Le premier « débat participatif » de Ségolène.

samedi 23 décembre 2006
par  Algarath
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Les medias ont fabriqué de toutes pièces la notoriété de Ségolène Royal si bien que, propulsée au faîte des sondages, elle devient présidentiable. Pour faire campagne elle promet des « débats participatifs », une trouvaille qui la fait passer pour quelqu’un qui écoute enfin le bon peuple. Elle vient de faire le premier près de Strasbourg, une bonne occasion de voir ce qu’elle entend par là et d’en tirer déjà certaines indications

Par ALGARATH

Dans « débats participatifs », il y a le mot « débats » et l’adjectif « participatifs ». Un vrai débat (on en voit à la télé sur divers sujets), sous-entend qu’on traite une question à la fois et que chaque participant, de manière interactive, pose des questions et reçoit des réponses dans une recherche de vérité, puisse débattre sur un certain point de vue et argumente utilement. Un débat est forcément participatif, sinon cela s’appellerait un monologue. C’est donc parfaitement incongru d’ajouter l’adjectif « participatif » au mot « débat ». Pour s’en convaincre, imaginez vous ce que serait un débat non participatif ! "Débats participatifs" est donc un pléonasme, mais ce n’est pas là-dessus qu’on critiquerait quelqu’un qui l’inventerait, s’ils étaient d’une quelconque utilité.

Lors de ce premier « débat participatif », les observateurs ont pu constater que Ségolène Royal s’est contentée de parler 5 minutes, après que les participants aient parlé pendant plus d’une heure pour déverser pêle-mêle leurs observations sur des sujets aussi divers que le tiers-monde, la fermeture de la centrale de Fessenheim ou la délinquance en col blanc. Alors que le sujet du jour était l’emploi. Ce genre d’événement, c’est tout ce qu’on veut sauf un débat. C’est une séance exutoire collective et désordonnée où l’organisatrice fait semblant d’écouter complaisamment une multitude d’ « idées » sur des sujets divers et variés, sans liens entre eux. Mais évidemment, on sait pourquoi elle le fait : Ça mange pas de pain et ça peut rapporter gros, aussi gros qu’un fauteuil de Présidente et une résidence de prestige comme l’Élysée.

On peut aller dans n’importe quel bistrot et entendre la même chose que ce qui s’est passé ce soir-là. Si ce n’est qu’au troquet il n’y a pas une candidate qui prend un air inspiré et compatissant et qui note les élucubrations de chacun. Ségolène, ce soir-là, a pu aussi bien noter des trucs qui n’avaient rien à voir avec la réunion, du genre « ne pas oublier de dire à François d’acheter les saucisses pour dimanche » ou « recueillir les avis de Jean-Louis sur ma tenue : est-ce que ma robe noire va bien avec ma veste blanche ». Et pendant que les participants s’époumonaient à exprimer leurs opinions sur des sujets banals, Ségolène devait se dire que cette formule était vraiment bien puisque ça la dispense de parler une ou deux heures de suite, comme dans un meeting politique traditionnel. Pour quelqu’un comme elle qui n’a pas grand-chose à dire, se forcer à faire semblant d’écouter des banalités triviales lui permet de sauver les apparences et la dispense de passer pour une andouille.

Une fois l’heure passée pendant laquelle les électeurs ont parlé, le meeting a repris une forme classique. Ségolène a félicité les participants et les a encouragé « à multiplier les débats participatifs pendant la campagne ». Personne n’a débattu de rien, mais ce n’est pas grave, le principal pour la candidate c’est l’illusion. Si 1500 Alsaciens abusés et complices malgré eux d’un artifice électoral assez dégueulasse dans le principe sont rentrés chez eux ce soir-là avec la conviction qu’ils avaient « débattu » avec Ségolène et qu’elle les avaient écouté, c’est tout ce que voulait la présidentiable. Ce sera sûrement pénible de répéter des dizaines de fois ce genre de manifestation durant sa campagne, mais c’est le véhicule électoral qu’elle a choisi. Les autres politiciens ne l’avaient jamais fait avant elle, puisque ça ne mène nulle part. Quoi qu’il en soit, le procédé est critiquable, puisque c’est une forme d’abus de confiance.

La méthode Royal, ce n’est rien d’autre que la méthode de Dale Carnagie : Comment se faire des amis. Règle numéro un, faire semblant d’écouter leurs platitudes et s’extasier. Bien sûr, les électeurs ne font pas qu’énoncer des idées sans intérêt, mais il y a quantité de meilleurs moyens pour les recenser et en tenir compte que de le faire via des meetings électoraux. Prenez un stylo et une feuille de papier et écrivez vous-même une liste de préoccupations des Français. N’importe lequel d’entre nous le ferait de façon presque exhaustive. L’emploi, la précarité, l’insécurité, la justice sociale, la liste est longue. Quantité d’experts compétents ont réalisé des études sur tous ces sujets, et elles sont autrement mieux documentées que ce pourra recueillir Ségolène Royal durant ces soirées de promotion puisque c’est de cela qu’il s’agit et rien d’autre.

Bien évidemment, Madame Royal ne s’est pas donnée la peine d’assister à ce meeting pour le simple enjeu électoral de 1500 personnes. Elle sait que la manifestation sera relayée dans tous les medias et que cela fera effet de levier en ayant une portée nationale. Ceux qui s’attendaient à un véritable débat en seront pour leur frais. C’est vrai qu’on imagine que certains hommes politiques seraient capables de débattre avec des électeurs, mais sûrement pas celle qui prétend le faire.

Abuser cyniquement un parterre d’électeurs en mal d’écoute est une chose, mais la candidate Royal sera peut-être la Présidente de la France. Et là, son manque de fond et d’expérience lui sera fatal, face à des chefs d’États internationaux bien mieux armés dans ce domaine, ou en prise avec des problèmes graves qui nécessitent plus que le recours à l’artifice ou à l’illusion. Si la France vote pour quelqu’un d’aussi creux, vide et léger, gare aux conséquences.

Sous couvert d’ « écoute », Madame Royal abuse l’électorat, avec un cynisme particulièrement raffiné. Elle aurait tort de se gêner, car ça marche. Il faut dire que pour une fois les électeurs ont l’illusion d’être écoutés. Seront ils entendus ? On peut en douter car, une fois dans le fauteuil, l’élu, mâle ou femelle, n’en fera qu’à sa tête comme ceux qui l’ont précédé et sans doute comme ceux ou celles qui le suivront.

Les présidentielles permettent d’observer des phénomènes typiques au jeu politique. La gent politique passe son temps à se diviser. Les exemples pullulent, dans chaque composante du paysage politique français où, tout comme les bactéries, les partis se divisent par scissiparité, multipliant les branches avec à leur tête des petits chefs aux ambitions démesurées et nationales. Après l’éclatement, le mot d’ordre devient de « se rassembler » puisque l’union fait la force et que la mécanique électorale veut qu’il faille certaines majorités, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Divisés pendant des mois au vu et au su des électeurs, les partis fragmentés essaient pour quelques semaines de recoller les morceaux à la va-vite pour peser lors des élections. On assiste à ce phénomène actuellement, ainsi qu’aux ralliements de dernière minute. Pour Ségolène, hormis le fait que François est en position de force à la tête du PS, les autres amibes scissipares (Fabius et Strauss-Kahn pour ne nommer qu’eux) ne donnent guère l’impression de se recoller à l’élue du parti. Alors que de l’autre bord, des rapprochements incongrus s’opèrent : Sarko avec Alliot-Marie et même Juppé.

Une remarque pour terminer : N’importe quel journal de portée nationale aurait pu tirer les conclusions qui sont présentées ici et dénoncer l’artifice de la candidate. Pas un ne l’a fait. Pourquoi ? Parce que nous vivons dans une société où la forme fait oublier le fond, où l’image est toute puissante. Et l’image, c’est la spécialité des medias. Il fut un temps où les analyses de fond faisaient la fierté des journalistes. Aujourd’hui, les journalistes font ou défont la réputation des "people", mais ils s’emploient bien plus à créer de toutes pièces une image pour abreuver des lecteurs assoiffés de ce genre de chose qu’à faire oeuvre utile. On a la presse qu’on mérite, et celle-là ne mérite pas qu’on s’extasie sur elle. Triste époque !

Algarath


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