Marie Desplechin sur la crise aux urgences : "L’hôpital, c’est une annexe de chez nous"

lundi 14 octobre 2019
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Jeudi soir, au CHU de la Pitié-Salpêtrière à Paris, plusieurs centaines de médecins, de cadres et de soignants du tout nouveau "collectif inter-hôpitaux" se sont réunis pour la première fois en assemblée générale. Parmi les orateurs venus réclamer un plan d’urgence pour l’hôpital public, Marie Desplechin, signataire il y a dix jours d’un appel à Emmanuel Macron lancé dans Le Parisien par 108 personnalités. Jeudi, les mots prononcés au micro par la romancière ont fait frissonner les blouses blanches. Intervention, faite, dit-elle, "au nom des patients".

Par Marie Desplechin

"Bonsoir, je m’appelle Marie Desplechin, normalement j’écris des livres, et j’ai signé la lettre adressée au président de la ­République. Je suis venue parler en mon nom, au nom des autres, de vos patients. Vous apporter notre soutien. Je suis très contente d’être ici ce soir avec vous. J’ai le sentiment que je retrouve de la famille. C’était vous quand j’ai accouché, quand j’ai été malade, quand j’ai visité un enfant, un mari, accompagné des amis, j’ai l’impression que je vous connais, les infirmières, les professeurs, les aides-soignants, les internes, les agents d’entretien et les brancardiers.

J’ai pas mal de souvenirs tout près d’ici, en face, à la Salpé. À certains moments de ma vie, c’est devenu un peu comme chez moi. Mais je ne veux pas faire de jaloux. Des souvenirs, j’en ai aussi à Saint-Antoine, à Tenon, à Bellan, c’était bien Bellan, à Lariboisière, à Sainte-Anne aussi, et à Maison-Blanche, un paquet. L’hôpital, forcément, à certains moments de l’existence, c’est une annexe de chez nous. Il arrive qu’il devienne notre principal chez nous.

Du coup, c’est étrange comme on ne se comprend pas, nous, les gens, et l’administration de ce pays qui entend nous dire comment on doit vivre, et comment on doit mourir. On ne parle pas la même langue. Par exemple, le mot ’acte’. Comme si l’hôpital c’était un catalogue d’actions : une, plus une, plus une, signez là et dehors. Comme si on parlait de compteurs Linky. ’Je vous le pose ici, boum, clac, voilà c’est fait, la facture suivra.’ Ça, c’est un acte. Mais ce qui se passe à l’hôpital, c’est autre chose. L’action, à l’hôpital, elle relève aussi de la passion. La souffrance, la peur, l’espoir, la gratitude d’un côté. L’écoute, l’intuition, la vigilance, l’attention, le temps de l’autre. Ce qu’on a pu appeler ’le care’ à un moment. Ce qui s’appelle en fait le soin, et qui est un mot qui recouvre une réalité bien plus vaste, bien plus complexe, que ’l’acte’.

C’est le soin qui est en danger, et de plus en plus, et depuis longtemps maintenant. On a vu, nous aussi, vos conditions de travail, qui sont nos conditions de vie, s’effondrer au cours des années. Il n’y a plus de place, il n’y a plus de temps, plus de lits, plus assez de gens pour les accouchées, pour les mourants, pour les psychotiques, pour ceux qui débarquent avec leur douleur. Ça nous tue, nous. Et on comprend que ça vous rende dingues. Et pas seulement parce que vous êtes sous-payés pour des amplitudes horaires démentes. Parce que vous faites un métier qui relève de la passion.

C’est pas comme si vous posiez des compteurs Linky. Vous ne pouvez pas vous soustraire à l’intelligence de ce que vous faites, ni à sa responsabilité. Ce que vous défendez, nous les patients on le sait, n’a rien de corporatiste. Ce que vous défendez, c’est nous. C’est une idée très haute de notre société, d’un ensemble de gens qui ont choisi de ne pas faire de la vie et de la mort principalement une histoire d’argent. On pourrait dire une société assez juste. Je dirais une société assez humaine. Je suis révoltée que ceux qui nous gouvernent ne se donnent pas la peine de penser ça, et préfèrent conditionner notre société humaine à des impératifs comptables. De l’argent, ça va. Il y en a. C’est une question de choix. Moi, et sachez que je ne suis pas la seule, nous sommes tellement nombreux, je vous choisis."

lejdd.fr


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