Cheptel maudit (*)

mercredi 5 décembre 2007
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C’est une agréable nouvelle à mon avis que de rappeler par cet entretien datant déja un peu que F’murrr, ce cher créateur du "Génie des alpages", a sorti en 2004 un treizième album... Tout le monde ne l’a pas forcément appris à ce moment-là... On le trouve paraît-il toujours dans quelques bonnes et conviviales librairies du genre de celles ou l’on s’attache encore à savoir ce que propose une oeuvre au-delà de la une et la quatre de couve !... (Michel Berthelot)


Par Olivier DELCROIX


F’murrr a les sourcils aussi broussailleux que la lande alpine qu’il dessine depuis trente ans. Alors que l’on s’attend à rencontrer un créateur bougon, on se retrouve face au plus charmant des hommes.

L’auteur du Génie des alpages, cette bande dessinée décalée, parodique et absurde, mettant en scène un berger et son troupeau de brebis, créée pour le journal Pilote en 1973, revient sur le devant de la scène après six ans d’absence.

Avec méthode et lenteur, F’murrr bourre sa pipe et l’on comprend que Cheptel maudit, le treizième volume de cette série non conformiste, aura simplement attendu d’arriver à maturation. Fin observateur des bizarreries de notre société, Richard Peyzaret, alias F’murrr, flotte au-dessus des contingences de notre monde, tout en les épinglant avec humour grâce à ses chères bêtes, menées tant bien que mal par le berger Athanase. Comment l’auteur explique-t-il que ses histoires atteignent, cette fois encore, les cimes du « non-sense » ?

Après six ans d’absence, vos brebis râleuses et parfaitement incontrôlables sont enfin de retour. Pourquoi avoir choisi le titre Cheptel maudit ? Vos héroïnes seraient-elles dorénavant soumises, elles aussi, aux normes européennes ?

F’MURRR. Ne me parlez pas de directives européennes ! _ Aujourd’hui, un poulet s’enrhume à Saïgon et la planète panique. En fait, ce titre m’est venu au cours d’un séjour dans les Alpes, alors que j’étais invité à la Fête de la transhumance, à Die, dans la Drôme. Je ne crois pas que nos technocrates de Bruxelles, en choisissant le terme « cheptel », se soient véritablement penchés sur l’étymologie du mot qui se rattache au « capital ». Hé ! oui, le rôle d’un berger est écrasant puisque, depuis l’aube des temps, il a charge et responsabilité d’un capital vivant. Mais l’Europe a récupéré le mot sans se soucier de rien. Nous sommes à une époque où l’on va si vite que l’on prend les mots au vol sans même chercher à en connaître leur signification première. Cette épidémie verbale, en forme d’épizootie langagière, témoigne sans doute d’une communication tous azimuts devenue totalement anarchique.

Le Génie des alpages sévit depuis trente ans. Vous rappelez-vous comment tout a commencé ?

J’étais en vacances dans les Alpes. Là-haut, j’ai ressenti une telle impression de désinvolture, une si réelle détente, que je suis revenu avec l’idée de raconter dans le journal Pilote, en un gag de deux planches, les turpitudes d’un berger dépassé par un troupeau de brebis raisonneuses et un rien anarchistes. C’était en 1973. René Goscinny, alors rédacteur en chef, m’a dit : « Ça marche ! Faites-en une série. » En cela, il a vu plus loin que moi. À ce moment-là, je n’avais aucune idée de ce que j’avais enclenché. Aujourd’hui, beaucoup de gens sont persuadés que je suis berger, tel un personnage de Virgile, alors qu’il n’en est rien. Finalement, voilà la grande réussite d’un créateur : être, un jour, pris au sérieux...

Votre véritable nom est Richard Peyzaret. D’où vient le pseudonyme F’murrr ?

Selon moi, la signature d’un écrivain, comme celle d’un dessinateur, s’apparente plutôt à une griffe. Et je me suis souvenu du Chat Murr, ce conte d’Hoffmann où un matou racontait sa morne existence avec une fatuité, une pédanterie qui valaient leur pesant de pâtée pour chats. J’ai donc décidé de signer avec un paraphe imprononçable et d’y ajouter quelques « r » de plus, selon ma fantaisie.

Dans vos albums, pour imiter la pluie, les brebis font des claquettes sur le toit de la maison du berger. Chez vous, l’absurde confine parfois à la poésie. Pourquoi une telle attirance ?

Le jeu avec l’absurde est nécessaire à mon équilibre créatif. Pour sortir de l’impasse, parfois, il ne me reste que le « non-sense ». C’est pour cette raison que j’adore ce qu’ont fait les Monty Python... Je considère un peu Le Génie des alpages comme une « tragédie optimiste », selon le mot de Brecht. C’est pour cette raison que j’y rudoie mes brebis avec la plus parfaite innocence. Le monde est si fou. D’ailleurs, j’attends le jour où une association de défense des brebis m’accusera de les maltraiter dans mes albums !

Olivier DELCROIX
pour le Figaro Littéraire
09 septembre 2004

Ce nouvel album ravira les fans de cette série d’humour signée F’murrr, un de ces grands auteurs qui a d’ailleurs inspiré toute une génération d’auteurs aujourd’hui présents dans Poisson Pilote... Prenez un cheptel de moutons toujours prompts à râler ou à négocier de meilleures conditions de “travail”, un berger et un chien qui vont avec.

Ajoutez un fonctionnaire zélé parlant un drôle de langage (norme européenne !), un militant écolo aux allures de José Bové, une famille de touristes belges, un chien aboyeur qui communique par talkie-walkie, un aigle royal mis à mal et bien d’autres personnages hauts en couleur – que l’on verrait volontiers dans un film de Tati ou dans un dessin animé de Tex Avery - et vous obtiendrez ce qui fait la saveur si particulière d’un album du Génie des alpages !

Le plus fort est que l’on se prend à lire et relire chaque gag, à déguster chaque dialogue, à surveillez chaque image contenant souvent des détails croustillants. Un régal. Génial, en fait ! (dargaud.com)

(*) Cheptel maudit, Le Génie des alpages, n° 13 de F’murrr, Dargaud, 48 p. 9,45 €.

Source : bdm.typepad.com


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