UOx avec un tiers d’un mélange de plutonium et d’uranium appauvri. Le combustible UOx — ou combustible uranium — est fabriqué à partir d’uranium naturel issu de mines. Cet uranium est enrichi à Pierrelatte (Drôme) puis transformé en pastilles de combustible à Romans-sur-Isère (Drôme). Il alimente ensuite les réacteurs pendant trois à cinq ans. Une fois « usé », il est déchargé encore brûlant de la cuve et mis à refroidir quelques années dans une « piscine de désactivation » située à côté du réacteur, jusqu’à ce qu’il soit transportable.

C’est à ce stade que les choses se compliquent. La France ayant fait le choix du « retraitement », les combustibles d’uranium usés sont acheminés jusqu’aux usines de La Hague. Là, ils subissent des opérations mécaniques et chimiques que l’on appelle retraitement. À son issue, on obtient trois produits : du plutonium (un élément qui n’existe pas à l’état naturel, mais est produit lors de la fission dans le réacteur nucléaire), de l’uranium de recyclage issu du traitement (URT) et des résidus de traitement inutilisables et très dangereux appelés actinides mineurs. Ces derniers sont stockés dans des colis vitrifiés en vue d’être enfouis dans les profondeurs de Cigéo. Quant au plutonium, il est acheminé à l’usine Melox de Marcoule (Gard), où il est utilisé pour fabriquer du MOx, en mélange avec de l’uranium appauvri (un sous-produit de l’enrichissement de l’uranium). Quant à l’uranium de recyclage issu du retraitement (URT), il a été enrichi à partir de 1994 pour devenir de l’uranium de recyclage réenrichi (URE). EDF a suspendu ce recyclage à partir de 2013, mais des stocks de combustible URE usés demeurent, dont 310 tonnes de métal lourd irradié (tMLi, l’unité de masse pour les combustibles irradiés) à La Hague.

On se retrouve au final avec quatre type de déchets radioactifs.
Combustible uranium usé. Ce système de recyclage laisse des centaines de tonnes de matières hautement radioactives au placard. « 1.200 tonnes de combustible usé sont déchargées chaque année des piscines des réacteurs mais le contrat de retraitement entre Areva et EDF ne concerne que 1.050 tonnes », relève Yannick Rousselet. Si bien qu’environ 150 tonnes de combustible d’uranium usé viennent s’entasser chaque année dans les piscines de La Hague.
Plutonium. Le plutonium est produit par le retraitement de l’UOx usé. Comme il pourrait être utilisé à des fins militaires et pour éviter la prolifération, la France s’est engagée [3] à ne produire que la quantité de plutonium nécessaire à la fabrication du MOx utilisé dans les réacteurs nationaux. Mais en pratique, la France n’a jamais respecté cet « équilibre des flux » : le stock de plutonium non irradié français atteint 63,4 tonnes fin 2015.
URT (uranium de retraitement). Cet uranium issu du retraitement s’accumule aussi : fin 2013, 17.000 tonnes de cette matière attendaient leur heure dans des fûts entreposés sur le site nucléaire du Tricastin – un stock qui pourrait grimper à 34.000 tonnes fin 2020.
MOx. Quant au combustible MOx usé, il n’est pas retraité. Et fin 2013, 1.2000 tonnes de ce combustible mixte d’uranium et de plutonium étaient plongés dans les piscines de La Hague, sans perspective de réemploi.

Or, l’accumulation de MOx accélère le phénomène de saturation des bassins de La Hague. Dans un cahier de l’association de scientifiques Global Chance daté de mars 2012, l’ancien ingénieur en radioprotection au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) Jean-Claude Zerbib, l’ancien technicien en radioprotection d’Areva Ghislain Quetel, et l’ancien ingénieur de la Direction des constructions navales (DCN) de Cherbourg André Guillemette rappellent que la capacité des piscines ne se calcule pas seulement en volume du bassin, mais également en capacité des batteries de réfrigération externes de l’eau. En effet, si l’activité des fameux « nymphéas » de refroidissement était insuffisante, l’eau s’échaufferait de plus en plus au contact des combustibles brûlants. Elle finirait par s’évaporer et ne jouerait plus son rôle de barrière contre les radiations, les combustibles ne seraient plus refroidis et le risque augmenterait d’une réaction en chaîne, avec rejets massifs de radioactivité dans l’atmosphère. Une issue tellement catastrophique qu’elle n’est pas prise en compte dans les scénarios de sûreté.

C’est pourquoi la température des bassins et de leur contenu, qui doit être maintenue aux alentours de 35 °C d’après M. Zerbib et ses collègues, est surveillée de près. Or, « les combustibles anciens ont vu leur dégagement d’énergie thermique décroître, mais il y a de plus en plus de nouveaux combustibles d’uranium entreposés, et des combustibles MOx, qui dissipent encore plus de chaleur », soulignent-ils. Autrement dit, à volume de combustible usé égal, la chaleur dégagée augmente, en particulier à cause du MOx. Et ce processus n’est pas près de s’inverser : « À la suite d’un accord entre EDF et Areva, entre 2007 et 2017, le traitement à La Hague ne portera que sur le combustible à uranium naturel enrichi [l’UOx]. Le stock de combustible MOx (…) entreposé à La Hague ira donc en augmentant. » Conclusion, « le bilan thermique (…) est certainement sous-évalué ».

EDF asphyxiée par les déchets nucléaires

Ce problème de saturation taraude la filière depuis plus de vingt ans. La nouvelle piscine d’entreposage centralisé est la dernière réponse qui y est apportée. Avant cela, d’autres solutions ont été appliquées. Tout d’abord, « densifier » les piscines en augmentant la charge thermique autorisée dans les bassins. Cela consiste à augmenter l’épaisseur d’acier inoxydable boré qui sépare les assemblages de combustible usé. Objectif : pouvoir les approcher les uns des autres sans craindre qu’ils se mettent à réagir entre eux et donc, en caser davantage. Par ce tour de passe-passe, la capacité maximale théorique des quatre piscines de La Hague a plus que doublé pour passer de 8.400 tonnes d’uranium en 1993 (soit environ 98 cœurs de réacteur) à 17.600 tonnes en 2003 (181 cœurs environ).

Mais cette solution a rapidement trouvé ses limites. À la fin des années 2000, confrontée à un risque croissant de saturation des piscines de ses cinquante-huit réacteurs, EDF a demandé à son tour l’autorisation de densifier les bassins situés à côté de ses réacteurs. « Mais en 2010, l’IRSN a rendu un avis défavorable à la densification, parce que la sûreté des piscines commençait à faire débat, raconte Yves Marignac. Ensuite est survenue la catastrophe de Fukushima en mars 2011, avec l’immense crainte que tout le monde a eue d’un scénario d’emballement quand la piscine du réacteur numéro 4 a menacé de perdre son eau. Si ce scénario du pire était advenu, il aurait fallu évacuer toute la population dans un rayon de 250 kilomètres, c’est-à-dire quasiment jusqu’à Tokyo ! Résultat, l’ASN a refusé l’autorisation de densifier les piscines. »

Il a donc fallu trouver autre chose. Surtout qu’« il y a eu une demande de l’ASN à EDF, dès 2011, de revoir sa politique de gestion du combustible » et en particulier du MOx « plus réactif et plus chaud », se souvient Yannick Rousselet. « Des discussions techniques ont eu lieu entre Areva, EDF et l’ASN, et il a été demandé à Areva de construire une nouvelle piscine à La Hague, spécifique pour les MOx. Cette discussion a duré jusqu’en 2014. Sauf qu’Areva a regardé les coûts et s’est dit qu’elle n’avait pas l’argent pour ça, vu sa situation économique catastrophique. Elle a annulé le projet et a reporté la responsabilité sur EDF, en lui disant de se débrouiller avec ses combustibles. »

(Illustration : Une des piscines de La Hague. © Éric Guéret)

reporterre.net


[1« Parce qu’ils sont d’une géométrie différente, qu’Areva espère toujours signer un petit contrat à l’étranger et qu’il a peur de ne pas réobtenir les autorisations de sûreté de l’ASN pour les y remettre , précise Yannick Rousselet

[2Les quatre réacteurs à 900 mégawatts (MW) de la centrale nucléaire du Tricastin, les quatre réacteurs à 900 MW de Dampierre, les six réacteurs à 900 MW de Gravelines, les deux réacteurs à 900 MW de Saint-Laurent-des-Eaux, les réacteurs 1 et 2 à 900 MW du Blayais et les quatre réacteurs à 900 MW de Chinon. Depuis le 30 mai 2013, EDF a l’autorisation du gouvernement pour utiliser, à partir de 2017, du MOx dans les réacteurs 3 et 4 à 900 MW du Blayais

[3Dans un rapport remis dans le cadre de la Joint Convention on the Safety of Spent Fuel Management and on the Safety of Radioactive Waste Management, en 2011, la France a indiqué qu’elle « (adaptait) le flux des opérations de traitement/recyclage aux besoins de consommation dans le combustible MOx afin de minimiser l’inventaire de plutonium séparé ». La déclaration du Sommet de la sûreté nucléaire de 2014, signée par la France, appelle les États à « maintenir à un niveau minimum leurs réserves de plutonium séparé, ceci conformément aux besoins nationaux »


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Brèves

Nouvelle convocation José Bové au tribunal d’instance

samedi 8 décembre 2007

Reçu du "Collectif des faucheurs Volontaires Rhône-Loire"

José se retrouve à nouveau devant la JAP lundi 10 décembre au matin, il faut à nouveau tous être présents pour soutenir la fin de toutes les condamnations contre les militants anti-OGM.

RAPPEL :

Lundi 12 novembre, José Bové est ressorti libre du bureau de la juge d’application des peines du tribunal de Millau. La magistrate et le porte-parole des Faucheurs volontaires ont discuté de la façon dont celui-ci pourrait accomplir la peine que lui a infligée la cour d’appel de Toulouse le 15 novembre 2005 : quatre mois de prison ferme, en tant que récidiviste, pour avoir participé au fauchage d’un champ de maïs transgénique le 25 juillet 2004 à Menville (Haute-Garonne).

En droit, la juge pouvait placer M. Bové sous bracelet électronique, mesure que le leader paysan avait par avance rejetée. Ce refus aurait pu justifier sa mise en détention immédiate. Selon son avocat, Me François Roux, José Bové a indiqué qu’il acceptait un aménagement de sa peine, qui pourrait prendre la forme de "jours amendes". La juge l’a convoqué le 10 décembre, pour un débat contradictoire avec le procureur.

cactus pubis

samedi 24 novembre 2007

Au poil !

Un cactus sur lequel poussent des poils pubiens ?

Voilà qui ne manque pas de piquant. Cette œuvre conçue par Laura Cinti est l’une des pièces phares du Festival international des sciences d’Edimbourg, en Ecosse. Pour réaliser The Cactus Project, l’artiste “transgénique” dit avoir introduit du matériel génétique humain dans le génome d’une cactée.

En 2000, l’artiste brésilien Eduardo Kac avait déjà exposé un lapin transgénique vert fluorescent, doté d’un gène de méduse. Si le directeur du Scottish Arts Council – l’ancien évêque d’Edimbourg – a quelques réserves en ce qui concerne la manipulation d’animaux, l’œuvre de Laura Cinti ne lui pose pas de problème éthique. “Faire pousser des poils pubiens sur un cactus ne fait de mal à personne”, estime-t-il.

courrierinternational